TAXE PLASTIQUE Rejetée : les associations dénoncent un vote influencé par les lobbies du plastique

Mercredi 19 novembre, en séance publique, l’Assemblée Nationale a rejeté la mise en place d’une taxe plastique prévue initalement dans le Projet de Loi de Finances 2026. Les associations Surfrider Foundation Europe, Zero Waste France et No Plastic In My Sea déplorent un vote qui déresponsabilise les industriels.

Newsletter
Partager
Bluesky

Les associations considèrent que la suppression de la taxe fait peser les coûts de la pollution plastique sur les collectivités et les citoyennes et appellent les sénateurices à réintroduire la taxe dans le PLF.

Rejetée une première fois en commission des finances le mois dernier, la taxe sur les emballages plastiques proposée par le gouvernement Lecornu dans son Projet de loi de finances 2026 (article 21, section 6) a été supprimée ce mercredi 19 novembre en séance publique par les députés, à la suite de l’adoption d’un amendement [1] déposé par le député Laurent Wauquiez (Droite républicaine, Haute-Loire) pour le groupe Les Républicains et voté par la droite et l’extrême-droite.  

Pour mémoire, l’objectif de cette taxe est, au nom du principe pollueur-payeur, de faire porter aux éco-organismes une partie des coûts de la contribution due par la France à l’Union européenne au titre des déchets d’emballages plastiques non recyclés — près d’1,4 milliard d’euros en 2025 selon Bercy [2]. Compte tenu de son faible taux de recyclage, la France en est le premier contributeur européen, loin devant ses voisins.  

À l’inverse, plusieurs députés de différents groupes, à l’instar de Stéphane Delautrette (Socialistes, Haute-Vienne), Charles Fournier (Ecologistes, Indre-et-Loire), Jimmy Pahun (Modem, Morbihan), Sandrine Le Feur (EPR, Finistère) et Pierre Cazeneuve (EPR, Hauts-de-Seine) avaient déposé des amendements visant à augmenter le montant de cette taxe. Ces amendements ont tous été rejetés.  

L’argumentaire mobilisé contre la taxe plastique est complètement fallacieux et déresponsabilisant pour les entreprises”, dénonce Marine Bonavita, chargée de plaidoyer de Zero Waste France.Aujourd’hui, les contribuables français paient chaque année 1,4 milliard d’euros à l’Union européenne car les industriels mettent sur le marché encore près de 35% d’emballages non recyclables [3]. Quand ces déchets arrivent dans nos poubelles, il est déjà trop tard ! C’est à la source qu’il faut couper le robinet en incitant les entreprises à produire moins et mieux. 

La suppression du projet de taxe fait suite à une campagne de désinformation massive des lobbies industriels”, déclare Lisa Pastor, chargée de plaidoyer pour Surfrider Foundation Europe.Certains députés ont repris mot pour mot leur argumentaire laissant croire, à tort, que cette taxe se reporterait sur le consommateur et n’aurait aucun gain environnemental. En réalité, cette taxe aurait pour effet d’inciter les entreprises à produire mieux, via l’éco-conception, et à développer des alternatives durables comme le réemploi. Voter sa suppression est un non-sens économique, environnemental et sanitaire.”  

“La taxe plastique a déjà coûté sur plusieurs années plus de 5 milliards d’euros aux contribuables et rien aux industriels », rappelle Muriel Papin, Déléguée Générale de No Plastic In My Sea. « Pourtant, ce sont ces derniers qui font le choix de recourir toujours davantage à ce matériau, en réalité peu recyclable et peu recyclé. Il est indispensable que le Sénat reprenne cette disposition de bon sens indispensable pour réduire les plastiques à usage unique, comme l’ambitionne la France avec la loi AGEC (Anti-Gaspillage pour l’Économie Circulaire)”.  

Le texte du PLF est attendu au Sénat dans les prochaines semaines. No Plastic In My Sea, Surfrider Foundation Europe et Zero Waste France appellent les Sénateurs à défendre l’intérêt général, et donc à réintroduire la taxe plastique.  

Les associations appellent les sénateurs des différents groupes à :  

  • Maintenir cette taxe dans le PLF pour une application dès 2026.  
  • Augmenter ses montants. Aujourd’hui, le gouvernement propose une contribution des éco-organismes à hauteur de 30 euros par tonne de plastique non recyclé contre les 800 euros par tonne demandé par l’UE. Les montants de cette taxe doivent être augmentés afin de réduire la part qui pèse sur les contribuables et d’atteindre progressivement 800 euros par tonne. 
  • Conserver la taxe additionnelle sur la contribution sur les bouteilles plastiques, qui permettrait d’envoyer un signal fort et cohérent pour réduire de moitié leur usage d’ici 2030, comme elle s’y était engagée par la loi AGEC.  

Sources

[1] Amendement n°I-3635

[2] Déchets-Infos, 5 novembre 2025

[3]  Citeo, 14 novembre 2025

Actualités

18 juin 2026

Fast fashion : victime des lobbies, la loi adoptée mais fragilisée lors de la CMP

Après plus de deux ans d’attente et de multiples blocages, la commission mixte paritaire (CMP) chargée d’examiner la proposition de loi visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie tex[...]

à la une
15 juin 2026

Plan plastique : les propositions des associations environnementales

Alors que le Gouvernement prévoit de présenter la version finale de son Plan Plastique ce mardi 16 juin, les associations environnementales publient ce jour dans Vert le média 15 propositions pour[...]

15 juin 2026

Shein seule sur le banc des accusés : la loi anti fast-fashion risque de rater son coup

Alors que la commission mixte paritaire (CMP) de la loi anti fast-fashion vient d’être convoquée pour ce 17 juin, la Coalition Stop Fast-Fashion rappelle que l’ambition initiale du texte était de [...]

11 juin 2026

Réemploi des emballages : le déploiement de la consigne à la peine

2 ans après l’annonce du déploiement de la consigne pour réemploi des emballages dans 4 régions, Zero Waste France publie ce jour les résultats de l’enquête menée par son réseau de groupes locaux [...]

05 juin 2026

Interdiction de la vaisselle en plastique dans les cantines : les ONG se félicitent d’une première victoire à l’Assemblée nationale

Débattue hier à l’Assemblée nationale, la proposition de loi visant à garantir l'interdiction de la vaisselle en plastique dans la restauration collective accueillant du jeune public et liée à la [...]

28 mai 2026

Vente en vrac : Zero Waste France et Surfrider Foundation Europe attaquent le décret du gouvernement devant le Conseil d’Etat

Alors que le gouvernement organise actuellement une concertation sur les enjeux liés au plastique, Zero Waste France et Surfrider Foundation Europe ont déposé un recours en excès de pouvoir devant[...]

21 mai 2026

Responsabilité élargie du producteur : ce que la France pourrait apprendre de son voisin neerlandais

En France, ce sont les producteurs qui créent et pilotent les éco-organismes censés gérer la fin de vie de leurs produits. Aux Pays-Bas, une ONG environnementale a créé un autre modèle de REP : un[...]

20 mai 2026

Consigne : la priorité doit rester le réemploi

France Nature Environnement, Surfrider Foundation Europe, No Plastic in my Sea et Zero Waste France rappellent que la priorité pour lutter contre la pollution plastique ainsi que soutenir l’économ[...]

12 mai 2026

Réemploi et réparation : les parents pauvres de la filière ameublement

Faibles taux de réemploi, réparation marginale, augmentation continue des déchets mobiliers, domination de la « fast déco » : la filière ameublement peine à atteindre ses objectifs de prévention. [...]

07 mai 2026

Filière des déchets textiles : la nécessité de repenser son fonctionnement

Face aux quantités de vêtements commercialisés en France, la filière des déchets textiles explose. Malgré sa refonte en cours, le cahier des charges de la filière est loin de pouvoir répondre aux [...]