Consigne : la priorité doit rester le réemploi

France Nature Environnement, Surfrider Foundation Europe, No Plastic in my Sea et Zero Waste France rappellent que la priorité pour lutter contre la pollution plastique ainsi que soutenir l’économie et la souveraineté française est de soutenir le réemploi des emballages.

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À la suite de la déclaration faite ce jour par le Président Emmanuel Macron, au salon REuse, appelant le gouvernement à accélérer la concertation sur le recyclage des bouteilles plastiques, France Nature Environnement, Surfrider Foundation Europe, No Plastic in my Sea et Zero Waste France rappellent que la priorité pour lutter contre la pollution plastique ainsi que soutenir l’économie et la souveraineté française est de soutenir le réemploi des emballages. 

La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC), promulguée en 2020 au début du premier mandat d’Emmanuel Macron, a été pionnière et avait pour ambition de renouer avec la logique de sobriété. Elle a fixé des objectifs structurants : 5 % d’emballages réemployés dès 2023, 10 % en 2027, et une réduction de moitié des bouteilles plastiques à usage unique à l’horizon 2030. Ce faisant, la France a inspiré des dizaines d’Etats européens, et non-européens, à agir dans la lutte contre la pollution plastique.

Pourtant, six ans après, le constat est sans appel : ces objectifs ne sont pas atteints. Le taux de réemploi des emballages stagne à 1,82% en 2024, et concerne en majorité des sacs de caisse réutilisables. La consommation de bouteilles plastiques, à l’inverse, continue de croître (+9% entre 2021 et 2023). Résultat : des centres de lavage comme Uzaje mettent la clé sous la porte et les emballages font toujours partie des 10 déchets les plus retrouvés sur les plages européennes, et plus globalement dans l’environnement. L’enjeu central est donc de renverser la tendance en diminuant la production et la consommation de déchets plastiques, notamment les emballages, et ce en déployant la consigne pour réemploi.

Le recyclage, une réponse insuffisante à la crise des emballages

Loin de s’attaquer aux quantités d’emballages produites chaque année, le recyclage constitue une réponse très partielle au problème des déchets plastiques. En pratique, une faible proportion des déchets plastiques est vraiment recyclée (27%). La majorité est en réalité “décyclée”, c’est-à-dire transformée en produits différents, de moindre qualité et plus difficiles à recycler à nouveau. D’autant plus que les plastiques recyclés nécessitent l’ajout de plastique vierge pour être réutilisés.

Le recyclage des emballages plastique soulève également d’importantes préoccupations liées au rejet de micro et nano-plastiques. À l’heure où les études scientifiques se multiplient sur les impacts sanitaires des microplastiques, la consigne pour réemploi permettrait au contraire de lutter contre ce fléau et d’orienter les consommateur·ices vers des matériaux plus sûrs.

Pour Marine Bonavita, chargée de plaidoyer chez Zero Waste France, “Développer la consigne pour recyclage, c’est permettre au système du tout-jetable de perdurer sur le long terme. Le recyclage ne s’attaque pas à la racine du problème, qui est la surproduction d’emballages à usage unique. Il est aujourd’hui indispensable d’inverser la tendance, et de financer en priorité le réemploi des emballages..”

Le réemploi, secteur majeur et stratégique pour l’économie française

La filière française du réemploi mobilise déjà plus de 700 emplois directs et non délocalisables. En cas de généralisation, ce chiffre pourrait atteindre jusqu’à 20 000 emplois supplémentaires dans la logistique, le lavage, la collecte ou la fabrication d’emballages réemployables. Ces activités sont ancrées localement, non délocalisables, reposent souvent sur des structures de l’économie sociale et solidaire (ESAT, associations d’insertion), et répondent à une double exigence : environnementale et sociale.

Du côté des consommateurs, avec un système local complet, les prix sont compétitifs : en Alsace, les bouteilles de bière ou d’eau en verre consignées sont vendues jusqu’à 20 % moins cher que leurs équivalents à usage unique.

Alors que le conflit au Moyen-Orient a causé une augmentation de plus de 40% du prix du plastique, le réemploi apparaît comme une solution bien plus sûre, résiliente et indépendante des dynamiques géopolitiques et des fluctuations internationales des matières premières, notamment grâce à l’utilisation du verre.

Il bénéficie aujourd’hui d’une base industrielle existante, souple et en capacité de monter en puissance. En France, 58 centres de lavage sont déjà opérationnels, capables de traiter des contenants de différents matériaux, dans une grande diversité de formats (bouteilles, pots, bocaux, barquettes, gobelets). Ces centres, conçus pour une grande modularité, ne sont exploités qu’à 20% de leur capacité. L’exemple de la liquidation judiciaire de l’entreprise de lavage de contenants Uzaje en est le signal d’alarme !

Aller dans la bonne direction

Lorsque Emmanuel Macron annonce le lancement d’une concertation sur la consigne, à la Reuse Economy Expo, on attendrait que la consigne pour réemploi soit au cœur de cette concertation. Pourtant, c’est l’atteinte des objectifs de recyclage et l’amende de plus de 1,5 milliard d’euros payée chaque année par la France qui restent au cœur de son discours. C’est bel et bien la consigne pour recyclage qu’il s’agit de développer, quitte à élaborer un système de consigne mixte, au vu des initiatives de réemploi en cours de développement.

Pour les associations environnementales, mettre sur le même plan les deux types de consigne est un très mauvais signal à destination du réemploi :

  • L’ADEME avait estimé en 2022 un surcoût de 181 à 229 millions d’euros par an à partir de 2029, pour un système de consigne mixte, lié principalement à la coexistence de deux circuits logistiques distincts, difficilement mutualisables. Ce coût semble élevé pour des déchets (bouteilles plastiques) censés être divisés par deux d’ici 2030, comme le prévoit la loi Agec. Ces surcoûts font peser un risque supplémentaire sur les financements dédiés au développement du réemploi.
  • En se concentrant sur les emballages les plus simples à traiter (notamment les bouteilles en PET), la consigne pour recyclage ignore la majorité des déchets plastiques, dont le taux de recyclage reste très faible.
  • En outre, la consigne pour recyclage complexifie le geste de tri, tout juste simplifié, via des investissements massifs pour la généralisation des extensions de consigne de tri en 2023.

À l’inverse, la consigne pour réemploi permet de prévenir les déchets à la source, de réduire la dépendance aux matières premières vierges et de structurer une filière locale créatrice d’emplois. Le développement de la consigne pour réemploi doit être la priorité.

Pour Lisa Pastor, chargée de plaidoyer national pour Surfrider Foundation Europe, “La réduction à la source doit être la priorité du Gouvernement, en appliquant et en renforçant la loi AGEC. Le réemploi, parent pauvre de l’économie circulaire, est la solution la plus efficace pour y parvenir. Non seulement les initiatives locales existent, mais c’est aussi un levier clé de souveraineté et de développement économique, d’autant plus dans le contexte géopolitique actuel. Le reconnaître au salon Reuse est une première étape, permettre son passage à l’échelle doit être la prochaine ! ». 

Pour Axèle Gibert, chargée de plaidoyer pour France Nature Environnement “ Des investissements massifs vont être faits pour mieux collecter un déchet destiné à disparaître alors que l’urgence est de réduire notre dépendance au plastique. Cette consigne pour recyclage répond aux exigences des plus gros producteurs de plastique au détriment de solutions concrètes pour faire évoluer nos modes de production.”

À propos de France Nature Environnement

France Nature Environnement est LA fédération des Associations de Protection de la Nature et de l’Environnement en France. Nous sommes le porte-voix de plus de 6 200 associations et 1 million de citoyennes et citoyens engagé·es partout en France pour un Monde vivable.

À propos de No Plastic In My Sea

No Plastic In My Sea : fondée par des citoyens, des amoureux de la mer, des parents soucieux de ne pas laisser une dette environnementale à leurs enfants, l’association No Plastic In My Sea agit contre toutes les formes de pollution plastique et microplastique et contre les risques sanitaires dus à notre surexposition au plastique. Elle conjugue actions de plaidoyer pour réduire les plastiques inutiles et toxiques, mobilisation et promotion des solutions alternatives pertinentes.

À propos de Surfrider Foundation Europe

L’ONG Surfrider Foundation est un collectif d’activistes positifs qui agit concrètement sur le terrain au quotidien pour transmettre aux générations futures un Océan préservé. Notre mission : Porter haut et fort la voix de l’Océan ! Nos armes ? Sensibiliser et mobiliser les citoyens, enfants comme adultes (notamment grâce à 48 antennes bénévoles dans toute l’Europe), utiliser notre expertise scientifique pour porter des actions de lobbying et transformer les entreprises. Découvrez l’association sur https://surfrider.eu/

À propos de Zero Waste France

Créée en 1997, Zero Waste France est une association citoyenne qui milite pour la réduction des déchets et une meilleure gestion des ressources. Elle défend une démarche zéro déchet, zéro gaspillage ambitieuse, qui donne la priorité à la réduction des déchets à la source. Sa vision s’inscrit dans le cadre d’une transition écologique globale, du respect des droits humains et d’une meilleure prise en compte des populations les plus défavorisées et des générations futures. Retrouvez toutes nos actualités sur zerowastefrance.org

Sources :

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