24 septembre 2025
Manon Richert

Pollution de l’air : une étude pilote inédite met en évidence la présence de PFAS dans les filtres d’aération d’écoles situées à proximité de l’incinérateur de déchets d’Ivry-Paris-XIII

Six mois après avoir démontré l’existence d’une pollution majeure et récente aux dioxines et aux métaux lourds à proximité de l’incinérateur d’Ivry-Paris-XIII, le Collectif 3R, Zero Waste France et Zero Waste Paris présentent une analyse des systèmes de filtration de l’air de 5 écoles primaires d’Ivry-sur-Seine et Charenton-le-Pont.

Extraction de filtre par ToxicoWatch – Octobre 2024
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Cette étude pilote inédite met en évidence la présence de PFAS et d’autres polluants organiques persistants dans l’air à proximité de l’incinérateur d’Ivry-Paris-XIII.

Financée par Zero Waste Europe, l’étude réalisée par ToxicoWatch avec le concours du Collectif 3R et publiée aujourd’hui, évalue la présence de polluants organiques persistants (POPs) dans des filtres d’aération recevant de l’air extérieur.

Entre octobre 2024 et février 2025, avec l’aide des municipalités de Charenton-le-Pont et d’Ivry-sur-Seine, ToxicoWatch et le Collectif 3R ont collecté des filtres d’aération provenant de 5 écoles situées à moins de 1 500 mètres de l’incinérateur d’ordures ménagères d’Ivry-Paris-XIII. ToxicoWatch a ensuite mesuré la concentration de métaux lourds et de certains polluants organiques persistants (POPs), tels que les PFAS (substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées), les HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) et les dioxines, en comparaison à des filtres neufs, grâce à la technologie des tests CALUX® [1].

Les résultats montrent que l’ensemble des filtres usagés présentent des concentrations de PFAS, HAP et/ou dioxines plus importantes que le filtre neuf témoin, ce qui indique la présence de ces composés dans l’air extérieur autour des établissements scolaires. La circulation automobile n’étant pas une source directe d’émission de PFAS, cette pollution pourrait être attribuée à l’activité de l’incinérateur de déchets. Pour déterminer si l’incinérateur en est responsable, une évaluation en continu des gaz qui sortent de la cheminée, utilisant les techniques d’analyse des PFAS, est indispensable.

Amélie BOESPFLUG, co-présidente du Collectif 3R, explique :

Nous n’avons pas réalisé de mesures de la qualité de l’air à l’intérieur des écoles et nous ne pouvons donc pas évaluer l’efficacité des filtres d’aération pour éliminer les POPs et en particulier les PFAS, mais leur efficacité pour extraire les PFAS est possiblement insuffisante. En effet, aucun des filtres ne contenait de charbon actif et les filtres HEPA sont produits pour capturer les particules >0,3 microns. Or les PFAS sont des molécules extrêmement petites variant de 0,056 à 1,8 microns. De plus, nous avons constaté des habitudes de changement de filtres très différentes en fonction des écoles, avec des filtres changés de manière trimestrielle à Charenton et un filtre non changé depuis 3 ans dans une école à Ivry-sur-Seine. Un filtre saturé de POPs peut être contre-productif et aggraver la situation en devenant une source de POPs dans l’air intérieur« .

Par ailleurs, de la poussière collectée à l’intérieur d’un appartement situé à 700 mètres dans la direction Sud-Ouest de l’usine d’incinération d’ordures ménagères d’Ivry-Paris-XIII a été analysée. De manière notable et préoccupante, la concentration de dioxines (PCDD/F/dl-PCB) dans cette poussière est plus importante que celle retrouvée dans les mâchefers d’un incinérateur d’ordures ménagères aux Pays-Bas (26,40 versus 22,32 pgTEQ/g). On y retrouve également une très forte concentration de PFAS (40 ug PFOA eq./g).

Ce travail fait suite au rapport intermédiaire [2] publié en avril 2025 qui a démontré la présence d’une pollution (dioxines, dl-PCB, métaux lourds et PFAS) dans des mousses, le sol et la végétation à proximité de trois incinérateurs de déchets en Europe (Harlingen aux Pays-Bas, Zubieta en Espagne et Ivry-sur-Seine en France) sachant que la pollution dans les mousses est représentative d’une pollution de l’air récente.

L’Ineris a publié un rapport [3] en 2025 qui confirme que l’incinération d’ordures ménagères est responsable d’une émission de PFAS dans l’air, ces substances n’étant totalement détruites qu’au-delà de 1 300 °C, alors que les incinérateurs fonctionnent entre 850 et 1 000 °C.  Un arrêté publié le 31 octobre 2024 [4] impose progressivement la surveillance non continue d’un nombre limité de PFAS dans les rejets atmosphériques des cheminées d’incinérateurs d’ordures ménagères. L’arrêté ne prévoit pas de surveillance des retombées atmosphériques dans l’eau de pluie, ni de bio-surveillance des PFAS dans les mousses et les lichens.

Mathilde ROUSSEAU, co-présidente du Collectif 3R, réagit :

“L’enjeu n’est pas simplement de mettre en place de bons systèmes de ventilation, mais de permettre d’avoir un air non pollué dans les cours de récréation et dans les habitations. C’est d’abord en agissant sur les sources de ces pollutions que l’on peut être efficace. Nos déchets incinérés étant des sources de pollution, il faut donc les réduire drastiquement ». 

Noémie Brouillard, chargée de projets de Zero Waste France, complète : 

« Ces dernières années, l’incinération est devenue une solution privilégiée de traitement des ordures ménagères. Mais rien ne disparaît, tout se transforme : en réalité, l’incinération contribue davantage à disperser les pollutions qu’à les maîtriser. Concernant les PFAS, leur présence dans les systèmes de filtration de l’air à proximité d’un incinérateur est inquiétante, et montre l’urgence d’organiser la surveillance continue de ces substances toxiques pour la santé humaine au niveau de ces installations. Il est incompréhensible que la surveillance, mise en place par le gouvernement Barnier et qui démarrera ce 31 octobre, ne concerne qu’une cinquantaine de substances, sur la centaine connue. Le calendrier progressif prévu, qui s’étend jusqu’en 2028, est également préoccupant ».

Le Collectif 3R, Zero Waste Paris et Zero Waste France alertent également sur la nécessité d’évaluer la concentration des PFAS dans la poussière des habitations à proximité des incinérateurs et dans les filtres d’aération. Les trois associations s’inquiètent du manque d’informations et de recommandations concernant les choix des filtres d’aération et du rythme de renouvellement des filtres dans les systèmes de ventilation.

Au niveau national, le mouvement Zero Waste, coordonné par Zero Waste France et dont Zero Waste Paris et le collectif 3R sont membres, demande un moratoire immédiat sur toutes les nouvelles capacités d’incinération, au regard des impacts sanitaires, environnementaux, économiques et sociaux de cette méthode de traitement des ordures ménagères.

Consulter l’étude

Sources

[1] CALUX® Assays, Berthold

[2] L’analyse des mousses autour de l’incinérateur d’Ivry-sur-Seine confirme une pollution majeure et récente, Collectif 3R

[3] Étude bibliographique sur la thermodégradation des PFAS, Ineris

[4] Arrêté du 31 octobre 2024 relatif à l’analyse des substances per- et polyfluoroalkylées dans les émissions atmosphériques des installations d’incinération, de co-incinération et d’autres traitements thermiques de déchets

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