03 juillet 2020
Laura Chatel

Bioplastiques, compostables, biosourcés : on fait le point !

Ils sont “biodégradables”, “biosourcés”, ou encore “compostables” et sont parfois présentés comme une solution à la pollution plastique. Zero Waste France fait le point sur les appellations utilisées pour ces plastiques opportunément qualifiés de “bio” ou de “végétal” et sur leur signification exacte.

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Bluesky

Sans surprise, vous ne trouverez pas dans cet article la solution miracle pour résoudre la crise de la pollution plastique, mais vous saurez décrypter les étiquettes et slogans marketing sur certains produits.

“Bioplastique”, un terme général… qui ne veut pas dire grand chose

Le terme “bioplastique” ne dispose pas à ce jour de définition normée. Il peut donc désigner des matières aux caractéristiques bien différentes : certaines tiennent à la composition de ces plastiques, qui peuvent être fabriqués à partir de matières dites “biosourcées” (des matières issues de la biomasse, considérées comme renouvelables par opposition aux matières fossiles). D’autres caractéristiques tiennent au devenir de ces déchets, qui peuvent être qualifiés de “biodégradables” ou “compostables”. La composition et le devenir du plastique sont deux caractéristiques indépendantes l’une de l’autre,. Autrement dit, un plastique biosourcé ne sera pas nécessairement plus facilement biodégradable, et inversement. Tout dépendra de la structure chimique du matériau

“Biodégradable”, un joli mot marketing

Le terme biodégradable désigne l’aptitude d’un produit à se décomposer et à être effectivement “bio-assimilé” par l’environnement sous l’action de micro-organismes et de facteurs tels que l’humidité, la chaleur ou la présence d’eau. Cependant, l’usage du terme “biodégradable” sur un produit ne dit rien de la vitesse de cette dégradation, ni des conditions particulières, pas toujours réunies, dans lesquelles telle ou telle matière pourra effectivement se “bio”-dégrader. Ainsi, il ne signifie en aucun cas que le produit peut être jeté dans la nature sans conséquences. Fuyez donc plutôt ce terme, qui est souvent surtout la marque d’une démarche marketing de la part de l’entreprise. La loi anti-gaspillage du 10 février 2020 prévoit d’ailleurs d’interdire l’apposition du terme “biodégradable” sur un produit ou un emballage au même titre que l’expression “respectueux de l’environnement”, tout aussi floue !

Les plastiques “compostables” n’ont rien de très circulaire

La notion de compostabilité des plastiques a le mérite d’être plus précise que celle de biodégradabilité : elle désigne des matières qui sont susceptibles de se dégrader en présence de déchets organiques et dans des conditions de compostage (montée en température, présence de micro-organismes spécifiques, etc). Il existe deux normes permettant de qualifier les plastiques de “compostables” : la norme NF EN 13432 : 2000 qui désigne les plastiques capables de se dégrader en condition de compostage industriel. Et la norme NF T 51-800 : 2015 qui désigne les plastiques aptes au compostage domestique.

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Sur les emballages et les sacs plastiques, la respect de ces normes par le produit est souvent caractérisé par un logo comme celui “OK COMPOST”, qui garantit la conformité à la norme européenne 13432.

Qu’ils soient théoriquement aptes au compostage domestique ou non, l’ADEME préconise que ces plastiques compostables soient plutôt orientés vers des plateformes de compostage industrielles, tant il est improbable d’obtenir les conditions nécessaires à leur dégradation dans un compost individuel ou de jardin.   

Par ailleurs, les plastiques compostables ne sont pas nécessairement plus écologiques et surtout, ne présentent pas une solution miracle au problème de la pollution plastique !  En effet, pour être compostés, ces plastiques doivent être triés séparément du reste des ordures avec les déchets organiques (restes de repas) et doivent être orientés vers une plateforme de compostage industrielle. Ils ne doivent par ailleurs pas représenter une trop grande quantité par rapport aux déchets organiques pour pouvoir effectivement se dégrader.  Toutes ces conditions sont dans la réalité compliquées à réunir. Cela plaide pour une utilisation des plastiques compostables limitée à certaines applications très précises, dans le cadre desquelles leur mise sur le marché ne risque pas d’entraîner des erreurs de tri, des difficultés de traitement au niveau des plateformes de compostage ou des gestes d’abandon dans la nature.  Enfin, même une fois compostés, les plastiques compostables ne présentent pas d’intérêts agronomiques spécifiques pour les sols et peuvent donc difficilement être qualifiés de solution d’économie circulaire, la matière étant perdue plutôt que valorisée.

Les plastiques biosourcés : prudence sur l’origine de la matière

Le terme biosourcé se rapporte à une autre catégorie de bioplastiques, qui traite cette fois de la composition de la matière et non du devenir du déchet produit. “Biosourcé” signifie que la matière a été en partie ou complètement fabriquée à partir de ressources issues de la biomasse (résidus de cultures agricoles, canne à sucre, pomme de terre…). Cette caractéristique ne présume en rien du devenir du déchet en fin de vie, qui pourra très bien ne pas être biodégradable.

En la matière, il s’agit principalement d’être vigilant sur la proportion de matière “biosourcée” effectivement présente dans le produit (le terme peut être utilisé même si la part de biosourcé est en fait minime dans la composition) et sur l’origine de la matière ayant servi à produire le plastique. En effet, certains plastiques biosourcés sont par exemple fabriqués à base de canne à sucre, une plante cultivée très loin d’Europe, dont la culture est loin d’être neutre d’un point de vue environnemental.

Ainsi, si l’utilisation de matières biosourcées peut permettre d’éviter une partie de la consommation de ressources fossiles, elle ne constitue pas une alternative à notre surproduction de plastique. Les quantités de plastiques produites et consommées chaque année dans le monde sont en effet telles que les substituer complètement par des matières naturelles entraînerait des effets contre-productifs certains : concurrence avec la production alimentaire, dégradation de la qualité des sols,  impacts environnementaux liés aux cultures, etc.

Les plastiques “oxo-fragmentables”

Enfin, certains plastiques présentés comme “verts” ou “bio” sont en réalité des plastiques dits “oxo-fragmentables”, qui ne se dégradent pas dans l’environnement. Les plastiques oxo-fragmentables, parfois présentés à tort comme biodégradables, ont un impact désastreux sur l’environnement. Une fois dans la nature, ils disparaissent effectivement rapidement de notre vue, mais pour se dégrader en microparticules de plastiques, tout aussi polluantes. La taille minuscule de ces microparticules leur permet alors d’intégrer d’autant plus rapidement notre environnement… et la chaîne alimentaire ! 

La France a interdit les sacs plastiques “oxo-fragmentables” depuis 2015 et l’ensemble des produits à base de plastique oxo-fragmentable seront interdits sur le marché français en janvier 2021.  La nouvelle Directive européenne relative au plastique à usage unique prévoit également leur interdiction. Ils devraient donc largement avoir disparu en France, mais le risque est désormais que leurs fabricants se tournent vers d’autres marchés en commercialisant leurs produits dans des pays où la réglementation est moins contraignante.  

Ainsi, vous l’aurez compris, la vigilance est de mise sur les alternatives “bio”, “végétales” ou “dégradables” aux plastiques conventionnels. La solution à la pollution plastique se situe bien sûr avant tout du côté de la réduction de notre consommation et du développement d’alternatives réutilisables aux produits et emballages à usage unique. Les bioplastiques sont à ce titre bien loin de constituer une solution “miracle”. 

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