24 janvier 2019
Laura Chatel

Avancée inédite dans la lutte contre le jetable, à Berkeley (Etats-Unis)

Cette nuit, le Conseil municipal de Berkeley a voté à l’unanimité une délibération visant à limiter les récipients jetables, aujourd’hui massivement utilisés pour la vente à emporter.

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Bluesky

Saluée par de nombreuses associations environnementales, cette décision prévoit notamment d’interdire l’utilisation de contenants jetables pour les repas pris sur place dans les fast-food et de rendre payant l’utilisation de gobelets à usage unique cartonnés, pour inciter les consommateurs à choisir systématiquement l’option réutilisable. Zero Waste France souhaite que cette avancée inédite, qui fait de la lutte contre “le jetable” une priorité des politiques publiques, inspire d’autres villes et Etats à travers le monde, à commencer par la France et ses communes, qui disposent de leviers d’action concrets.

Des interdictions et des incitations économiques pour mettre fin au “tout-jetable”

Avec l’essor de la vente à emporter et de la restauration rapide, la production et la consommation d’emballages à usage unique connaît aujourd’hui une croissance exponentielle, au détriment de l’environnement (consommation de ressources, augmentation des déchets) et de la propreté des rues. C’est à ce fléau que s’attaque la réglementation adoptée la nuit dernière par la ville de Berkeley, qui a estimé que deux tiers des déchets collectés dans les rues étaient des emballages à usage unique destinés à la vente à emporter.

A partir de 2020, les fast-food de Berkeley ne pourront plus servir leurs clients sur place dans des emballages jetables, qu’ils soient en plastique ou en carton, et seront donc contraints de proposer de la vaisselle réutilisable en salle.

Pour la vente à emporter, seuls les emballages réutilisables ou compostables (la ville de Berkeley propose un service de collecte et compostage des déchets organiques) seront autorisés.

Surtout, la ville espère progressivement faire évoluer les pratiques des consommateurs en rendant payant (25 cents) les gobelets jetables cartonnés utilisés pour prendre des boissons à emporter. L’objectif est d’encourager les clients à amener leurs propres contenants ou à utiliser ceux proposés par les commerces. Pour accompagner la pratique, Berkeley a par ailleurs annoncé la mise en place de gobelets réutilisables standardisés et consignés à l’échelle de la ville d’ici 3 ans, similaire à ce qu’a mis en place la ville de Fribourg en Allemagne.

A l’heure où le tout-jetable reste la norme dans le secteur de la restauration rapide, Zero Waste France estime que nous avons besoin de décisions politiques fortes telles que celle prise par Berkeley car elle nous rappelle que cette situation n’est pas une fatalité et que nous pourrions rapidement faire évoluer nos pratiques face à l’urgence environnementale.

Une inspiration pour la France ?

En Europe, la prise de conscience sur l’impact du “tout-jetable” progresse également. En plus de quelques interdictions ciblées (pailles, coton-tiges, touillettes..) la Directive plastique à usage unique qui vient d’être adoptée par l’Union européenne demande aux Etats-membres de réduire significativement leur consommation de contenants et de gobelets en plastique jetables. Ce texte ouvre la voie à l’adoption au niveau national de mesures similaires à celle prises à Berkeley : interdiction de la mise à distribution gratuite d’emballages jetables, interdiction du jetable pour les repas pris sur place, incitations économiques…

En France, si des interdictions étaient d’ores et déjà prévues pour janvier 2020 (gobelets, saladiers, pots à glace..), certaines d’entre elles sont aujourd’hui compromises. Le décret d’application relatif aux gobelets a par exemple considérablement réduit le périmètre de l’interdiction, et pour les autres emballages, des incertitudes sur la définition des produits concernés pourraient rendre la mesure inapplicable en l’état.

Le gouvernement préparant actuellement une loi relative à l’économie circulaire, qui sera la grande loi de son mandat sur ce sujet, il serait inexplicable que n’y figure aucune mesure visant à limiter les emballages jetables et notre consommation de plastique.

Si elles disposent de pouvoirs plus limités que leurs homologues américaines, les collectivités locales françaises peuvent également jouer un rôle pour réduire le recours à l’usage unique. Marchés publics, arrêtés municipaux, dispositifs incitatifs, Zero Waste France analyse leurs différents leviers d’actions dans une nouvelle publication et les incite à s’en emparer.

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