Enfance et petite enfance : le rôle clé des communes dans la réduction du plastique et des déchets

Un impératif : pourquoi est-il nécessaire d’agir ?

A la rentrée 2025, l’Éducation nationale [1] recense 6,1 millions d’enfants scolarisés dans le premier degré (écoles maternelles et élémentaires). Pour ce qui est des enfants de moins de 3 ans, 22% d’entre eux sont accueillis en crèche ou dans une halte garderie (mode de garde principal ou secondaire) [2]. A l’école, à la cantine ou dans les crèches, ces enfants sont exposés à des substances polluantes, notamment via le plastique omniprésent dans leur environnement : jouets, vaisselle, couches à usage unique…

De très nombreuses études scientifiques et “des décennies de preuves” ont démontré les impacts de cette exposition au plastique, qui peuvent “contribuer aux maladies et aux handicaps” en particulier lorsque l’exposition survient à un âge précoce (L. Trasande, A. Buha Đorđević & M.O. Fernandez, The Lancet Child & Adolescent Health, 2025, [3] ). Présents dans de nombreux produits comme les contenants alimentaires, les bouteilles d’eau ou les biberons, les phtalates, bisphénols et PFAS sont libérés lorsque le plastique et chauffé, utilisé ou traité chimiquement, et qu’il se décompose en microplastiques et nanoplastiques.

Pour cela, réduire les produits en plastiques à usage unique dans les établissements scolaires et les crèches, notamment au niveau de l’alimentation (cantines, repas) est un enjeu clé et fait déjà l’objet de nombreuses réglementations – malheureusement pas toujours appliquées.

En outre, la prolifération de produits à usage unique représente un gaspillage considérable de ressources. De sa naissance à ses 3 ans, un⸱e enfant utilise en moyenne 1 tonne de couches à usage unique. Les textiles sanitaires à usage unique représentent 2,4 millions de tonnes de déchets chaque année [4]. Quant au gaspillage alimentaire, il est estimé à 120 grammes par convive et par repas, et au total, 1,1 milliard de repas sont servis chaque année en restauration scolaire (tous niveaux confondus) [5].

Cadre législatif : ce que permet (et impose) la loi

Plusieurs obligations s’imposent déjà aux communes pour ce qui est de la réduction des plastiques dans les crèches et dans les cantines, fixées par la loi Egalim [6] :

  • Depuis le 1er janvier 2020, interdiction de certains produits et ustensiles en PUU dans les établissements de restauration collective et scolaire : gobelets, verres, assiettes, plateaux-repas, couverts… Y compris en plastique biosourcé depuis juillet 2021.
  • Depuis le 1er janvier 2020, interdiction des bouteilles d’eau plate en plastique en restauration scolaire (sauf cas exceptionnel de restriction d’eau destinée à la consommation humaine).
  • Depuis le 1er janvier 2025 : interdiction des contenants plastiques pour la cuisson, la réchauffe et le service en restauration scolaire et dans les établissements accueillant des enfants de moins de 6 ans. Cette interdiction concerne tous les contenant en contact alimentaire (plats, saladiers, assiettes, verres, biberons, carafes…) ainsi que les couverts. Seuls les contenants en plastique pour le transport restent autorisés (sans cuisson ni réchauffe, uniquement pour la logistique entre les cuisines centrales et les cantines de chaque école).
  • L’interdiction s’applique à tous matériaux qui contiennent des couches ou films de plastique.

Pour ce qui est du gaspillage alimentaire :

  • La loi de transition énergétique pour une croissance verte (LTCEV) de 2015 [7] introduit l’obligation, pour la restauration collective publique, d’avoir une démarche de lutte contre le gaspillage alimentaire.
  • La loi EGALIM de 2018 précise les obligations en matière de dons alimentaires : depuis le 22 octobre 2020, les cuisines centrales ou sur place qui préparent plus de 3 000 repas par jour ont l’obligation de proposer une convention de dons à une association habilitée. Cette loi interdit aux acteurs de la restauration collective de rendre impropre à la consommation des denrées encore consommables. Elle rend également obligatoire de faire un diagnostic de gaspillage pour l’ensemble de la restauration collective avant le 21 octobre 2020.
  • La loi AGEC de 2020 [8] fixe un objectif de réduction de 50% du gaspillage alimentaire entre 2015 et 2025 dans la distribution alimentaire et la restauration collective.

Pour ce qui est du tri à la source des biodéchets – ou déchets alimentaires -, il est obligatoire depuis déjà plusieurs années pour la restauration collective : depuis 2016 pour les cantines produisant plus de 10 tonnes / an ; depuis le 1er janvier 2023 pour les professionnels produisant plus de 5 tonnes / an ; et depuis le 1er janvier 2024 pour tous les producteurs de biodéchets. Les cantines scolaires, cuisines centrales et crèches sont concernées par ce tri à la source, avec un libre choix de solutions (appel à un prestataire privé, compostage sur site, mise en place par la commune d’une collecte séparée dédiée aux biodéchets des cantines…).

Pourquoi la commune est une enceinte d’action décisive ?

Les communes doivent non seulement appliquer ces obligations – ce qui n’est pas encore le cas partout, notamment pour les obligations de suppression de plastique dans les cantines, applicables depuis le 1er janvier 2025 -, mais elles peuvent également aller plus loin dans la démarche : réduction des jouets en plastique dans les crèches, mise en place de couches lavables ou compostables, sensibilisation du jeune public…

Leurs compétences de gestion des domaines de l’enfance et de la petite enfance leur donne une grande latitude pour donner l’exemple et porter une dynamique sur leur territoire via de nouveaux dispositifs : adopter un plan de réduction du plastique, acter des mesures dédiées à l’enfance dans leur PLPDMA (couches, actions de sensibilisation des enfants et/ou des parents…), ou encore élaborer un projet alimentaire territorial (PAT) destiné à proposer des actions concrètes de réduction du gaspillage et de mise en place d’une alimentation saine et locale dans les cantines. Pour créer les conditions de tels changements, les communes doivent également prévoir dans leur budget des enveloppes dédiées à ces projets.

Plateaux en inox dans une cantine
Plateaux en inox dans une cantine de Bordeaux. Photo : Benjamin Thiant.

Des communes déjà engagées : des exemples inspirants partout en France

Suppression des plastiques dans les cantines et cuisines centrales

  • Strasbourg (290 000 habitant⸱es) : suite à une mobilisation forte des parents d’élèves et du groupe local Zéro Déchet Strasbourg, les 18 selfs de la ville ont abandonné dès 2017 l’usage des barquettes en plastique, remplacées par des plats en inox. La ville a investi massivement pour adapter le fonctionnement des 44 autres cantines de la ville (notamment les écoles maternelles, avec service à l’assiette). En 2022, tous⸱tes les élèves utilisent des contenants en inox.
  • Montrouge (46 000 habitant⸱es) : adaptation de la cuisine centrale (remplacement des fours, non adaptés aux contenants réemployables), formation des agents en ergonomie pour faciliter la manutention des nouveaux contenants. Au total, 250 000 euros ont été investis pour supprimer le plastique dans toutes les cantines de la ville.
  • A l’échelle métropolitaine aussi : Angers Métropole (308 000 habitant⸱es) a créé une nouvelle cuisine centrale de 3 000 mètres carrés, avec un gros travail mené sur la logistique et la récupération des contenants réutilisables (18 000 contenants en circulation) et la mise en place d’une tournée dédiée. La métropole a financé et construit un tunnel de lavage des contenants, et remplacé les étiquettes par des impressions jet d’encre directement sur l’inox pour les informations de traçabilité.

Suppression des couches jetables dans les crèches

  • Plusieurs communes ont équipé les crèches municipales de couches lavables : c’est le cas du multi-accueil de Haye-Fouassière en Loire-Atlantique, de la crèche de Bègles près de Bordeaux, ou encore de la crèche d’Epoisses à Besançon.  ETP, équipement de lavage
  • D’autres communes ont fait le choix d’expérimenter les couches compostables dans les crèches municipales pour plusieurs mois, avec un bilan positif : Bordeaux, Libourne, Poitiers… A Lyon, la moitié des crèches municipales sont désormais équipées en couches compostables, soit 26 structures, permettant de produire chaque mois près d’une tonne de compost.
  • Dans l’ensemble de ces retours d’expérience, la formation du personnel des crèches a été une étape indispensable pour instaurer ces nouvelles pratiques et adapter l’existant. De même, les échanges avec les parents ont permis de trouver un mode de fonctionnement efficace et de rassurer les familles.
  • A une échelle intercommunale, certaines collectivités vont encore plus loin dans la sensibilisation des parents, à travers le prêt ou l’aide à l’achat de couches lavables, la formation des assistant⸱es maternel⸱les, ou la mise en œuvre de défis foyers zéro déchet. Les collectivités peuvent également soutenir financièrement l’implantation d’un système de lavage – location de couches sur le territoire.

Ambition globale de réduire le plastique dans les cantines et les crèches

La ville de Paris a mis en place plusieurs types d’actions en parallèle avec l’ambition de supprimer le plastique dans les crèches et les cantines pour les repas :

  • Achat de biberons en verre pour les crèches municipales depuis 2019, avec une durée de vie finalement plus longue que le plastique (résistance aux chocs).
  • Équipement des cantines du 12è arrondissement en plateaux inox pour le service dans les cantines des écoles maternelles et élémentaires, et dans la moitié des collèges de l’arrondissement. Ces plateaux en inox remplacent les assiettes et contenants de service : avec une charge réduire de 1,15 kg par rapport aux anciens plateaux classiques en plastique avec vaisselle, ils permettent de réduire la pénibilité pour le personnel, l’utilisation d’eau (60 % de vaisselle en moins à laver pour un service complet), et la casse et donc les coûts ( moins de renouvellement nécessaire).
  • Expérimentation des couches compostables dans certaines crèches.
  • Des actions ont également été mises en place dans les crèches pour éliminer progressivement les jouets en plastique, afin de lutter contre les perturbateurs endocriniens.

Lutte contre le gaspillage alimentaire

  • “Mission Zéro Gaspi” dans la ville d’Avignon (90 000 habitant.es) : plusieurs actions conjointes de lutte contre le gaspillage alimentaire ont été menées dans les 39 cantines de la ville (maternelles et élémentaires). Résultat :  une baisse de 50% du gaspillage alimentaire en 3 ans. Des pesées périodiques ont permis d’identifier les sources de gaspillage, et un challenge anti-gaspi, mené dans toutes les cantines depuis 2023, a permis de sensibiliser les enfants et le personnel des cantines.
  • Les frigos solidaires de Saint-André-de-Cubzac (12 000 habitant.es) : mise en place de frigos partagés pour distribuer les restes alimentaires non servis issus des cantines municipales.

Des transformations qui nécessitent un investissement financier

Certaines des obligations déjà applicables nécessitent des investissements financiers conséquents de la part des communes : remplacer l’ensemble des contenants à usage unique de cuisson, réchauffe et service dans les cantines implique de transformer les équipements existants à la taille et au poids des nouveaux contenants en inox, et de prévoir de nouvelles installations pour le lavage de ces contenants jusqu’ici à usage unique.

Pour les communes servant un grand nombre de repas chaque jour, il s’agit d’une enveloppe budgétaire conséquente, et des travaux à étaler sur plusieurs mois, voire années.

Que peuvent faire les candidat⸱es aux élections municipales ?

S’engager à respecter les obligations réglementaires qui s’appliquent aux communes :

  • Mettre en œuvre des actions concrètes dans les cantines et cuisines centrales pour atteindre les objectifs de réduction du gaspillage alimentaire (sensibilisation, formation du personnel challenges, dispositif “petite faim / grande faim”…), ainsi que mettre en place le tri à la source des biodéchets si ce n’est pas encore fait.
  • Flécher des investissements pour adapter leurs équipements (cuisines centrales, cantines, logistique) à la suppression du plastique dans les contenants de cuisson, réchauffe et service, et le remplacement par l’inox. Investir dans des tunnels de lavage éventuellement partagés entre communes pour limiter les coûts.
  • Remplacer les biberons en plastique par des biberons en verre dans les crèches, comme le prévoit la loi Egalim depuis le 1er janvier 2025. Seules les tétines et les bagues de serrage des biberons sont acceptées en plastique (par manque d’alternative disponible).

Aller plus loin que les obligations réglementaires :

  • Profiter de l’adaptation de leurs équipements de cantines pour supprimer tout le plastique à usage unique en contact alimentaire (y compris pour le transport des plats).
  • Adopter un PAT pour repenser l’alimentation des jeunes enfants, du champ à l’assiette.
  • Équiper les crèches de couches lavables ou compostables et sensibiliser les familles aux enjeux sanitaires et environnementaux d’un tel changement de pratiques.
  • Éliminer progressivement les jouets en plastique des crèches, pour préserver les moins de 3 ans – qui mettent tout à la bouche – des perturbateurs endocriniens.
  • Supprimer les bouteilles d’eau dans les crèches, l’interdiction ne concernant pour l’heure pas ces établissements.

Sources :

[1] Education nationale, Effectifs 2025 dans le premier degré

[2] Observatoire national de la petite enfance, L’accueil des jeunes enfants, édition 2024

[3] L. Trasande, A. Buha Đorđević & M.O. Fernandez, The Lancet Child & Adolescent Health, 2025

[4] Etude Ademe de préfiguration de la REP textile sanitaire à usage unique

[5] Ministère de l’agriculture, La cantine pour apprendre à bien manger, 2021

[6] LOI n° 2018-938 du 30 octobre 2018 pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous
[7] LOI n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte
[8] LOI n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire