Dossier thématique

Mieux trier et recycler

A la maison, au bureau, mais aussi dans les espaces publics ou encore sur les chantiers... Le tri à la source est un geste crucial pour un recyclage optimal. Pourquoi trier et comment faire progresser le recyclage ?

Trier dès le départ, pour faciliter le recyclage

Un déchet qui n’a pas fait l’objet d’un tri à la source est difficilement voire pas du tout valorisable. En effet, le recyclage ne peut être réalisé que si les flux de matières sont suffisamment homogènes. Trier a posteriori des déchets qui ont été mélangés (on parle de “sur-tri”) n’est pas toujours techniquement possible, et en tout état de cause cela a un coût qui rend parfois le recyclage moins compétitif. Trier à la source permet donc d’améliorer la qualité des matériaux à recycler, et de réduire les interventions ultérieures de sur-tri. Des industriels ont tenté cela avec des usines de “tri mécano biologique”, ce qui s’est avéré onéreux et peu concluant (voir nos articles sur ce thème). Trier à la source est donc essentiel pour la suite de la chaîne !

Il est donc très important que chaque personne chez soi participe au geste de tri, afin qu’ils soient ensuite envoyés dans des centres de tri spécialisés (verre, papiers, plastiques etc.). D’autant plus que la France doit tenir un objectif de 65% de réemploi / recyclage d’ici 2035 !

Plusieurs idées reçues subsistent cependant : trier serait inutile, les déchets seraient remélangés, etc. Il n’en est rien ! Si les poubelles qui contiennent trop d’erreurs de tri peuvent en effet être refusées à la collecte, les collectivités n’ont nullement intérêt à renvoyer en incinération des déchets par ailleurs recyclables. Pour chaque tonne de déchets triés, elle perçoivent en effet un soutien financier.

La progression du recyclage passe ainsi notamment par la multiplication de ce que l’on appelle les nouvelles “filières” et “consignes de tri” associées. Autrement dit, la mise en place de poubelles ou de bennes spécifiques pour chaque flux de déchets. Plus les déchets sont collectés séparément, plus leur gestion dans chaque filière sera facilitée : cela est vrai pour le verre ou le papier, mais l’est tout autant dans les déchèteries (bois, métaux, piles, déchets verts…), ou bien dans la rue et tous les espaces publics.

Balles d'emballages en centre de tri

Les leviers, pour les collectivités

Chaque année, la France produit près de 38 millions de tonnes de déchets ménagers et assimilés (soit environ 570 kg par Français, incluant les déchets de déchèteries, les déchets des commerçants, etc.) : seulement 35 à 40% sont effectivement recyclés, le reste étant incinéré ou mis en décharge. Plusieurs leviers existent aujourd’hui pour améliorer les performances de collecte séparée des déchets ménagers, et ainsi faire progresser le “taux de captage” des déchets recyclables. L’objectif est de réduire la quantité de déchets recyclables perdus, car mélangés au tout venant. Un bon moyen de connaître les résultats de sa commune est de consulter le rapport annuel qui doit obligatoirement être élaboré chaque année et qui est communicable de droit par les collectivités.

La tarification incitative

La tarification incitative est un mode de financement de la gestion des déchets ménagers qui consiste à faire payer une partie du service en fonction de la quantité de déchets produite (nombre de levées, masse des déchets, nombre de personnes dans le foyer, etc.). Déjà en place pour environ 5 millions de Français au sein des collectivités locales, elle constitue à l’heure actuelle un instrument de politique publique permettant d’augmenter fortement la captation des déchets recyclables. En effet, en fonction du point de départ, ce taux peut augmenter de 30% en quelques années sur le territoire ! Cette progression est encore plus importante lorsque le changement de facturation est accompagnée d’une gestion séparée des biodéchets grâce à l’ajout d’une collecte spécifique, ou l’équipement des usagers en composteurs. La loi de transition énergétique votée en 2015 prévoit que 25 millions de Français soient couverts par une telle tarification incitative, d’ici 2025.

Le tri de tous les emballages

Si à l’heure actuelle tous les emballages ne sont pas tous acceptés au tri dans toutes les collectivités, ce problème devrait être résolu d’ici 2022. En effet, la loi de transition énergétique prévoit la mise en place de “l’extension des consignes de tri” : il s’agit d’une modernisation des centres de tri qui devront être adaptés pour accepter tous les types d’emballages, y compris les films plastiques, barquettes, etc. En effet, la mise en place du tri en France dans les années 1990 avait commencé avec les filières les plus rentables et faciles à organiser (flacons et bouteilles plastiques, etc.). Mais la facilitation du geste de tri des usagers, en le rendant automatique pour tous les emballages, permet une adhésion plus facile de la population au recyclage.

Le tri en entreprise

Chaque année en France, ce sont environ 60 millions de tonnes de déchets d’activités économiques qui sont produits (sans compter le secteur du BTP). Le tri en entreprise est donc tout aussi fondamental pour progresser vers plus de recyclage. Qu’il s’agisse des papiers de bureau, des déchets de chantier ou bien de la restauration rapide, tout le monde doit s’y mettre, car pour les entreprises aussi, les déchets triés sont plus facilement valorisés.

Dans ce but, le tri est désormais une obligation dans toutes les entreprises ayant recours à un prestataire privé, ou produisant plus de 1100 litres de déchets par semaine lorsqu’elles passent par la collecte d’une collectivité. Cette obligation est clairement établie par le décret du 10 mars 2016 communément appelé le “décret 5 flux” (plastique, bois, métaux, papier, verre). Sa mise en œuvre tarde cependant, de nombreuses entreprises n’ayant pas encore fait le nécessaire (consultez notre article de décryptage).

Les limites du recyclage

Malheureusement, tous les déchets ne sont pas recyclables : il existe de nombreuses substances chimiques ou objets qui constituent des “perturbateurs de tri”. Cela est vrai tant pour les emballages (multi-matériaux non séparables, matières non recyclables…), que certains meubles (non démontables, présence de produits chimiques dangereux…) ou des textiles. Tous ces perturbateurs constituent autant de produits non recyclables en tant que tel, voire des polluants qui compromettent le recyclage des autres flux (consultez par exemple notre dossier “PET opaque”). Pour tous ces produits, il importe désormais que les entreprises manufacturières se mobilisent afin de les éco-concevoir : à terme, il faudra bannir certaines substances chimiques, éviter les multi-matériaux, faciliter la démontabilité, etc. Sans cela, les taux de recyclage ne pourront jamais atteindre des sommets.

En tout état de cause, le meilleur déchet reste celui que l’on ne produit pas !

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