Le Cash Investigation sur le plastique en 6 points clés

CASH Investigation révèle, ce mardi 11 septembre, le résultat d’une enquête menée durant plus d’un an par Sandrine Rigaud. Zero Waste France vous en livre une analyse, et des pistes pour aller plus loin.

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L’enquête de Sandrine Rigaud dévoile les liens extrêmement forts qu’entretiennent les entreprises de l’agro-alimentaire (au premier rang desquelles Coca-Cola) avec ce matériau qui fut un temps considéré comme révolutionnaire, mais qui est devenu aujourd’hui l’un des symboles de la pollution environnementale. Zero Waste France vous en livre une analyse, et des pistes pour aller plus loin.

« Ces poissons qui vivent jusqu’à 1400 mètres sous l’eau sont en contact avec du plastique »

Les images de CASH investigation nous donnent à voir la pollution de plages isolées à Hawaï, sur les rivages de l’océan pacifique. Les déchets qui y sont collectés ont parfois parcouru des dizaines de milliers de kilomètres. L’enquête insiste aussi sur un fait moins connu : la pollution plastique atteint les profondeurs. Les scientifiques du laboratoire visité par les équipes de CASH Investigation découvrent de nombreux emballages du quotidien dans les intestins des poissons.

Pour aller plus loin :

Les déchets se trouvent parfois très loin des zones habitées : en Arctique par exemple, dès 2013, on dénombre « plusieurs centaines de milliers de débris par kilomètre carré » dans certaines zones. Outre le fait que les polluants qu’il contient se libèrent progressivement le long de son parcours, le plastique ne voyage pas seul :  il peut être le support de bactéries ou d’espèces invasives. La pollution des profondeurs a par ailleurs été documentée in extenso par des chercheurs japonais, qui révèlent que des sacs plastiques ont été retrouvés au fond de la fosse océanique la plus profonde au monde, à près de 11 000 mètres de profondeur.

« Culpabiliser le jeteur, une stratégie vieille comme le plastique »

Sandrine Rigaud interroge Bartow J. Elmore, un historien spécialiste de Coca-Cola. Il est l’auteur de Citizen Coke, the making of Coca Cola Capitalism. Aux Etats-Unis, ce sont les entreprises de l’emballage et de la boisson qui sont à l’origine des premières campagnes de communication de Keep America Beautiful, dont le slogan était dans les années 60, « les gens sont responsables de la pollution, à eux d’y mettre fin ». Un message repris par les équivalents français (Vacances Propres, nouvellement rebaptisé Gestes propres) et européen (Clean Europe Network) de Keep America Beautiful.

Quel est le problème ?

Il est encore fréquent de voir des déchets abandonnés en pleine nature. Quel mal y aurait-il alors à sensibiliser le public pour prévenir les incivilités ? C’est qu’en parallèle, les mêmes entreprises s’opposent aux mesures qui permettraient de réduire le recours à l’usage unique, une mesure efficace pour lutter contre ces pollutions des milieux naturels. Au-delà des répercussions positives pour leur image, s’associer à des opérations de nettoyage permet aux marques de détourner l’attention du public de questions plus gênantes, comme « est-ce que l’on ne consomme pas trop de plastique, tout simplement ? », ou plus ciblées : « avez-vous vérifié que les pays dans lesquels vous distribuez vos bouteilles en plastique disposent bien d’un service public qui permettent la prise en charge de ces déchets ? »

« Ce n’est pas un déchet, c’est une matière première »

Cette affirmation d’un responsable de l’usine de recyclage Infineo (qui appartient en partie à Coca-Cola) est une pirouette classique, pour éviter de répondre à la question de l’impact environnemental des emballages, qui n’est pourtant pas neutre du point de vue des ressources en eau et en énergie utilisées. Le responsable de l’usine reconnaît également que les bouteilles recyclées que produit l’usine Infineo ne contiennent que 25% de plastique recyclé (donc 75% de matière vierge issue du pétrole !). Mais il le justifie uniquement par les difficultés d’approvisionnement en plastique trié… Assimiler la bouteille en plastique jetable à une “matière première” et souligner que l’on « manque » aujourd’hui de plastique recyclé, c’est aussi, à demi-mots, encourager à en utiliser… toujours plus !

Les limites du recyclage

Par ailleurs, en faisant miroiter la perspective d’un recyclage « à l’infini » (qui en réalité, est quasiment impossible, comme l’explique Nathalie Gontard, chercheuse à l’INRA), ces acteurs évacuent la question des limites physiques et économiques du recyclage. Au delà des bouteilles en PET, la majorité des plastiques ne sont aujourd’hui pas recyclables, ou destinés à un recyclage de basse qualité (“downcycling”), bien loin de l’idée d’un fonctionnement en boucle fermée.

« Le plus dingue, c’est que la consigne, c’est presque une invention de Coca-Cola »

Et oui, on aurait tendance à l’oublier, mais de grands groupes comme Coca-Cola n’ont pas toujours été accro au plastique ! Ils ont connu, et pu fonctionner correctement à grande échelle, avec des bouteilles en verre consigné. Avant de faire le choix du plastique, les dirigeants de Coca-Cola se sont-il interrogés sur les conséquences environnementales de ce choix ? La réponse est oui comme le démontre Cash Investigation. Ils ont même commandé une étude comparative, très rapidement jetée aux oubliettes. Les journalistes interrogent l’homme qui l’a rédigée, qui explique que sa conclusion était claire : le plastique serait un choix défavorable pour l’environnement, et les bouteilles en verre, à condition d’être réutilisées au moins 15 fois, sont “la solution écologique par excellence“.

Derrière ce rappel historique, il y a deux informations d’importance : d’une part, les impacts néfastes du plastique étaient (au moins en partie) connus bien avant avant qu’il ne devienne omniprésent dans les rayons des magasins et dans les océans. D’autre part, Coca-Cola (et tant d’autres, hélas) ont devancé les attentes des consommateurs : les spots de pub qui ont accompagné le lancement des nouvelles bouteilles en 1975 montrent que ces derniers ont été “accompagnés”, poussés vers ce choix.

« Les bouteilles en verre réutilisable, c’est bientôt fini en Tanzanie »

Les journalistes de CASH Investigation poursuivent leur enquête en Tanzanie, où Coca-Cola a récemment décidé d’abandonner les bouteilles en verre réutilisables, au profit du plastique jetable. Il n’existe pas de collecte généralisée des emballages dans le pays, et l’économie du recyclage y est surtout une économie de la misère. Les ramasseurs et les ouvriers des usines locales sont soumis à des conditions de travail extrêmement pénibles. Leur revenu dépend des conditions de rachat par des entreprises chinoises notamment, alors même que la Chine a durci les conditions d’entrée du plastique sur son territoire.

Et ailleurs ?

Alors que la pollution plastique est de plus en plus documentée et que les décideurs politiques comme économiques multiplient les déclarations à ce sujet, nous pourrions croire que le problème est en passe d’être stabilisé, sinon résolu. En réalité, c’est l’inverse : en termes d’utilisation, le plastique continue à gagner du terrain, y compris dans des pays occidentaux comme la France où le marché semble pourtant saturé. Un exemple : la consigne pour réutilisation des bouteilles en verre qui est encore pratiquée en France dans les cafés, hôtels et restaurant, est menacée par les emballages jetables. Lorsque les établissements, développent une offre de vente à emporter, ils ont tendance à basculer vers le jetable pour l’ensemble de leurs commandes, et le plastique se retrouve donc à table, au lieu du verre.

« un morceau de plastique (…), c’est aussi un cocktail de produits chimiques »

Dans la dernière partie du documentaire, les journalistes de CASH Investigation s’intéressent aux dangers de l’un des additifs courants du plastique : les retardateurs de flamme contenant du brome. L’enquête met en évidence la difficulté des acteurs de la filière des produits électroménagers à assurer la traçabilité du recyclage des plastiques qui en sont issus.

Pour aller plus loin :

Plus globalement, rappelons que “le plastique” n’existe pas ! Ce sont les très nombreux additifs qui confèrent aux plastiques leurs caractéristiques (flexibilité, résistance à la chaleur, couleur, etc) et qui, surtout, sont à l’origine des difficultés de recyclage ou de la toxicité du matériau. Une enquête de Patricia Jolly pour Le Monde décrit cet aspect protéiforme et ses conséquences, lorsque le plastique se dégrade : “Polystyrène, polyéthylène, nylon, polyuréthane, polypropylène… Issus de la fragmentation de gros déchets par le brassage de l’eau, l’action des rayons ultraviolets et la biodégradation due aux micro-organismes, les microplastiques du GPGP arborent toutes les formes et couleurs imaginables (…) Une situation d’autant plus alarmante que, même réduits à la taille d’un quart de confetti, les plastiques restent imprégnés des substances cancérogènes et mutagènes : polluants organiques persistants comme le DDT, les polychlorobiphényles et les dioxines, perturbateurs endocriniens comme le bisphénol A, qui entrent dans leur composition… ».

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