26 septembre 2018
Flore Berlingen

Inédit : la « face cachée » de nos objets dévoilée par l’Ademe

L'Ademe a passé au peigne fin le cycle de vie de 45 objets et équipements de notre quotidien. Ces données inédites nous permettent de connaître le bilan carbone mais aussi le poids total de matières premières utilisées pour la production de chaque objet.

Partager

L’étude publiée par l’Ademe est une première : aucune information aussi complète sur l’impact environnemental des biens de grande consommation n’était jusqu’alors disponible. Analyse de cycle de vie, bilan carbone et bilan matières ont été réalisés pour 45 objets et équipements de la vie quotidienne : électronique, électroménager, vêtements et chaussures, meubles, articles de sport. La production d’un smartphone doté d’un écran 5 pouces requiert ainsi 183 kg de matières premières et émet 33 kg de CO2.

Face cachée objets

L’impact de la production des objets

Ce que vient confirmer et illustrer cette étude, c’est notamment le poids prépondérant de la phase de production, comparée aux autres phases du cycle de vie (distribution, utilisation, fin de vie) d’une grande partie des objets analysés. Pour les équipements électroniques, la phase d’extraction des matières premières est ainsi “assez largement la plus contributrice aux quatre indicateurs d’impact retenus (changement climatique, épuisement des ressources minérales et fossiles, acidification et effets respiratoires)” note l’Ademe. Pour les produits moins pourvus en électronique (l’électroménager, bien qu’il soit également gagné par les écrans) , le bilan est plus équilibré entre phase de production et phase d’utilisation. Pour les textiles et chaussures, la balance pèse à nouveau du côté de la production, ainsi que pour les meubles, avec toutefois des différences importantes selon les matériaux utilisés et le lieu de production.

L’étude offre en outre des données inédites sur la quantité de matières premières utilisées pour produire chacun des 45 équipements analysés.  Cette “face cachée” de nos objets, invisible pour le consommateur final, pèse très lourd : le ratio peut aller jusqu’à 350 fois la masse de l’objet final pour l’électronique, jusqu’à 75 fois pour le textile, etc. Un simple four à micro-ondes de 13 kg “pèse” ainsi en réalité plus de 2 tonnes de matières premières, et la production de chaussures en tissu requiert 38 fois plus de ressources que leur poids final.

Autrement dit, chaque produit est un investissement en ressources

Il faut donc absolument faire durer le plus longtemps possible si l’on souhaite, a posteriori, éviter le gaspillage de ces ressources. Ces conclusions posent bien évidemment aussi la question de ce qui “vaut la peine” d’être produit, compte-tenu des conséquences sur les changements climatiques et autres impacts environnementaux.

Comment agir et à quel niveau ?

Ce constat chiffré dressé par l’Ademe peut nous permettre d’identifier des leviers d’action tout à fait concrets, au niveau individuel mais aussi collectif, politique, économique et fiscal.

Les 5 recommandations mises en avant par l’Ademe concernent nos choix quotidiens : éviter le suréquipement, le surdimensionnement (des écrans, par exemple), opter pour la réparation, faire le choix de produits éco-conçus, éviter de renouveler trop souvent les achats. Ces nouveaux réflexes font partie du quotidien des 12 000 participants au Défi “Rien de neuf” lancé par Zero Waste France en janvier 2018.

Toutefois et les premiers bilans de ce Défi l’illustrent, l’action des individus peut avoir une limite très nette : celle de la (faible) durabilité des équipements disponibles. Qualité inférieure, durée de vie réduite et non-réparabilité sont des facteurs de renouvellement accéléré des achats, avec, pour chaque produit neuf, les impacts décrits ci-dessus.

De petites améliorations concédées par les fabricants devant la grogne de leurs utilisateurs ne seront pas suffisantes : produire l’objet qui durera le plus longtemps possible doit devenir le nouvel objectif de recherche et développement des fabricants. Ce qui implique de sortir d’un modèle de production fondé sur la croissance du chiffre d’affaire, lui-même lié aux volumes écoulés.

Zero Waste France rappelle que trois catégories de mesures peuvent être combinées par les pouvoirs publics pour accélérer cette transition :

  • Obligations d’information du public,
  • Contraintes réglementaires portant sur la conception et fabrication,
  • Incitations fiscales.

Alors que le Projet de loi de finances (PLF) 2019 est en discussion, c’est sur ce volet fiscal que des mesures pourraient être ajoutées à la feuille de route du gouvernement. Au-delà de l’augmentation de la Taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) qui touche l’aval (l’incinération et la mise en décharge des objets arrivés en fin de vie), il est urgent de mettre en place des incitations en amont : réduction de la TVA sur la réparation par exemple, taxation spécifique portant sur les objets à usage unique, non recyclables et/ou produits à partir de ressources non renouvelables.

Ce rééquilibrage économique par la fiscalité ou les contraintes réglementaires est indispensable pour que les alternatives, déjà largement présentes mais pas encore majoritaires, puissent pleinement se déployer. En effet, les activités de l’économie circulaire (dont une grande partie dans le champ de l’ESS) ne pourront pas devenir aussi “compétitives” (ce à quoi le discours politique et économique dominant les encourage, voire les enjoint) tant que leurs concurrentes de l’économie linéaire n’internalisent pas le coût environnemental de leurs activités.

17 juin 2021

La loi Climat en discussion au Sénat

Un mois après que l’Assemblée nationale a rendu sa version du projet de loi Climat, c’est au tour des sénateurs et sénatrices de plancher sur le texte. Alors, bonnes ou mauvaises nouvelles sur le [...]

04 juin 2021

La loi change, les habitudes aussi : adieu gobelets jetables !

Du 12 au 26 juin 2021, Zero Waste France et son réseau de groupe locaux organisent un marathon de sensibilisation des commerçant‧es pour les inciter à la réduction des déchets.

31 mai 2021

Le lobby du papier-carton vent debout contre l’obligation de réemployable en restauration rapide

Après Copacel il y a quelques mois, c’est au tour de Revipac de vanter les vertus écologiques des emballages à usage unique en papier-carton à grand renfort d’analyses de cycle de vie. Une manière[...]

17 mai 2021

Les recommandations de Zero Waste France pour des Régions engagées dans la réduction des déchets

Les 20 et 27 juin 2021, se dérouleront les élections régionales. A cette occasion, Zero Waste France tient à formuler ses recommandations aux candidats et candidates en rappelant le rôle primordia[...]

à la une
17 mai 2021

Matinée technique : soutenir les initiatives de consigne pour réemploi sur son territoire

Zero Waste France et le Réseau Consigne organisent le 24 juin une matinée d’échanges et de retours d’expérience sur les initiatives locales de consigne pour réemploi, et le rôle que peuvent jouer [...]

12 mai 2021

Élections régionales 2021 : comment les Régions peuvent-elles agir en matière de réduction des déchets ?

Si les Régions détiennent la compétence de planification des déchets, leur rôle est aussi d'impulser des filières de réemploi et réparation, de former les élu·e·s et les professionnel·le·s du terr[...]

30 avril 2021

Loi Climat : une régulation de la publicité insuffisante malgré quelques avancées

Le 17 avril 2021, l’Assemblée nationale a achevé l’examen en première lecture du projet de loi Climat et résilience. Les dispositions du texte relatives à la régulation de la publicité s’avèrent l[...]

29 avril 2021

Les démarches zéro déchet créent davantage d’emplois que l’élimination des déchets

Selon un rapport de l’ONG Gaïa, le secteur de la réparation crée 3 fois plus d’emplois que le secteur du recyclage, qui crée lui-même 50 fois plus d’emplois que l’élimination des déchets. Un rappo[...]

26 avril 2021

L’incinération est exclue du registre des investissements “verts” établi par l’Union européenne

Le 21 avril 2021, la Commission européenne a publié sa taxonomie “verte”, un registre qui définit les domaines dans lesquels les investissements sont considérés comme durables. La bonne nouvelle :[...]

14 avril 2021

La tarification incitative, un outil clé pour une politique ambitieuse de prévention

L’Ademe a publié en mars 2020 une synthèse du projet de recherche TI AMO (“Tarification incitative : acteurs, modalités et obstacles”), ayant pour objectif de mieux comprendre les enjeux du déploi[...]