Pourquoi la consigne sur les bouteilles peine-t-elle à revenir en France ?

Abandonnée en France depuis les années 60, la consigne a pourtant la cote auprès des Français. Régulièrement plébiscitée dans des enquêtes d’opinion, la consigne peine toutefois à revenir en France. Petit tour d’horizon des obstacles qui se dressent aujourd’hui sur sa route...

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Régulièrement plébiscitée dans des enquêtes d’opinion, la consigne est de nouveau arrivée en tête des propositions déposées sur la plateforme collaborative pour l’économie circulaire mise en place par le gouvernement. Pourtant, malgré ce soutien populaire, elle peine à revenir en France.

La consigne, un dispositif qui cumule les bons points

La consigne pour réemploi des bouteilles consiste pour le consommateur à payer lors de l’achat une somme qui lui sera remise s’il rapporte l’emballage, permettant ainsi sa réutilisation.

Réutiliser, c’est pour le consommateur économiser le coût de l’emballage jetable, qui peut représenter une part conséquente du prix de vente du produit. La consigne permet aussi de lutter efficacement contre l’abandon des déchets dans la nature en donnant une valeur à ces bouteilles.

Surtout, le principal avantage de la consigne tient à son faible impact environnemental. La réutilisation permet en effet d’éviter la fabrication d’un nouvel emballage, l’étape la plus énergivore et consommatrice de ressources. Une étude d’avril 2009 sur le dispositif de consigne de bouteilles de bières qui perdure en Alsace a ainsi démontré que le bilan des bouteilles réutilisables est nettement meilleur que celui d’une bouteille en verre jetable (même recyclée) : quatre fois moins de consommation d’énergie primaire, des émissions de gaz à effet de serre divisées par cinq et un tiers d’eau économisé pour 20 réutilisations des bouteilles en moyenne.

Le tout-jetable au coeur de la stratégie des grands groupes

Aux origines de l’abandon de la consigne, il y a l’avènement de l’emballage jetable. Vendu comme un symbole de modernité au consommateur des années 60, il a surtout permis aux fabricants d’éloigner progressivement les lieux de production des lieux de vente, de multiplier les transports et d’accélérer les cadences de fabrication. Le jetable leur a aussi permis de se délester d’une partie de leur responsabilité sur les collectivités, à qui revenait le soin de gérer l’épineux problème de la collecte et du traitement de ce nouveau déchet d’emballage.

Loin d’être terminée, cette “mondialisation” de la production de boissons continue de s’accentuer aujourd’hui et explique par exemple la substitution progressive des emballages en verre (lourds et donc peu adaptés au transport sur de longues distances) par du plastique. Dans une étude d’avril dernier, Greenpeace soulignait ainsi que l’utilisation du plastique par Coca Cola avait connu une hausse de 12 % entre 2008 et 2015, augmentation similaire à l’évolution de la proportion d’emballages jetables (+12% sur la même période). Parallèlement, la proportion de bouteilles recyclées chez le géant de l’agroalimentaire ne cessait de baisser, passant de 63 % en 2013 à 61 % en 2015 et 59 % en 2015. Rien de surprenant à ces chiffres quand on sait que contrairement au verre, qui est recyclable à l’infini, le plastique ne se recycle que partiellement et pour un nombre de cycles limités.

Un lobbying contre la consigne

Dans ce schéma de développement, la consigne pour réemploi des emballages, qui implique des productions plus localisées et des emballages en verre résistants ne trouve plus sa place dans la stratégie des multinationales du secteur. Au point que certaines d’entre elles voient d’un mauvais œil la popularité dont bénéficient ces dispositifs et font un lobbying actif contre leur réintroduction. Ainsi, quand des documents stratégiques internes à Coca-Cola Europe ont fuité dans la presse à l’automne 2016, la consigne et les objectifs de réutilisation des emballages figuraient en bonne place dans les priorités de lobbying de l’entreprise, identifiés comme “ayant un risque de se matérialiser” et classés dans la catégorie “fight back” (entouré en vert dans le schéma).

Pour empêcher la réintroduction de la consigne, ses opposants contestent régulièrement son impact environnemental positif. Ainsi, dans un récent débat  entre Flore Berlingen, directrice de Zero Waste France et Philippe-Loic Jacob, président de Citeo (un éco-organisme qui compte parmi ses actionnaires Danone, Nestlé et Coca-Cola), on peut entendre ce dernier semer le doute sur les bénéfices environnementaux de la consigne. Déjà en 2008, Eco-Emballages (l’ancêtre de CITEO), cité dans un rapport, indiquait que la consigne offre un « (…) bilan environnemental généralement non favorable [2]».

La grande distribution : le chaînon manquant

Pour fonder leur argumentaire, les opposants à la consigne se basent principalement sur un scénario où très peu de bouteilles seraient rapportées, diminuant de ce fait le bénéfice économique et environnemental de la réutilisation. C’est en effet une donnée importante de l’exemple des bières alsaciennes, sur laquelle se fonde l’étude de 2009 précitée : le taux de retour des bouteilles consignées est élevé. Et pour cause : les consommateurs alsaciens bénéficient de nombreuses possibilités pour rapporter leurs bouteilles puisque nombre de petites supérettes et de supermarchés acceptent de les récupérer. Voilà une des clés du succès de la consigne : multiplier les points d’apport pour faciliter le geste du consommateur et garantir ainsi une réutilisation maximale de l’emballage. C’est là que le secteur de la grande distribution entre en scène.

Les  magasins des chaînes de la grande distribution sont présents sur l’ensemble du territoire et l’immense majorité des consommateurs français s’y rendent régulièrement pour faire leurs courses. Les supermarchés sont ainsi le chaînon incontournable d’une réintroduction de la consigne sur les bouteilles à grande échelle en France. En acceptant de reprendre les bouteilles consignées, ces enseignes pourraient permettre à des dispositifs de consigne de (re)voir le jour. A l’inverse, en supprimant des machines de déconsignation là où elles existent encore, la grande distribution menace à terme la permanence de dispositifs de réutilisation existants comme celui des bières alsaciennes.

Malheureusement, si certains supermarchés ont choisi de faire de la consigne un avantage concurrentiel, le secteur de la grande distribution dans son ensemble se montre franchement réticent à l’idée d’accepter de récupérer les emballages consignés, arguant du coût supplémentaire induit (main d’œuvre, machines, espaces de stockage…) et s’alliant régulièrement aux opposants de la consigne pour entretenir le doute sur l’impact environnemental ou économique du réemploi. Pourtant, les points de déconsignation dans les supermarchés ont existé en France et continuent de perdurer en Allemagne et dans certains pays du nord de l’Europe, sans que le coût soit insupportable pour le secteur. La mise en place de la consigne peut même permettre à ces magasins de fidéliser leur clientèle en lui offrant une raison de revenir déposer ses bouteilles.

Une bataille loin d’être perdue !

Heureusement, des porteurs de projets n’ont pas attendu que les géants de l’agroalimentaire ou de la grande distribution avancent pour faire progresser la consigne. Partout en France, des entreprises et des porteurs de projets bataillent pour maintenir des dispositifs existants (comme la brasserie Météor en Alsace) ou pour réintroduire des systèmes de réutilisation des emballages (comme Jean BouteilleClub Maté en région parisienne, Bout à Bout en Pays de Loire, J’aime mes bouteilles dans le Jura, Boréal dans le Nord ou Ecoscience Provence en PACA). Ces porteurs de projets, qui démontrent qu’un autre modèle de production et de distribution de boissons bien plus respectueux de l’environnement est possible, expérimentent et ouvrent la voie à des dispositifs à plus grandes échelles à l’avenir.

La réintroduction de la consigne passera aussi par le plaidoyer des ONG environnementales. En rejoignant Zero Waste France vous nous donnez plus de moyens pour déconstruire les discours tenus par les opposants de la consigne et faire progresser la réglementation et les arbitrages politique en sa faveur.

Chacun peut aussi agir à l’échelle individuelle, en choisissant des produits en emballages consignés s’ils existent ou en privilégiant les matériaux tels que le verre plutôt que le plastique !

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