Dossier thématique

Réduire le jetable

La lutte contre le "tout-jetable" est au cœur de la démarche Zero Waste. Elle vise à promouvoir des alternatives aux produits à usage unique qui peuplent notre quotidien et qui sont responsables de quantités considérables de déchets et d'une consommation irraisonnée des ressources planétaires.

Le phénomène du “produit à usage unique” est récent à l’échelle de l’histoire de nos sociétés. Concevoir et fabriquer un produit dont la durée de vie est extrêmement courte, entraînant en amont une consommation importante de ressources (chaque produit jeté doit être de nouveau fabriqué) et en aval une quantité considérable de déchets, aurait sans doute paru absurde à nombre de nos ancêtres.

Les objets “jetables” ont pourtant connu une croissance exponentielle depuis les années 60 et sont aujourd’hui omniprésents dans notre quotidien.

Plastique et emballages, suspects n°1

Emballages plastique fruits
CC – BY 2.0 Anna Gregory

A l’origine de cet engouement pour le jetable, l’apparition d’un nouveau matériau : le plastique. Bon marché et léger, il est aujourd’hui massivement utilisé pour la fabrication d’objets à usage unique (emballages, lingettes nettoyantes, protection hygièniques…). En Europe, chaque année, 25,8 millions de tonnes de déchets plastique sont ainsi produites, dont 60% proviennent des emballages.

Moins d’un tiers des déchets plastique sont collectés pour être recyclés. Les objets et emballages en plastique à usage unique finissent donc dans la majorité des cas en décharge ou bien sont incinérés. Du fait de leur petite taille et des caractéristiques de consommation, certains sont abandonnés ou rejetés dans la nature, avec des conséquences désastreuses sur la flore et la faune. A l’échelle européenne, la quantité de plastique ainsi rejetée dans les océans serait comprise entre 150 000 et 500 000 tonnes, chaque année !  

Zero Waste France milite pour réduire drastiquement notre recours au plastique à usage unique en proposant l’interdiction de certains produits comme les sacs plastiques ou les pailles, en demandant une fiscalité adaptée qui prenne en compte l’impact environnemental du plastique jetable, et en faisant la promotion des nombreuses alternatives existantes au plastique.

Pour une réintroduction de la consigne en France

bouteille-consignee

Si la consigne était encore un système courant en France jusque dans les années 1970, il a peu a peu disparu pour les particuliers à l’exception de démarches locales historiques (par exemple la Brasserie Meteor en Alsace) ou nouvelles, comme Bout à bout en Bretagne. La consigne subsiste, par contre, dans le circuit professionnel des cafés, hôtels et restaurants, même si le jetable y gagne aussi du terrain.

A l’époque où elle était généralisée, la consigne était notamment appliquée sur les emballages en verre. Le principe était simple : lors de l’achat de son produit, le client payait une petite somme supplémentaire (généralement moins de 1 euro) qui lui était rendue lorsqu’il rapportait à son commerçant le contenant (bouteille, bocal…) vide. Le commerçant pouvait alors rendre ses contenants aux fournisseurs ou aux producteurs qui réutilisaient les contenants pour les remplir à nouveau et les remettre sur le marché. Le système de la consigne fonctionnait donc en boucle fermée avec une logique circulaire de réutilisation du contenant.

Cette logique s’est peu à peu perdue pour plusieurs raisons. Tout d’abord l’arrivée de nouveaux matériaux sur le marché de l’emballage. Les commerçants ont peu à peu préféré au verre des matériaux plus légers comme le plastique sur lesquelles la consigne n’était pas applicable. Par ailleurs, la disparition progressive des commerces de proximité au profit de plus grandes surfaces a fragilisé le système de la consigne et cette habitude des consommateurs s’est peu à peu perdue.

Zero Waste France milite aujourd’hui activement pour une réintroduction de la consigne à l’échelle nationale, qui doit faire partie des solutions pour lutter contre le jetable.

  • La consigne est tout d’abord bien plus intéressante d’un point de vue écologique. Bien que le verre soit un matériau recyclable,  le processus de recyclage reste extrêmement énergivore et consommateur de ressources. En comparaison, le système de consigne consomme bien moins de ressources puisque une fois les contenants lavés, ceux-ci sont directement réutilisés. Il faut bien entendu que la distance parcourue par les bouteilles soit réduite pour que le bilan environnemental soit positif, d’où l’intérêt de circuits courts de production-distribution.
  • D’un point de vue économique, la consigne peut également être avantageuse : le producteur n’a pas à racheter des contenants parfois coûteux à chaque mise sur le marché. Il peut amortir son investissement en contenants, jusqu’à ce que leur usure soit trop importante, et qu’ils soient alors recyclés.
  • Si le système de la consigne paraît également plus pertinent d’un point de vue logistique (fonctionnement en circuit fermé, optimisé grâce à la “logistique retour” ), il se heurte malheureusement aujourd’hui à certaines difficultés. La difficulté principale porte sur le lavage des contenants (bouteilles, bocaux). Peu de laveuses existent aujourd’hui sur le territoire, ce qui est un frein pour certains entrepreneurs qui souhaitent se lancer dans un système de vente en emballages consignés.

Le développement du vrac

Le système de vente à vrac connaît un essor certain en France ces dernières années. Le principe : pouvoir acheter exactement la quantité de produit que l’on souhaite. Les produits sont stockés dans de grands contenants, sans emballages individuels. Le client peut venir avec ses propres contenants et les remplir des produits qu’il veut, selon la quantité qu’il souhaite et le tout sans emballage à usage unique.

Si les rayons vrac étaient déjà présents dans certains magasins d’alimentation biologique, des épiceries 100% vrac ont fait leur apparition en France en 2014. Depuis, le vrac se démocratise et réinvestit les rayons des supermarchés classiques. Les acteurs de la filière ont désormais leur association professionnelle, le Réseau Vrac, qui compte 450 adhérents en 2018.

Le vrac s’impose aujourd’hui pour de nombreux consommateurs comme une alternative intelligente aux produits emballés de la grande distribution. Il permet de ne pas payer le prix de l’emballage mais aussi de lutter contre le gaspillage alimentaire en ne choisissant que la quantité souhaitée.

En apportant ses propres contenants (bocaux en verre, sacs à vrac en coton), il est possible d’éviter tout emballage lors de ses achats. Le vrac est en ce sens un modèle très efficace de lutte contre les emballages jetables.

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