Reportage : la démarche Zero Waste à Seattle (2/2)

Seattle est une de ces villes américaines qui s'engage fortement pour la réduction des déchets, le compostage et le recyclage. Voici notre enquête de terrain (1/2).

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Seattle, la capitale de l’Etat de Washington, est située sur la côte Ouest des Etats-Unis à quelques kilomètres de la frontière canadienne. La démarche Zero Waste de la ville est bien moins connue que sa (presque) voisine San Francisco, mais vaut la peine qu’on s’y attarde… Tim, Dirk et Eva travaillent respectivement pour la mairie de Seattle, au sein d’une entreprise locale de vente de matériaux et pour une ONG environnementale. Trois métiers complètement différents et pourtant complètement liés, au travers de la démarche Zero Waste de cette ville du Nord de la côte ouest des Etats Unis.

Note de l’auteur : Je tiens à remercier Tim Croll, Dirk Wassink et Eva Dale pour leur accueil et leur disponibilité, en dernière minute, pour répondre à mes questions.

Parmi les initiatives de réduction des déchets à la source signalées par Tim Croll (voir la première partie de ce dossier sur Zero Waste à Seattle), figuraient plusieurs magasins de seconde main dont Second Use, une surface dédiée à la revente de matériaux de construction et d’ameublement.

Second use, un « Leroy Merlin » version récup’

L’entreprise (au statut et au management tout à fait classiques) existe depuis une vingtaine d’années et emploie désormais 30 à 35 personnes. Le magasin s’est peu à peu agrandi pour atteindre la taille du grand entrepôt dans lequel Second Use s’est installé en 2012.

« Like any other retail store, we want to provide the best service to the customers » explique Dirk Wassink, associé-dirigeant de Second Use. La visite de ce « Leroy Merlin » version récup’ permet en effet de réaliser à quel point l’accent est mis sur l’accueil et le conseil aux clients. La clientèle est assez diversifiée, comme l’explique Dirk : certains viennent chercher du matériel qu’ils n’auraient pas les moyens d’acheter neuf, d’autres sont des accros du DIY (Do-It-Yourself) et de la récup’ et enfin une petite minorité vient chiner des pièces anciennes et de caractère.

Avec 2700 clients par mois en moyenne, l’entreprise écoule environ 3500 tonnes de matériel chaque année. Un inventaire en ligne permet à chacun de repérer les matériaux et objets disponibles avant de se déplacer (par exemple, au rayon plomberie ou fenêtres).

Des matériaux récupérés directement à la source

Les matériaux et objets revendus chez Second Use proviennent de deux sources d’approvisionnement différentes. La première est l’activité de démantèlement de l’entreprise, qui prend directement en charge les matériaux sur les chantiers. La ville de Seattle encourage ce type de récupération en demandant un « salvage assessment » avant d’accorder tout permis de démolition : les propriétaires doivent mandater un expert pour estimer la possibilité de récupération de matériaux sur le chantier.

La seconde source d’approvisionnement est le dépôt d’objets par des particuliers ou des professionnels, qui viennent directement à l’entrepôt déposer leurs matériaux réutilisables. Si ceux-ci sont de qualité suffisante, ils sont rachetés par Second Use. L’entreprise a également mis en place un partenariat avec la branche locale de Habitat for Humanity : les particuliers peuvent faire don de leurs matériaux, qui sont revendus au profit de l’ONG.

Une démarche qui reste à diffuser au-delà de la ville de Seattle

A Seattle, on observe donc un engagement certain pour la réduction des déchets, tant du côté de la municipalité que de la part d’entrepreneurs locaux. Mais qu’en est-il du reste de l’État de Washington et notamment de zones moins favorisées, en dehors de l’agglomération de Seattle ?

Eva Dale travaille au sein de l’ONG Zero Waste Washington et explique que les efforts et les résultats sont très disparates selon les districts. C’est la raison pour laquelle son organisation travaille au niveau de l’État, qui a la possibilité de généraliser un certain nombre de pratiques.  Elle rapporte les mêmes difficultés que celles rencontrées par la municipalité, dues à l’opposition des lobbies à des pratiques de bon sens telles que la reprise des médicaments – cela peut paraître aberrant, mais la FDA (Food and Drugs Administration) recommande toujours aux citoyens américains de jeter leurs médicaments dans les toilettes…

Eva travaille actuellement avec plusieurs communautés locales sur l’engagement citoyen pour la réduction des déchets et cherche notamment à faire connaître les initiatives de consommation collaborative (sharing economy) qui permettent, grâce au partage ou à la mutualisation, d’avoir accès à un certain nombre de biens sans forcément les posséder.  Les « Outils-thèques » (Tool Libraries) en sont un bon exemple, très complémentaire de l’offre du magasin Second Use pour bricoler en mode zéro déchet ! Ces groupes permettent d’emprunter tous types d’outils à d’autres membres du réseau de prêt. Celui-ci, dans l’ouest de l’agglomération de Seattle, compte plus de 780 membres se partageant quelques 1500 outils ; et celui-là partage ses locaux avec un atelier de réparation de vélos.

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