05 mars 2015
Laura Chatel

Retour d’expérience : dans un vignoble en bonne santé, le vin n’est pas le seul à pousser

Qu'est-ce qui aide à absorber les gaz à effet de serre, à allonger la durée de vie des terres cultivables, et à préserver l'humidité des sols en période de sécheresse?

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Article original : Napa Valley Register / Traduction : Fanny Berlingen et Tiphaine Morand / Co-publication : Zero Waste France et Kaizen Magazine

Napa Valley (Californie), le dimanche 15 février 2015

Qu’est-ce qui aide à absorber les gaz à effet de serre, à allonger la durée de vie des terres cultivables et à préserver l’humidité des sols en période de sécheresse ? Dans l’une des exploitations vinicoles les plus renommées de la Napa Valley, en Californie, les producteurs baissent les yeux pour trouver la réponse – vers les petites plantes, modestes et discrètes, qui poussent entre les rangées de vignes. La plupart des visiteurs du domaine de Chateau Montelena remarqueraient sûrement avant tout les colonnes de vignes où pousse le raisin qui sert à produire ses célèbres crus. Dimanche après-midi, cependant, l’attention d’un groupe de visiteurs a plutôt été attirée par les pousses de brome mou, d’orge, et autres plantes basses recouvrant le sol dans l’espace de presque 2,5 m séparant les rangées de vignes.

D’après les partisans du programme, les deux démarches vont de pair : d’une part simplement laisser le sol et ses petits habitants vivre leur vie et d’autre part favoriser la pousse de plantes protectrices et une production importante de compost. “Tout est une question d’équilibre ; nous souhaitons préserver ce qui est déjà présent (dans les sols),” explique Dave Vella, le directeur du vignoble Chateau Montelena. “Nous ne cherchons pas à “innover” sur quoi que ce soit… Il faut voir le sol comme un gros compte en banque ; on y fait un dépôt et on obtient des intérêts, mais on ne peut pas passer son temps à seulement retirer.”

Une douzaine d’espèces végétales bénéfiques à la régénération du sol servent à maintenir l’équilibre et à protéger les célèbres vignes Chateau Montelena. En absorbant le dioxyde de carbone présent dans l’air, en retenant l’eau, en abritant les insectes prédateurs de nuisibles et en préservant le sol de l’érosion, les plantes forment ce que ceux qui les ont introduites – Vella et l’agronome Bob Shaffer – décrivent comme un dispositif de protection contre l’épuisement des champs ; un processus qu’ils pressent les autres cultivateurs d’imiter afin de réduire l’impact des fertilisants et le coût des pesticides.

Ce dimanche, Shaffer et Vella mènent une vingtaine de visiteurs à travers les vignobles qui servent de bancs d’essai aux différentes plantes protectrices et techniques agricoles. Entre certaines rangées de vignes apparaissent différentes plantes à l’essai telles que des trèfles fraise ou du brome cucamonga ; d’autres rangées n’ont pas été tondues de la saison, afin de réduire le compactage des sols, qui ralentirait l’absorption d’eau. Selon Shaffer, ces expérimentations vont permettre aux futurs producteurs qui les utiliseront de faire des économies sur leur consommation de fertilisants en apprenant quels minéraux sont déjà présents en abondance. Cette méthode douce est aussi censée préserver les vers de terre, nématodes, bactéries et autres organismes qui, par leur action, permettent la décomposition des plantes et la formation d’une substance organique qui donne aux cultures – raisins compris – leur caractère et leur qualité.

Généralement, on dit que le vin est fabriqué en cave. En réalité, le vin se fait dans le vignoble”, raconte Shaffer, spécialiste de la culture des sols à Honaunau dans l’Etat d’Hawaii, qui conseille les vignerons et autres agriculteurs : “Quand on diminue l’apport en éléments nutritifs, ça se voit sur les grappes. La qualité diminue, la couleur s’affadit et la récolte chute.” Plus tôt ce dimanche, Vella explique que l’idée d’une démarche basée sur les plantes et moins intensive en ressources a germé dans son esprit bien avant qu’il ne rejoigne Chateau Montelena en 1985. Inquiet de maintenir la qualité du sol durablement, il commence par y appliquer du fumier, avant de suivre les conseils de Shaffer sur la gestion du sol dès le milieu des années 1990.

Je venais ici depuis 1976 et j’ai fini par remarquer qu’entre les rangées de vigne, la moutarde sauvage et les mauvaises herbes que vous voyez là avaient commencé à se flétrir, plus rien ne poussait bien”, se rappelle-t-il. “Je me suis dit que nous faisions face à un véritable épuisement des terres après les avoir cultivées des années durant.

Un peu plus tard, le réapprovisionnement arrive à Chateau Montelena – à l’arrière d’un camion. Sur l’allée de gravier roule une cargaison d’un compost odorant et d’une couleur chocolatée, que l’entreprise de collecte des déchets et de recyclage Recology a produit dans une usine de Vacaville à partir de la décomposition des déchets alimentaires générés par les restaurants et les habitants de San Francisco. Vella en saisit rapidement une poignée sur le tas qui lui arrive à la poitrine, et inspire à plein nez l’odeur caractéristique de l’humus, la matière organique décomposée qui constitue environ la moitié de la composition d’un sol fertile. Déposée sur les rangées de vignes déjà recouvertes par des herbes, la mixture permet de retenir davantage d’eau à proximité des racines des vignes, facilitant ainsi leur préservation pendant des étés marqués par deux saisons de sécheresse dans le Napa County.

Malgré sa popularité croissante, le compostage pose un problème élémentaire aux agriculteurs – l’offre restera en effet insuffisante tant que les déchets alimentaires ne seront pas traités plus efficacement. “Nous consacrons nos meilleures terres et nos meilleurs experts à faire pousser toute cette nourriture, et au final la moitié (des déchets alimentaires) va à la décharge ? C’est une insulte envers nos agriculteurs !” s’exclame Schaffer. “Si l’on parvient à augmenter l’offre de compost, ce genre de technique peut ouvrir une voie moins coûteuse et plus soutenable pour l’agriculture de demain” indique le porte-parole de Recology Paul Giusti. “Travailler en collaboration avec Mère Nature plutôt qu’essayer de la duper est infiniment plus efficace”, dit-il.

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