Suremballage : Zero Waste France s’associe à foodwatch pour interpeller 5 grandes marques de l’industrie agroalimentaire

À contre-courant de l’urgence écologique, le suremballage représente un véritable gaspillage de ressources, en plus de tromper les consommateur·ices. Après de nombreuses alertes, Zero Waste France et foodwatch unissent leurs forces pour mettre en demeure 5 marques de l’industrie agro-alimentaire de cesser cette pratique.

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Mise à jour au 01/08/2023

Les marques répondent, Zero Waste France et foodwatch attendent des engagements concrets

Le 27 juin dernier, Zero Waste France et foodwatch ont épinglé Mondelez International (Côte d’Or), Rana, Daco Bello, Herta et Carambar (Krema) pour leurs pratiques de surdimensionnement de leurs emballages, que les associations jugent à la fois dommageables pour l’environnement et trompeuses pour les consommateur·ices. 30 jours plus tard, les 5 entreprises ont répondu, par voie d’avocat, à cette mise en demeure. Une première victoire, remportée grâce à la mobilisation de milliers de citoyen·nes et à l’écho médiatique qu’elle a pu rencontrer. 

Sur le fond toutefois, 4 marques bottent en touche, invoquant des contraintes techniques quant au conditionnement des produits visés. Deux d’entre elles, Mondelez International (Côte d’Or) et Carambar (Krema), font référence aux engagements généraux qu’elles prennent dans le cadre de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC). Pour rappel, ce texte adopté en 2020 fixe une trajectoire de fin du plastique à usage unique pour 2040. Seule Daco Bello s’engage concrètement, en annonçant un changement d’emballage « déjà en cours d’approvisionnement dans les magasins », une amélioration de son outil industriel et « un nouveau matériel éco-responsable et recyclable » au premier semestre 2024.

Consulter les réponses des marques

Pour Zero Waste France et foodwatch, les 5 entreprises visées doivent aller plus loin pour réduire la taille de l’emballage des produits épinglés, et passer des discours aux actes. L’urgence environnementale et la transparence due aux consommateur·ices nécessitent des changements tangibles avec des échéances précises. Ainsi, de nouveaux courriers ont été adressés aux marques pour leur demander de préciser leurs engagements.

Lire les réponses des associations

Suremballage : une pratique industrielle à contre-courant de l’urgence écologique

Souvenez-vous de la dernière fois que vous avez ouvert un paquet de céréales ou de fruits secs, et que vous avez découvert qu’il était surtout rempli… de vide ! En plus de tromper les consommateurs et consommatrices, cela contribue à augmenter la quantité d’emballages, et donc de déchets.

En y regardant de plus près, les supermarchés débordent de produits suremballés et d’emballages surdimensionnés. Cette pratique est une technique marketing courante qui a pour but d’attirer votre regard dans les rayons, en faisant paraître les produits plus grands ou plus remplis qu’ils ne le sont en réalité.

Dans la société zéro déchet zéro gaspillage pour laquelle Zero Waste France milite, les emballages à usage unique n’existent plus grâce à la possibilité d’acheter partout des produits en vrac ou emballés dans des contenants réemployés. Malheureusement, l’accès à ces produits n’est aujourd’hui pas généralisé sur l’ensemble du territoire français. Certes, la loi Climat et Résilience fixe un objectif de 20% des surfaces de vente des grandes et moyennes surfaces consacrées à la vente en vrac, mais cette obligation n’entrera pas en vigueur avant 2030. Quant à la consigne pour réemploi, son déploiement à grande échelle nécessite, entre autres, des investissements conséquents à l’échelle nationale et régionale, ainsi qu’un cadre réglementaire contraignant. Zero Waste France milite en ce sens depuis plusieurs années, et participe actuellement à la concertation nationale sur ce sujet.

En attendant une transformation de nos modes de production, l’association s’appuie sur la réglementation existante pour lutter contre le suremballage, une aberration qui entraîne des conséquences concrètes sur les écosystèmes et le climat, et qui induit en plus les consommateurs et consommatrices en erreur.

La voie de la justice : un ultimatum plein… de bon sens

Zero Waste France et foodwatch ont mené plusieurs enquêtes et ont demandé à maintes reprises aux industriels de mettre fin à ces suremballages. Malgré ces alertes, les entreprises de l’industrie agro-alimentaire continuent leurs pratiques.

Fortes de leurs mandats respectifs d’associations agréées de défense des consommateurs pour foodwatch et de protection de l’environnement pour Zero Waste France, les deux associations mettent 5 entreprises en demeure.

Carambar & co, Mondelez, Herta et Casa Tarradellas, Giovannelli Rana et Daco Bello ont ainsi un délai d’un mois pour modifier l’emballage des produits épinglés et s’engager fermement à ne plus avoir recours au suremballage et au « plein de vide ». Sans action ou réponse de leur part, Zero Waste France et foodwatch se tourneront vers la justice. 

Emballages alimentaires surdimensionnés : que dit la loi ? 

L’article R. 543-44 du code de l’environnement, directement issu du droit de l’Union européenne, prévoit que « L’emballage doit être conçu et fabriqué de manière à limiter son volume et sa masse au minimum nécessaire pour assurer un niveau suffisant de sécurité, d’hygiène et d’acceptabilité. » Cet article n’a pas encore eu l’occasion d’être interprété par la justice française concernant le suremballage alimentaire, mais il est clair qu’il a pour vocation d’interdire le suremballage injustifié, et la production de déchets et le gaspillage de ressources naturelles qui l’accompagnent.

Au-delà du droit de l’environnement, le droit européen et français de la consommation (article 16 du règlement européen n° 178/2002 et article L. 121-2 du code de la consommation) interdit les pratiques commerciales qui induisent les consommateurs et consommatrices en erreur, notamment par le biais de l’emballage utilisé.

Ainsi, les emballages surdimensionnés remplis de vide sont dans l’illégalité à un double titre, en miroir de leur impact néfaste tant sur l’environnement que sur les consommateurs et consommatrices.

Exigez la fin des emballages alimentaires pleins de vide !

Aidez-nous à mettre la pression sur ces marques, en leur demandant d’agir ! Si les entreprises interpellées ne s’engagent pas à changer le packaging de leur produit d’ici un mois, nous nous tournerons vers la justice.

Je signe la pétition

5 marques épinglées pour leur produit plein de vide

Pour illustrer ces pratiques, les équipes de Zero Waste France et foodwatch ont déniché et épinglé des cas emblématiques, qui contiennent une partie de vide inutile. Les produits retenus contiennent entre 44 et 68% de vide.

Les bonbons Batna de Krema (groupe Carambar & co) contiennent 44% de vide : les bonbons se baladent dans leur sachet, or dans les rayons, les associations ont vite identifié un produit similaire – des bonbons tendres aromatisés – dans un sachet dont le conditionnement semble bien mieux adapté à la taille du produit.

Le sachet Carrés noir noisette entières de la marque Côte d’Or (groupe Mondelez International) contient 60% de vide : l’espace non occupé par les produits semble pouvoir être réduit, d’autant plus que les chocolats sont déjà emballés individuellement à l’intérieur et ne risquent pas d’être abîmés.

Le sachet de noisettes décortiquées Daco Bello (groupe Daco Bello) contient 68% de vide : au rayon des fruits secs, nous avons déniché un sachet de noisettes presque totalement plein.

Les allumettes fumées (Conservation Sans Nitrite) Herta (groupe Herta et Casa Tarradellas) contiennent 54% de vide : selon les industriels, les lardons frais sont conditionnés en barquette car c’est un produit collant et difficile à fractionner, mais ici le vide qui y est contenu semble pouvoir être réduit.

Les girasoli aux cèpes Rana (groupe Giovannelli Rana) contiennent 60% de vide : même si un minimum de vide pourrait être nécessaire pour préserver la qualité de ce type de raviolis industriels, en l’état le conditionnement semble pouvoir être réduit.

Méthodologie de l’enquête

Les pourcentages de vide indiqués sont des estimations calculées d’après les mesures réalisées sur les produits achetés par foodwatch : les équipes de Zero Waste France et foodwatch ont mesuré leur volume (estimation) en approximant les paquets à des parallélépipèdes rectangles. Puis, elles ont calculé la différence entre la partie pleine et la partie vide du produit. Les résultats obtenus ont été arrondis à l’inférieur. Les produits ont ensuite été comparés à des produits similaires en magasin pour voir si des emballages mieux remplis existaient quand cela était possible.

Suremballage alimentaire : de l’urgence écologique de s’en passer

D’après la Banque mondiale, la collecte et le traitement des déchets sont responsables de 5% des émissions de gaz à effet de serre. Cela génère 1,6 milliard de tonnes d’équivalent carbone par an et ce chiffre pourrait presque doubler d’ici 2050.

Mais au-delà de leur fin de vie, les emballages plastiques sont à l’origine d’une importante pollution dès leur production : actuellement, si le cycle du plastique était un pays, il serait le 5e plus gros émetteur mondial de gaz à effet de serre. Sans même évoquer la pollution des rivières, lacs et océans par les déchets plastiques et l’impact sur la biodiversité de ces écosystèmes essentiels.

L’industrie agroalimentaire est gourmande en emballages, surtout en plastique. Or quand on sait que ces emballages d’aliments, très majoritairement à usage unique, partent directement à la poubelle, on a là un beau gâchis de matières premières, d’eau et d’énergie !

Les impacts du plastique, fabriqué à 99% à partir de ressources fossiles comme le pétrole, sont catastrophiques pour la planète, la santé et les droits humains : le plastique est responsable d’émissions de gaz à effet de serre et de dommages environnementaux incommensurables, avec des conséquences à long terme sur les écosystèmes et le vivant, et des maladies et des décès qui pourraient pourtant être évités. Il y a donc urgence à agir, et vite !

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