Vers un monde sans déchets ?

A lire ou à écouter : Zero Waste France et Baptiste Monsaingeon décryptent les solutions actuelles qui sont proposées pour réduire les déchets.

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Incinération, enfouissement, recyclage, économie circulaire, mesures d’interdiction : quelles sont les solutions qui permettront de véritablement résoudre le problème des déchets ? Flore Berlingen, directrice de Zero Waste France et Baptiste Monsaingeon, sociologue, ont apporté leur analyse dans l’émission “Entendez-vous l’éco ?” (France Culture).

“On perd conscience de la réalité du déchet”

Tout d’abord, les déchets que nous voyons, chez nous, sont ceux qui se trouvent en bout de chaîne. Ce point de vue partiel laisse oublier que la phase de production est elle aussi responsable de surconsommations. La fabrication d’un four à micro-ondes, par exemple, requiert plus de deux tonnes de matières premières. Ensuite, la collecte parfois quotidienne, puis la, la mise en décharge,  et l’incinération des déchets donnent l’impression que ces derniers  disparaissent et font oublier les quantités que l’on en produit. Ces modes de traitement modernes sont pourtant loin de résoudre le problème. En plus de générer des pollutions, ils ne permettent que d’éliminer une partie des déchets. Ainsi, sur une tonne de déchets envoyés en incinérateur, environ 20% en ressortent sous forme de mâchefers (imbrûlés, incombustibles, cendres…).

“Le recyclage ne peut pas être la seule solution proposée”

Si le recyclage est bel et bien indispensable, il n’est pas suffisant puisqu’il ne permet pas de réduire les quantités de déchets, sinon d’économiser un peu de matière et de repousser le moment où la matière va devenir un déchet. Par ailleurs, la quantité de déchets à recycler est telle, dans les pays occidentaux, qu’elle excède les capacités de recyclage nationales. Cette surproduction entraîne une exportation des déchets dans d’autres pays, créant par la même occasion des pollutions et des inégalités environnementales et sociales.

“Les biodéchets n’ont pas vocation à rejoindre la poubelle”

70% de déchets organiques (restes de nourriture, marc de café, feuilles mortes…) sont encore enfouis ou incinérés alors que, triés à la source, ils peuvent être valorisés, notamment sous forme de compost. C’est d’ailleurs l’obligation que prévoit la Loi de transition énergétique d’ici 2025, incitant ainsi la mise en place de nouveaux services publics pour gérer la collecte de ces biodéchets. Cette solution permet non seulement de réduire le gaspillage de cette matière précieuse pour les sols mais elle est aussi, comme en témoigne Robert Reed, porte-parole de Recology à San Francisco, source d’économies.

Pour tout savoir sur les biodéchets

Pourquoi faut-il les séparer du reste de la poubelle ? Comment les valoriser chez soi, au bureau, avec sa commune ?

Découvrir biodechets.org

“L’économie circulaire, c’est aussi un changement d’usages et de pratiques”

L’économie circulaire est définie par opposition à l’économie linéaire : celle qui extrait, produit et jette. C’est l’idée d’une boucle dans laquelle la matière est réutilisée. Mais il ne faut pas se limiter à cette définition qui rejoint celle du recyclage : l’économie circulaire concerne aussi les usages. Il faut ainsi préférer la réparation, le réemploi ou encore le partage d’un objet en circulation à l’achat d’un objet neuf. Car l’enjeu, c’est en effet d’allonger la durée de vie et d’usage des objets, en favorisant des modèles économiques basés sur la fonctionnalité, plutôt sur que le volume.

Le Défi « Rien de neuf ? »

Le concept : essayer d’acheter le moins d’objets neufs (électroménager, livres, vêtements, meubles…) possible pendant un an

Rejoindre le Défi

“Il faut des contraintes et pas uniquement des démarches volontaires”

Comme le montre la participation de presque 13 000 personnes au Défi “Rien de neuf ?”, ce n’est pas la volonté des citoyens qui manque pour changer de pratiques. Mais leur motivation se heurte à des limites auxquelles il faut s’attaquer. C’est le cas de l’obsolescence programmée, non seulement technique mais aussi psychologique. La récente publicité de Cdiscount et la plainte dont elle a fait l’objet par l’Ademe en est l’illustration. Il revient alors aux pouvoirs publics de prendre des mesures et surtout de veiller à leur mise en oeuvre pour réduire considérablement les déchets, comme dans le cas de la loi EGAlim qui contient plusieurs mesures d’interdiction de produits jetables.

C’est donc grâce à la combinaison de ces solutions que nous pourrons considérablement réduire la production de déchets et refermer la parenthèse de la surconsommation et du gaspillage.

Ecoutez le podcast sur France Culture

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