21 décembre 2023
Manon Richert

Fast-fashion : les ONG demandent une loi pour encadrer les pratiques du secteur de la mode

Alors que le Black Friday et autres soldes continuent de s’imposer en France à grands coups de publicités tapageuses, Zero Waste France a lancé avec une coalition d’ONG la campagne “Stop fast-fashion” afin de demander à Bruno Le Maire une loi interdisant ce modèle délétère pour la planète et les travailleur·euses du textile.

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La fast-fashion, une catastrophe écologique et humaine

En 2013, le Rana Plaza, un bâtiment qui accueillait plusieurs milliers d’ouvrier·ères du textile, s’effondrait à Dacca (Bangladesh), faisant plus de 1100 mort·es et mettant un coup de projecteur sur les dérives du secteur de la mode. 10 ans plus tard, le constat n’a pas changé, voire s’est aggravé : les pratiques de l’industrie textile sont de plus en plus insoutenables.

La fast fashion, c’est littéralement une mode jetable, qui n’a plus aucune valeur, ni matérielle, ni émotionnelle. En moyenne, une personne achète 40% de vêtements de plus qu’il y a 20 ans et les conserve moitié moins longtemps [1]. En France, près de 830 000 tonnes de textiles, chaussures et linge de maison ont été mises sur le marché en 2022, soit une augmentation de 28% par rapport à 2019, avant la pandémie de covid [2]! En raison de leur mauvaise qualité, moins de 10% des textiles et chaussures jetés et collectés connaissent une seconde vie en France. Et les solutions de recyclage ne sont pas suffisamment performantes et/ou développées :  moins de 1 % des fibres utilisées pour produire des vêtements est recyclé en vêtements neufs [3]. Résultat : comme le montre l’enquête de la fondation Changing Markets [4], à laquelle Zero Waste France a participé, une grande partie est exportée à l’autre bout du monde, où ils finissent brûlés à ciel ouvert ou dans des décharges sauvages ; près d’un tiers est  déchiqueté pour faire du rembourrage ou des chiffons ; le reste est incinéré.

En savoir plus sur l’enquête

À toutes les étapes, l’impact environnemental est majeur : la fabrication de textiles relâche des produits chimiques dans l’eau, de même que des microplastiques tout au long de l’utilisation des produits, puis à leur fin de vie. En outre, le secteur textile représente désormais 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre [5]. Ce sera 26 % en 2050 si le rythme actuel d’augmentation des volumes de production se poursuit [6].

Notre campagne

Des conditions de production qui ne respectent pas la dignité humaine

La surproduction croissante du secteur aggrave toujours plus les conditions de production. 150 milliards de vêtements sont produits chaque année [7], dans des conditions qui ne respectent pas la dignité humaine : salaires très en deçà des minimums vitaux [8], travail forcé [9], travail des enfants [10], journées de seize heures, heures supplémentaires non rémunérées [11]… Ces violations touchent surtout les femmes, qui représentent 80% de la main-d’œuvre du secteur [12]. Au Bangladesh, deuxième pays exportateur de textile au monde, le salaire minimum du secteur est de 105 euros (12 500 takas), l’un des plus faibles au monde. Le salaire minimum vital est pourtant estimé à 497 euros dans ce pays.

Une grande coalition pour demander l’interdiction de la fast-fashion

En France, Zero Waste France se mobilise aux côtés d’ActionAid France, Amis de la Terre France, Emmaüs France, Fashion Revolution France, France Nature Environnement et Max Havelaar France pour demander un encadrement de l’industrie de la mode afin de mettre fin au modèle de la fast-fashion.

Le 23 novembre dernier, aux Halles, des activistes du Bruit qui court ont proposé une performance artistique, étendant en rythme des vêtements sur des cordes à linge ; vêtements sur lesquels on pouvait lire les messages : “victimes de la mode” ou encore “nous consommons leur exploitation”, maculés de liquide rouge et noir, symbolisant les violations de droits humains et les atteintes à l’environnement liées à la production démesurée de vêtements.

La mobilisation s’est étendue dans plusieurs villes en France, notamment avec le concours des militant·es du réseau national Zero Waste : à Paris, Lyon, mais aussi à Angoulême, à Dijon, à Rouen ou dans la Drôme avec des collages d’affiches sur des vitrines dénonçant les impacts environnementaux et sociaux de Shein, Primark, H&M et Zara.

« Il faut lutter contre les abus de la fast-fashion », Bruno Le Maire aux Universités d’été de l’économie de demain 2023

La coalition appelle les citoyen·nes à se mobiliser en ligne pour exiger que le ministre de l’Économie Bruno Le Maire et le gouvernement agissent enfin, face aux problématiques sociales et environnementales posées par la fast-fashion. Alors que cet été il avait annoncé vouloir “lutter contre les abus de la fast-fashion” [13], des mesures ambitieuses se font toujours attendre. À noter l’absence de la prise en compte du secteur de la mode au sein de la planification écologique qui semblait pourtant être le cadre parfait afin d’amorcer une transition durable au sein d’un secteur en difficulté économique.

Face à ce constat alarmant, le gouvernement français a le pouvoir et le devoir de réagir en obligeant les marques à changer profondément leurs pratiques et celles de leurs sous-traitants, tout au long de la chaîne de valeur. La solution ne peut et ne doit pas reposer sur les consommateur·ices, car la problématique est systémique et les marges de manœuvre sont importantes du côté des marques qui engrangent des superprofits. Seule une décision forte du gouvernement passant par une loi contraignante au niveau national aura un effet systémique qui améliorera vraiment les conditions de vie des travailleuses et travailleurs.

Lire le courrier envoyé à Bruno Le Maire

Sources

[1, 6] La mode sens dessus-dessous, ADEME, 2022

[2] Rapport d’activité 2022, Refashion, 2023

[3] A New Textiles Economy: Redesigning Fashion’s Future, Fondation Ellen McArthur, 2017

[4] La reprise des vêtements usagés par les marques de mode : une supercherie, Fondation Changing Markets avec Zero Waste France et Zero Waste Alliance Ukraine, 2023

[5] ONU Climat, 2018

[7] World Economic Forum, 2016

[8] Wage Indicator, 2022

[9] Travail forcé des Ouïghours en Chine : ouverture d’une enquête en France pour « recel de crimes contre l’humanité » visant quatre géants du textile, France TV Info, 2021

[10] Organisation Internationale du Travail, 2021

[11] Clean Clothes Campaign

[12] Livre blanc, Fashion Revolution, 2020

[13] Post LinkedIn de Bruno Le Maire, 2023

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