24 août 2018
Flore Berlingen

#1 – Peut-on « nettoyer la planète en 1 jour » ?

Le 15 septembre 2018 se déroulera une grande opération de collecte de déchets abandonnés dans la nature, le World CleanUp Day. Zero Waste France publie à cette occasion une série de quatre articles, pour prendre du recul et décrypter les enjeux liés à ces déchets parfois qualifiés de “sauvages”.

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En France, plusieurs centaines d’opérations de collecte devraient avoir lieu le 15 septembre à l’occasion du World CleanUp Day et cette immense mobilisation citoyenne témoigne d’une préoccupation croissante des citoyens vis à vis de ce sujet. De nombreux adhérents de Zero Waste France organiseront ou participeront à ces ramassages, sur le terrain. Nous n’avons cependant pas souhaité nous associer formellement à la branche française de l’organisation World CleanUp, afin de marquer notre attachement à ce qui fait, pour nous, la véritable raison d’être de ces opérations de ramassage.

A quoi servent les opérations de collecte de déchets sur les plages ou autres espaces naturels ?

Première réponse, évidente : à nettoyer ! Outre le bénéfice visuel, qui n’est pas anecdotique pour des territoires dont l’activité touristique est essentielle, il s’agit de limiter la pollution générée par les déchets abandonnés. Certains sont particulièrement nocifs (les piles par exemple), et d’autres présentent le risque de se fragmenter en plus petites particules et étendre ainsi leur champ de nuisance. Ramasser les « macrodéchets » en plastique évite ainsi leur dégradation en « microplastiques » qui vont être absorbés par la faune marine.  

Chiffres clés de la pollution plastique

Le deuxième intérêt des opérations de collecte : elles sont un formidable levier de sensibilisation, de mobilisation, et de plaidoyer. En attirant l’attention des médias, elle permettent d’informer un large public de l’étendue du problème des déchets abandonnés, et de ses conséquences environnementales et sanitaires. Simples à organiser, elles donnent l’opportunité d’un premier passage à l’action, dans un cadre collectif qui prolonge et nourrit la mobilisation individuelle. Enfin, et surtout elle permettent d’alerter sur les origines du problème, afin d’agir en amont : réduction du jetable, interdiction de certains objets à usage unique ou de certains matériaux d’emballages non recyclables et non compostables.

Car en effet, il faut le dire, on ne résorbera pas le problème de la présence étouffante du plastique dans les océans par les seules opérations de collecte, qu’elles se déroulent sur terre, grâce à des millions de bénévoles, ou sur les mers, par une débauche d’énergie et de lourds investissements dans des navires high tech. Et ce pour plusieurs raisons :

  • Le robinet n’est pas fermé ! Parce que dans le même temps, nous continuons à déverser des quantités bien plus importantes (à l’échelle mondiale, mais aussi au niveau français et européen) que ce que l’on parvient à récupérer tant bien que mal. Autrement dit, colmater et écoper ne peuvent être suffisamment efficaces tant que le robinet n’est pas coupé.
  • un déchet reste un déchet. Même lorsqu’il est jeté correctement dans une poubelle, et – dans le meilleur des cas – recyclé, un déchet est avant tout un produit usagé, dont la fabrication a impliqué une consommation de ressources : énergie, eau, matières premières. Si l’on veut préserver ces ressources, il faut éviter le déchet, et donc réduire l’usage des objets et emballages jetables.

L’équipe française du World CleanUp Day ne souhaitant pas se positionner sur ce deuxième aspect, Zero Waste France a donc préféré ne pas faire partie des partenaires de cette manifestation.

Il nous semble en effet essentiel de lier les deux messages : nettoyons, mais avant tout, réduisons ! Une opération de collecte est le moment idéal pour sensibiliser à cela. Elle peut aussi permettre, à l’instar des Initiatives Océanes de l’association Surfrider, de documenter minutieusement l’étendue et le type des pollutions rencontrées. Ou encore de réaliser une identification systématique des marques présentes sur les déchets ramassés, comme y invite le mouvement Break Free From Plastic. Ces collectes de données ont un objectif précis : poursuivre la mobilisation en amont. Connaître précisément les zones polluées par des déchets et la qualité de ces derniers permet de proposer et justifier des mesures de politiques publiques, mais aussi de faire pression sur les marques et entreprises concernées.

Brand Audit - India
Résultats d’une opération d’identification des marques – Inde, 2018

Pour éviter le statu quo, voire le greenwashing, un slogan tel que “Nettoyons la planète en un jour”, doit être accompagné d’un message adressé aux acteurs politiques et aux entreprises, qui ont une responsabilité, et donc un rôle à jouer pour résoudre la problématique des déchets.

Chiffres-clés et chronologie de la pollution plastique

Une infographie de l’ONU Environnement

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