15 octobre 2015
Manon Cuille

Crise des déchets : la Corse au pied du mur

En Corse, les décharges débordent. Après la saison touristique, l’île a connu une crise durant le mois de septembre avec le blocage simultané de ses 3 centres de stockage des déchets. Ils n’ont pas été collectés pendant quelques jours. Aujourd’hui au pied du mur, la Corse doit s’engager dans des démarches zéro déchet, zéro gaspillage.

Newsletter
Partager
Bluesky

Faute d’anticipation, mais surtout de politique volontariste en faveur de la réduction et du tri (le syndicat de traitement des déchets corse affiche un taux de recyclage de 20%, bien en dessous de la moyenne nationale), le manque d’exutoires se fait sentir sur l’île. Durant l’été 2015, les centres de stockage de Vigianello, Prunelli et Vico ont augmenté leurs capacités d’enfouissement pour faire face à l’afflux de déchets provoqué par la saison touristique. Cette situation a été source de nuisances et de pollutions pour les riverains, et a mené au blocage temporaire des sites en septembre.

Aujourd’hui au pied du mur, la Corse peut encore faire le bon choix et transformer cette crise en levier pour devenir l’exemple inspirant de demain. Elle suivrait en ce sens la voie tracée par sa voisine, la Sardaigne, qui recycle plus de 50% de ses déchets. L’île italienne est passée de 74% de déchets enfouis en 2000 à 23% seulement en 2009 [1], et a diminué en trois ans de moitié la quantité de déchets biodégradables envoyés en décharge [2], notamment grâce à la mise en place de la collecte séparée des biodéchets. Pour permettre la réouverture de deux des trois centres d’enfouissement, le syndicat de traitement des déchets en Corse (le SYVADEC) s’est ainsi engagé la semaine dernière à mettre en œuvre « une politique forte de tri à la source qui privilégiera les déchets fermentescibles, pour atteindre une réduction de moitié des tonnages enfouis en 2020 par rapport à 2014 ».

Mais la menace des fausses solutions continue de planer. Face à l’illégalité des différents projets d’installations de stockage et de traitement des déchets[3], le président du Syvadec, le syndicat de traitement des déchets de l’île, a demandé à Ségolène Royal une dérogation à la loi Littoral afin de pouvoir agrandir la décharge de Tallone et construire une usine de traitement mécano-biologique à proximité (TMB). La ministre de l’écologie a fort heureusement refusé fermement, mais la vigilance reste de mise. D’autres acteurs appellent quant à eux à rouvrir le débat sur l’incinération, qui s’était pourtant soldé il y a quelques années par un refus des élus de l’Assemblée de Corse de s’engager dans cette voie.

La vigilance reste donc de mise, en Corse comme ailleurs. Espérons que les élus de l’île sauront faire le bon choix et permettre à leur territoire de devenir un pionnier en France des démarches « zéro déchet, zéro gaspillage » !

[1] Cour des Comptes européenne, Rapport spécial n°20, 2012.
[2] Entre 2006 et 2009, la part de déchets biodégradables enfouis sur la quantité totale de déchets biodégradables est passée de 59% à 36%.
[3] Un jugement du tribunal administratif a déclaré illégal le projet de TMB à Tallone.

Actualités

14 avril 2026

Loi « Fast-Fashion » : les vrais chiffres des déchets textiles

Alors que la Commission Mixte Paritaire (CMP) doit sceller le sort de la loi contre la fast-fashion, la coalition Stop Fast-Fashion publie une enquête de terrain inédite menée dans 33 ressourcerie[...]

10 avril 2026

Des rencontres militantes pour comprendre l’envers des déchets et passer à l’action !

Du 27 au 29 mars 2026, les militantes et militants Zero Waste venu·es de toute la France se sont rassemblé·es à Paris. Au programme, 3 jours de célébration du réseau, de prise de hauteur sur les e[...]

à la une
09 avril 2026

Pollueur-payeur : tout comprendre sur la responsabilité élargie du producteur (REP)

Les filières de responsabilité élargie du producteur (REP) sont aujourd'hui un outil incontournable des politiques de prévention et gestion des déchets. Zero Waste France en décortique les mécanis[...]

01 avril 2026

Déployer le réemploi à l’échelle des villes : retours d’expérience du Danemark

À quoi ressemble une ville qui organise le réemploi des emballages ? À Copenhague et Aarhus, ce système est déjà en place : visible dans l’espace public, intégré aux activités économiques et soute[...]

13 mars 2026

Loi “fast-fashion” : deux ans après son adoption, le blocage et l’urgence

Il y a deux ans, l’Assemblée nationale votait à l’unanimité en première lecture une proposition de loi inédite pour réguler l’industrie du textile et encadrer ses pratiques environnementales. Adop[...]

06 mars 2026

Municipales 2026 : des élections décisives pour l’environnement

Alors que le 1er tour des élections municipales doit se dérouler ce 15 mars, Zero Waste France rappelle les enjeux de ce scrutin, crucial pour orienter les politiques environnementales au niveau l[...]

19 février 2026

Réduction des plastiques à usage unique : le Sénat sauvegarde les fondamentaux de la loi AGEC

A l’issue de l’examen, ces 17 et 18 février, du projet de loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne (DDADUE), le Sénat, alerté par les ONG et les citoyennes et [...]

18 février 2026

Recyclage chimique des plastiques : Zero Waste et Notre Affaire à Tous prennent acte du rejet de leur requête contre le projet Eastman

Dans une décision rendue le 6 février, le Conseil d’Etat a rejeté le recours de Notre Affaire à Tous, Zero Waste France, Le Havre Zéro déchet et Zéro déchet Rouen contre le projet d’usine de recyc[...]

10 février 2026

Quand les biodéchets passent par la poubelle d’OMR : un modèle qui interroge

Pour répondre à l’obligation de tri à la source des biodéchets, certaines collectivités choisissent la collecte en sacs plastiques épais collectés dans le bac d’OMR puis séparés par tri optique. C[...]

09 février 2026

6 ans de la loi AGEC : la réduction des plastiques à usage unique attaquée par les industriels

Promulguée le 10 février 2020, la loi AGEC fait aujourd’hui l’objet d’attaques des industriels du plastique. Dernière en date, le dépôt d’amendements directement soufflés par un lobby du plastique[...]