09 décembre 2014
Marine Foulon

Du compost pour améliorer la séquestration de carbone dans les sols non cultivés

Les bienfaits du compost sur l'absorbption du carbone par les sols est désormais établi scientifiquement. Une étude revient sur les raisons de cette amélioration de la séquestrtion carbone grâce, notamment, à une meilleure aération des sols et une biodiversité renforcée.

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Bluesky

C’est désormais un fait établi et mesuré scientifiquement : l’application d’une fine couche de compost sur des pâturages ou des prairies améliore considérablement leur capacité à absorber le carbone de l’atmosphère et à le fixer durablement dans les sous-sols. Le bénéfice net de cette pratique, en termes d’économies d’émissions de gaz à effet de serre, est établi a, pour la première fois, été mesurée sur plusieurs terrains dans le cadre du Marin Carbon Project. Plusieurs équipes de chercheurs suivent et participent à ce projet expérimental. L’une d’entres elles, menée par une biologiste de l’Université de Berkeley, a comparé la capacité à réduire le changement climatique de l’épandage de 3 types d’amendements : fumier, compost et engrais minéraux. Dans le cas du fumier, la séquestration du carbone ne compense pas les émissions liées à l’épandage et le bilan de l’opération est donc négatif, du point de vue de la réduction des émissions de gaz à effet de serre (+14 tonnes équiv. CO2 / hectare sur trois ans). L’utilisation d’engrais se traduit quant à elle par une légère baisse des émissions (- 3 tonnes équiv. CO2). Le compost issu de déchets organiques et déchets verts se distingue des deux autres amendements étudiés par une nette baisse : -23 tonnes équiv. CO2 !

De très bon résultats

En extrapolant ces données, les chercheurs ont calculé que l’épandage de compost sur 5% des pâturages de l’Etat de Californie, pourrait emmagasiner l’équivalent d’un an d’émissions de gaz à effet de serre provenant des industries agricoles et forestières de la Californie. Enfin, l’étude portait sur 3 années, mais il semble que les effets bénéfiques d’un seul épandage de compost se vérifient année après année, montrant que cette méthode de ré-enrichissement du sol est un investissement rentable sur le long terme. Au niveau mondial, l’impact pourrait donc être considérable, sachant que 30 à 50% des terres sont des pâturages.
La méthode scientifique des chercheurs de l’Université de Berkeley pose des résultats nécessairement conservateurs, mais les acteurs du projet laissent entendre que les bénéfices environnementaux potentiels pourraient être encore plus intéressants. John Wick, l’agriculteur qui a initié le projet, explique en effet que sur ses parcelles, l’épandage d’un peu plus d’un centimètre de compost issu de fumier et d’autres déchets organiques a produit les effets suivants :
– Il pousse environ 50 % d’herbe en plus par hectare ;
– Le sol retient 26 000 litres d’eau supplémentaires ;
– Le sol séquestre 2000 livres (soit un peu plus de 900 kg) équivalent carbone en plus (une fois le compost déduit, ainsi que l’herbe) par hectare.

Quelles sont les explications à ce phénomène

Le dioxyde de carbone absorbé par l’herbe grâce à la photosynthèse est séquestré dans les racines et la terre qui les entourent. La couche de compost augmente la quantité de carbone absorbée par les plantes, par rapport à la quantité relachée dans l’atmosphère. Illustration de Bay Nature, adaptée de Whendee Silver, UC Berkeley

Grâce au compost, le sol est enrichi en nutriments et contient plus de micro organismes et de champignons. En outre, il retient mieux l’humidité, et tout cela permet un accroissement de la biomasse sur les parcelles enrichies. Les plantes se développent plus rapidement et plus amplement, elles “capturent” donc plus de carbone par le mécanisme bien connu de la photosynthèse.

Les autres types d’amendements étudiés (fumier, engrais issus du pétrole) augmentent de manière comparable la teneur en nutriments du sol, et donc leur capacité d’absorption du carbone. Mais la particularité de cette étude est de faire une analyse globale des impacts carbone de ces pratiques d’épandages : au-delà de la capacité d’absorption des sols, d’autres effets (émissions ou réductions) ont été pris en compte, et pèsent considérablement sur le bilan global. Dans le cas du compost de cette étude, le fait de détourner des déchets organiques des décharges américaines, contribue en grande partie au bilan positif. Ce qui était une source d’émission (les déchets organiques enfouis ou incinérés) devient ainsi une source de réduction des émissions.

SOURCES

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