Le recyclage: quels bénéfices pour le climat?

Dans son rapport de 2010 intitulé "Waste and Climate Change", le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), établit que le recyclage est, après la prévention, la deuxième meilleure option pour traiter les déchets d'un point de vue environnemental.

Partager

Dans son rapport de 2010 intitulé “Waste and climate change”, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) établit que le recyclage est, après la prévention, la deuxième meilleure option pour traiter les déchets d’un point de vue environnemental. Ce constat s’appuie sur de nombreuses études, que ce soit pour les pays développés (i.e. WRAP 2006, ISWA 2009, Christensen et al. 2009, US EPA 2006) ou pour les pays en développement (i.e. Pimenteira et al. 2004, Chintan 2009). Parmi les études largement citées par le PNUE, on trouve celle du WRAP de 2006 sur les bénéfices environnementaux du recyclage (“Environmental benefits of recycling”), dont la version mise à jour en 2010 compare une cinquantaine d’analyses de cycle de vie (ACV) pour déterminer quelle option de traitement est la plus favorable selon différents impacts, et notamment celui sur le changement climatique.

Préserver l’énergie grise du produit

Si l’ACV permet la comparaison entre eux des produits et des process, en quantifiant leurs impacts, celle-ci devient plus difficile, voire erronée, lorsque les périmètres pris en compte sont différents. Certaines ACV, par exemple, commencent lorsque le produit est devenu un déchet, tandis que d’autres prennent en compte toutes les étapes de vie du produit et du déchet. Elles permettent notamment de comptabiliser l’énergie grise du produit, c’est-à-dire toute l’énergie qui aura été nécessaire pour extraire la matière première, la transporter, la transformer, et utiliser le produit jusqu’au moment où il devient déchet, ainsi que les émissions gaz à effet de serre (GES) associées à ces différentes phases.

Prendre conscience de l’impact du produit tout au long de sa vie, permet ainsi de mieux apprécier les bénéfices liés à l’allongement de sa durée de vie et à son recyclage. Préserver la matière par le recyclage permet en quelque sorte de conserver dans la matière toutes ces émissions, en évitant d’en produire de nouvelles pour l’extraction, le transport et la transformation de la matière première vierge. Il faut par exemple 10 à 20 fois plus d’énergie pour produire de l’aluminium vierge que pour le recycler, et 2 fois plus d’énergie pour l’acier (WRAP, 2006). L’énergie maintenue dans le produit grâce au recyclage trouve son équivalence en émissions de GES évitées en fonction du mix énergétique[1] des pays où la matière vierge est produite et où la matière secondaire est recyclée. Le tableau ci-dessous (PNUE, 2010) compare les émissions évitées grâce au recyclage de différents matériaux selon que l’on soit en Europe du Nord, en Australie ou aux Etats-Unis.

Les écarts affichés s’expliquent notamment par la différence de mix énergétique entre ces régions, les USA ayant des sources d’énergies beaucoup plus carbonées que l’Australie par exemple (charbon, pétrole).

Eviter des émissions de gaz à effet de serre

Les bénéfices climatiques associés au recyclage proviennent aussi des émissions directes ou indirectes évitées en n’incinérant ou en n’enfouissant pas la matière.

Sur le plastique, les analyses de cycle de vie sont sans appel : le recyclage a toujours un meilleur bilan en terme d’émissions de gaz à effet de serre que l’incinération, car il évite des émissions de CO2 fossile, ou que le stockage car il évite, à long terme (passé 100 ans) des émissions diffuses de méthane fossile. Le rapport du WRAP de 2010 conclut ainsi que dans 63% des cas étudiés dans les 8 ACV de référence, l’incinération a 150% plus d’impact climatique que le recyclage. Concernant le stockage, cette différence d’impact est de 100% dans 89% des cas, et augmente de manière significative au-delà de 100 ans avec la dégradation des plastiques. Il est cependant important de noter que ces analyses supposent un ratio de substitution de la matière première secondaire à la matière première vierge de 1 pour 1, ce qui est rarement le cas, nous amenant à devoir légèrement dévaluer l’impact climatique du recyclage des plastiques.

Selon le WRAP, sur les papiers et carton, la différence d’impact climatique entre le recyclage/compostage et l’incinération est moins franche. En effet, le mix énergétique auquel se substitue l’énergie issue de l’incinération et l’un des facteurs déterminants pour augmenter les scores de l’incinération par rapport au recyclage. Si l’énergie issue de l’incinération se substitue à un mix énergétique très carboné (charbon, fuel), les bénéfices climatiques de l’incinération seront gonflés. Dans un cas comme celui de la France, dont le mix énergétique est très décarboné (nucléaire et renouvelables), le bilan climatique de l’incinération des matières organiques (papier, biodéchets) et donc nettement moins bon que celui de la valorisation matière. Le rapport du WRAP ajoute que si l’on prenait en compte le stockage de carbone dans le sol, le compostage et le stockage de papier auraient des bénéfices climatiques plus importants que l’incinération.

Pour les biodéchets, la méthanisation présente, selon les 8 études comparées par le WRAP, le meilleur bilan sur l’impact changement climatique. Le compostage n’obtient pas un bon score au regard de cet impact car il n’est pas associé à une récupération d’énergie et que ses bénéfices indirectes sont difficiles à évaluer. Ainsi, les émissions évitées grâce à la substitution de fertilisants et engrais issus de la pétrochimie, ou le meilleur de stockage de carbone dans le sol grâce à l’épandage de compost, sont absents de l’équation dans la plupart des ACV.

Si l’on a abordé dans cet article l’impact climatique du recyclage comparé à celui des autres modes de traitement, ce sont bien l’ensemble des impacts qu’il convient de prendre en compte pour déterminer quelle est la meilleure option en matière de gestion des déchets. Même si cela est extrêmement compliqué à quantifier, la prévention des déchets est indéniablement le choix le plus bénéfique au regard des différents critères pris en compte dans les ACV et notamment le critère climatique.

[1] Répartition des différentes sources d’énergies primaires consommées pour la production des différents types d’énergies dans un pays.

Sources

Actualités

16 janvier 2023

Emballages des fruits et légumes : contre le grand retour du plastique !

Près d’un an après sa mise en œuvre, l’interdiction d’emballer les fruits et légumes sous plastique est déjà en sursis. Zero Waste France agit avec les citoyen·nes pour se prémunir d’un recul cont[...]

à la une
09 janvier 2023

Zero Waste France et 2 autres ONGs assignent Danone en justice pour son utilisation de plastique

Zero Waste France, ClientEarth et Surfrider Foundation Europe assignent en justice le géant de l’agroalimentaire Danone pour son utilisation de plastique. Selon ces ONGs, Danone ne respecte pas la[...]

01 janvier 2023

Loi anti-gaspillage : quoi de neuf en 2023 ?

Bientôt trois ans après la publication de la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, certaines de ses mesures se font encore attendre. Zero Waste France revient su[...]

13 décembre 2022

Retour sur la matinée technique du 17 novembre 2022 : « Commande publique contre déchets plastiques »

Zero Waste France et le WWF ont organisé le 17 novembre 2022 une matinée technique de partage d’expérience de la part de collectivités ayant mis en place des actions de lutte contre le plastique e[...]

07 décembre 2022

Plaidoyer zéro déchet : journal de bord 2022

Depuis sa création en 1997, Zero Waste France se donne pour mission de faire avancer les politiques publiques pour réduire les déchets. À travers ses actions de plaidoyer, l'association vise à fai[...]

05 décembre 2022

Déchets = énergie verte : vraiment ?

Alors que l’Assemblée nationale arrive vers la fin de l’examen du projet de loi énergies renouvelables, Zero Waste France revient sur l’occasion manquée d’aligner les politiques déchets et énergie[...]

15 novembre 2022

La résistance à la fast-fashion s’organise sur tout le territoire !

SERD 2022 : du 19 au 27 novembre, les groupes locaux Zero Waste vous ont concocté un programme aux petits oignons, pour résister à la fast-fashion partout en France. Cinés-débats, jeux de société,[...]

06 octobre 2022

Zéro déchet : un livre pour en finir avec la société du tout-jetable

Dans leur nouveau livre "Déchets partout, justice nulle part. Manifeste pour un projet de société zéro déchet, zéro gaspillage", Alice Elfassi et Moïra Tourneur, toutes deux salariées de Zero Wast[...]

05 octobre 2022

Un rapport de la Cour des comptes critique la gestion des déchets en France

Ce nouveau rapport se montre sévère avec le service public de gestion des déchets ménagers en France. Il valide également une grande partie de l’analyse et des propositions de Zero Waste France.[...]

28 septembre 2022

9 entreprises mises en demeure pour non-respect du devoir de vigilance lié à leur utilisation du plastique

Surfrider Foundation Europe, ClientEarth et Zero Waste France mettent en demeure 9 géants de l’agroalimentaire et de la grande distribution pour l’insuffisance de leurs actions dans la réduction d[...]