Dossier thématique

Réduire et trier les biodéchets

Les déchets organiques représentent encore un tiers de nos poubelles résiduelles, qui finissent en décharge ou en incinération. Lutter contre le gaspillage alimentaire et généraliser le tri des biodéchets, c'est indispensable pour limiter les impacts environnementaux liés au traitement de nos ordures.

Déchets organiques, déchets alimentaires, ou biodéchets ?

Les biodéchets englobent tous les déchets organiques : il s’agit à la fois des déchets alimentaires (restes de repas, épluchures, marc de café…) et des déchets de jardin (dits déchets verts). Selon l’Ademe, on produit en France plus de 46 millions de tonnes de déchets organiques par an [1], tous types confondus (hors déchets agricoles et sylvicoles).

Des déchets qui n’en sont pas

Dans la nature, les déchets organiques, entièrement biodégradables et compostables, ne sont pas des déchets : en se décomposant, les feuilles mortes en forêt deviennent de l’humus pour nourrir le sol. A la base même du cycle naturel, nos biodéchets peuvent être transformés en fertilisant naturel renouvelable. Ce compost, riche en nutriments, est utile pour la production de notre alimentation et permet d’éviter les pollutions liées à l’utilisation d’engrais minéraux.

Pomme se décomposant au sol
Crédits : Joshua Hoehne

A l’heure actuelle, toutefois, ces biodéchets restent très souvent mélangés aux déchets résiduels non triés. En France, la poubelle résiduelle des ménages (tout-venant) contient ainsi un tiers de biodéchets, soit 83 kg / an / habitant·e [2]. En mélange avec les ordures ménagères résiduelles, les biodéchets sont alors envoyés en incinération ou mis en décharge. Au total, 5,5 millions de tonnes de biodéchets finissent chaque année incinérés ou enfouis au lieu d’être compostés et valorisés [3]. L’enjeu est donc de sortir les biodéchets de la poubelle résiduelle, d’une part en les réduisant, et d’autre part en permettant le tri à la source de ceux qui sont inévitables.

Incinérer des biodéchets est une aberration

Les biodéchets étant majoritairement composés d’eau, leur incinération consomme plus d’énergie qu’elle n’en produit. De plus, l’incinération contribue au changement climatique : pour chaque tonne de déchets incinérée, au moins une tonne de CO2 est émise.

Mettre en décharge des biodéchets est extrêmement polluant

Lorsqu’ils sont enfouis, les biodéchets fermentent dans les fosses où leur décomposition ne s’effectue pas dans de bonnes conditions et conduit à d’importantes émissions de méthane, un gaz au pouvoir de réchauffement global entre 25 et 30 fois supérieur à celui du CO2. Leur présence en décharge, mélangés à d’autres déchets, contribue également à produire du lixiviat, un liquide chargé en nitrates et métaux lourds, multipliant les risques de fuite et de pollution des nappes phréatiques.

Lutter contre le gaspillage alimentaire

Comme pour les autres types de déchets, la priorité reste la lutte contre le gaspillage, à la fois alimentaire et dans nos jardins, pour s’assurer que seuls les biodéchets n’ayant pas pu être évités terminent à la poubelle.

Le poids du gaspillage alimentaire

Au total, près de 10 millions de tonnes de nourriture consommable sont gaspillées chaque année en France selon l’Ademe. Outre le gaspillage de ressources naturelles qu’il constitue, le gaspillage alimentaire émet à l’échelle mondiale autant de gaz à effet de serre qu’un pays dont le niveau d’activité se situerait en troisième position mondiale, juste après celui de la Chine et des USA, notamment en raison de l’énergie nécessaire à la production, la transformation ou encore le transport des marchandises périssables. L’Ademe estime qu’il coûte entre 12 et 20 milliards d’euros par an en France soit l’équivalent de 159 euros par personne pour les seuls ménages [4].

Le gaspillage alimentaire a lieu à tous les stades de la chaîne de production alimentaire. Il est très visible dans les poubelles des ménages, mais contrairement aux idées reçues, l’essentiel du gaspillage se fait en amont de l’assiette. Selon une étude de l’Ademe [5], il a lieu :

  • 32% à l’étape de la production agricole ;
  • 21% à l’étape de transformation ;
  • 14% à l’étape de distribution ;
  • 33% lors de la consommation, dont 14% pour la restauration collective et commerciale et 19% pour la consommation à domicile.

La lutte contre le gaspillage alimentaire est avant tout un problème lié à l’amont et au système de production alimentaire, fondé sur une offre constante et surabondante. Depuis 2016, des mesures nationales ont été votées pour lutter contre le gaspillage alimentaire en bout de chaîne, avec notamment l’interdiction de détruire les invendus. Si la loi Garot de 2016 [6] a constitué une avancée réglementaire, elle n’a pas pour autant permis de réduire la production de ces invendus.

Zero Waste France interroge ainsi les limites de ces mesures, qui ne touchent pas au système de production alimentaire global, premier responsable du gaspillage alimentaire. L’association demande à l’Etat d’engager une évaluation des actions menées en vue d’atteindre en 2025 les objectifs de réduction de 50% du gaspillage alimentaire votés dans la loi AGEC. Il est essentiel d’amplifier les efforts à tous les niveaux de la chaîne de production alimentaire. A l’échelle locale, Zero Waste France incite les collectivités à mener des actions de lutte contre le gaspillage alimentaire auprès du grand public, et à fixer des objectifs de réduction, notamment dans les projets alimentaires territoriaux (PAT).

Il est également central de continuer la sensibilisation et la communication envers les ménages : on comptabilise encore 29 kg par an et par habitant·e de denrées consommables dans les poubelles résiduelles, dont 7kg encore emballés [7].

Réduire les déchets verts

En 2013, les déchets verts (ou déchets de jardin) produits par les ménages et par les collectivités représentaient 7 millions de tonnes, soit un peu plus de 105 kg par an et par habitant·e selon l’Ademe [8]. En majorité déjà triés à la source via des collectes en porte à porte ou des apports en déchèterie, les déchets verts retournent en grande partie au sol. On en retrouve toutefois encore dans la poubelle résiduelle (1,2 million de tonnes en 2013).

Brouette de déchets verts
Crédits : Annie Spratt

L’enjeu pour les collectivités est à la fois de capter ces déchets verts restants, et de réduire la production de ces déchets verts à la source : composés à 60% de tonte de pelouse (une estimation du Réseau Compost Citoyen), ils pourraient directement et simplement nourrir les sols dans les jardins des particuliers. Il en est de même pour les tailles de haies ou de branchages, qui peuvent retourner au sol directement dans les jardins sous forme de broyat dans un compost domestique, ou en tant que paillage. Comme le souligne le Réseau Compost Citoyen [9], réutiliser les déchets verts au jardin permet de diminuer les arrosages, d’éviter les allers-retours à la déchetterie, et de limiter l’emploi d’engrais et herbicides. Cela permet également de réduire le coût de gestion de ces déchets pour la collectivité.

De plus en plus de collectivités sensibilisent et forment leurs habitant·es à la gestion de proximité de ces déchets verts, ou proposent des outils (prêt ou location de broyeurs…) pour permettre cette gestion directement chez soi. C’est le cas du SMICVAL (Gironde), qui propose des formations à l’éco-jardinage, ou encore de Rennes Métropole, qui propose des ateliers “jardin zéro déchet”, et dont les élu·es ont décidé de ne plus accepter les déchets de tonte en déchetterie à partir du 1er janvier 2024 [10].

Trier à la source les biodéchets inévitables

À partir du 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets – qui n’ont donc pas pu être évités – devient obligatoire pour tous les producteurs de déchets. Citoyen·nes et professionnel·les doivent ainsi pouvoir séparer leurs déchets organiques du reste des ordures ménagères. Pour ce qui est des citoyen·nes, ils et elles sont libres de mettre en place une solution dans leur foyer (composteur, lombricomposteur), mais la loi ne les y oblige pas. Ce sont les collectivités locales qui sont tenues de mettre en place cette obligation légale et de proposer à leurs habitant·es une ou plusieurs solutions (compostage de proximité et/ou collecte séparée).

Les collectivités sont en première ligne pour permettre la généralisation du tri à la source des biodéchets au 1er janvier 2024. C’est en effet à elles de proposer à leurs habitant·es des solutions adaptées aux différentes typologies d’habitat, et dimensionnées au nombre et à la densité de population. L’État, de son côté, doit lui aussi endosser pleinement son rôle, en accompagnant concrètement les collectivités dans ce déploiement via des soutiens financiers d’ampleur. A l’inverse, afin de veiller à ce que toutes les collectivités mobilisent les moyens nécessaires pour généraliser le tri à la source des biodéchets, l’Etat doit aussi jouer un rôle d’encadrement et de contrôle, voire de sanction.

Découvrez nos recommandations

Pour ce qui est des professionnel·les produisant des biodéchets (restauration commerciale, collective…), ils et elles sont également concerné·es par l’obligation de tri à la source :

  • depuis 2016 pour celles et ceux produisant plus de 10 tonnes par an ;
  • depuis le 1er janvier 2023 pour celles et ceux produisant plus de 5 tonnes par an.

Au 31 décembre 2023, l’obligation concerne l’ensemble des professionnel·les produisant des biodéchets. Ils et elles peuvent faire appel à des prestataires privés, ou gérer directement sur site leurs biodéchets, voire demander à leur collectivité si elle a pris des dispositions pour les biodéchets des professionnel·les – sachant que la collectivité n’y est pas obligée, mais peut proposer des solutions aux petits producteurs de biodéchets dans le cadre du service public de gestion des déchets. En termes de ressources, plusieurs guides de l’Ademe existent pour accompagner les professionnel·les  à généraliser ces pratiques.

Valoriser les biodéchets

Les biodéchets gérés en compostage de proximité (domestique ou collectif) sont compostés directement sur place, ce qui a pour avantage de réduire l’impact carbone lié à leur transport. Il est toutefois nécessaire pour la collectivité d’assurer la formation des habitant·es, et le suivi des différents sites de compostage partagé, pour permettre leur pérennité. Un plan complet de compostage partagé permet de prévoir les moyens humains à mettre en place, les acteurs associatifs locaux à associer à la démarche, et le devenir du compost produit, via la distribution directe aux habitant·es ou l’utilisation pour les espaces verts locaux.

Pour ce qui est des biodéchets collectés séparément, plusieurs solutions existent pour permettre leur retour à la terre :

Compostage industriel

Le compostage consiste en une dégradation des matières organiques, à travers une montée en température. Il est dit “industriel” lorsque le site de compostage traite plusieurs tonnes de biodéchets par an, par opposition au compostage de proximité, mais le processus reste le même. Ce processus permet d’aboutir à un compost riche en azote et en carbone, qui constitue un très bon amendement pour les sols. Le compost stabilisé sur une plateforme de compostage industriel peut ainsi retourner au sol agricole, dans le respect des normes applicables.

Méthanisation

La méthanisation est une technique de dégradation des matières organiques, en milieu anaérobie, c’est-à-dire sans oxygène, contrairement au compostage. Elle produit à la fois un biogaz, principalement composé d’un mélange de méthane et de C02, et du digestat, produit humide et stabilisé, qui peut être déposé sur les sols, mais ne contient pas tous les nutriments du compost, puisqu’on en a notamment extrait le méthane. Le digestat est parfois lui-même composté pour un retour au sol de meilleure qualité. La méthanisation permet de valoriser certains déchets organiques qui ne peuvent pas l’être autrement, comme les déchets de l’industrie agro-alimentaire ou les huiles usagées.

Au niveau local, l’arbitrage entre ces deux solutions dépend des spécificités du territoire, notamment la proximité de réseaux de gaz auxquels se raccorder, ainsi que des déchets organiques produits localement par l’agro-industrie. Zero Waste France recommande de privilégier les méthodes permettant de massifier le traitement des biodéchets à l’échelle la plus locale possible. Le processus de compostage a l’avantage de faciliter le retour à la terre agricole des biodéchets valorisés, sans étape supplémentaire, et de réduire le risque de pollution accidentelle – la méthanisation comportant un risque non négligeable de fuites de méthane, qui contribuent au réchauffement climatique.

[1] Ademe, Chiffres clés déchets 2023, chiffres issus de La collecte des déchets par le service public en France, résultats 2013

[2] Ademe, Chiffres clés déchets 2023, chiffres issus de la caractérisation déchets 2017

[3] Calcul Zero Waste France à partir des données ADEME de la caractérisation 2017

[4] Ademe, dossier Réduire le gaspillage alimentaire, 2020

[5] Ademe, Etat des lieux des pertes et gaspillages et de leur gestion par étapes de la chaîne alimentaire, 2016

[6] Ministère de l’Agriculture, Lutte contre le gaspillage alimentaire : les lois françaises, septembre 2022

[7] Ademe, Etat des lieux des pertes et gaspillages et de leur gestion par étapes de la chaîne alimentaire, 2016

[8] Ademe, Chiffres clés 2020, chiffres issus de La collecte des déchets par le service public en France, résultats 2013

[9] Réseau Compost Citoyen, Fiche technique n°14 Réduire ses déchets verts : des solutions existent

[10] Rennes Métropole, En 2024, la fin du dépôt de tonte en déchetterie, mars 2023

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