Municipales 2026 : les communes au cœur des dynamiques locales de réparation et réemploi
A l’approche des élections municipales, les communes doivent jouer un rôle décisif en matière de réparation, réutilisation et réemploi. En adoptant des mesures fortes, les municipalités soutiennent les acteurs locaux et renforcent le lien social sur le territoire, tout en réduisant la pression sur les ressources.
Un impératif à agir
Zero Waste France dénonce depuis plusieurs années les impacts de la fast-fashion, la fast-déco ou encore la fast-tech, pourtant en plein essor. Face à l’épuisement des ressources, les municipalités ont un rôle clé à jouer pour impulser de nouvelles dynamiques au sein de leur territoire.
Alors que les articles neufs sont produits dans des conditions sociales extrêmement précaires, souvent dans des pays du sud global, comme viennent tristement l’illustrer des catastrophes telles que l’effondrement du Rana Plaza le 24 avril 2013[1] ou plus récemment celui de la mine de cobalt dans la carrière de Mulondo le 15 novembre 2025[2], plusieurs études montrent les avantages des leviers économiques et sociaux que sont le réemploi et la réparation. Ces secteurs sont créateurs d’emplois locaux non délocalisables : la réparation crée en moyenne 404 emplois pour 10 000 tonnes de déchets traités (contre 1.7 lorsqu’ils sont incinérés)[3]. Par ailleurs, avec l’équivalent monétaire de la construction d’un incinérateur avec valorisation énergétique qui traiterait 1 à 1.5 million de tonnes de déchets par an soit 1.2 milliards de dollars, l’ONG Gaia a montré qu’on pourrait financer à la fois la construction de 3 sites de compostage, de 8 installations de récupération de matériaux, le système de collecte séparée d’une ville comme Melbourne pendant 1 200 ans, la construction de 12 à 24 sites dédiées au réemploi ainsi que l’installation d’espaces dédiés au réemploi dans 12 000 déchetteries[4].
Par ailleurs, le réemploi et la réparation, notamment lorsque porté·es par des acteurs associatifs, permettent de faire émerger et renforcer le lien social entres les habitant·es d’une commune ou d’un quartier : création de lieux associatifs (ressourceries, tiers-lieu du réemploi), animations (café réparation, braderies), ambassadeur·ices de prévention auprès des citoyen·nes, etc.
Cadre législatif : ce que permet et impose la loi
La directive cadre européenne relative aux déchets[5] définit des objectifs de déchets municipaux réemployés et recyclés pour ces prochaines années, obligeant ainsi les collectivités à prendre des engagements pour atteindre localement 55% de déchets municipaux réemployés et recyclés d’ici 2025, 60% en 2030 et 65% en 2035. De son côté, la loi AGEC[6] prévoit un objectif de 5% de déchets ménagers et assimilés réemployés en 2030. Or, en 2023, seuls l’équivalent de 3% des tonnages de produits collectés dans le cadre de six filières REP (Responsabilité élargie du producteur) avait été remployés ou réutilisés [7].
Par ailleurs, l’article 58 de la loi AGEC impose aux acheteurs publics, dont les municipalités font partie, d‘acheter une proportion de biens issus du réemploi ou de la réutilisation ou intégrant des matières recyclées. Pourtant, cette obligation est encore loin d’être pleinement respectée, de nombreuses municipalités accusant un retard significatif sur ces objectifs réglementaires ; il est donc essentiel que les candidat·es aux élections municipales se saisissent de ce levier majeur, d’autant que la commande publique représente près de 14 % du PIB français[8], constituant ainsi un outil d’action incontournable pour accélérer la transition écologique.
Cette loi oblige également les collectivités à fournir l’accès aux déchetteries de leur territoire aux structures de l’économie sociale et solidaire qui en font la demande.
Au-delà de ces obligations, les collectivités disposent d’un panel d’outils pour agir localement, notamment en soutenant fortement les acteurs locaux : subvention numéraire et en nature, communication, logistique etc.
Certaines dispositions leur permettent également d’être exemplaires au sein de leurs établissements et services : choix des prestataires, dons dans les bibliothèques, législation locale pour les événements dans l’espace public, etc.
La commune, une enceinte d’action décisive
En tant qu’interlocutrices privilégiées de nombreux acteurs du territoires : citoyen·nes, associations sportives et culturelles, acteurs économiques, acteurs publics et gestionnaires de lieux de vie (bibliothèques, écoles, équipements sportifs), les décisions municipales permettent d’impulser de véritables dynamiques locales et de créer les conditions du changement : mise en avant des acteurs locaux, création d’espace d’échanges, diffusion de nouvelles pratiques environnementales auprès de la population, etc.
Leurs champs d’action permettent aux municipalités à la fois de montrer l’exemple dans leurs services et établissements et de diffuser des bonnes pratiques en matière de réparation et de réemploi dans de nombreux secteurs. Les municipalités, de par les choix faits, apportent un soutien financier et matériel essentiel à cette filière, et notamment aux acteurs locaux de l’économie sociale et solidaire.
Des communes déjà engagées : des exemples inspirants partout en France
Quartier Zéro Déchet à Valmy, Lyon 9ème
La Ville de Lyon et la Mairie du 9ème arrondissement ont soutenu financièrement, logistiquement (salles, tables, barnum, etc.) et politiquement ce projet citoyen, porté par les associations Zéro Déchet Lyon et Mouvement de Pallier. En ce qui concerne le réemploi et la réparation, cet ambitieux projet zéro déchet, a notamment permis de :
- multiplier les initiatives de boîtes à livres et à dons notamment via le budget participatif de la ville ;
- lancer et pérenniser des trocs de vêtements portés bénévolement ;
- mettre en place une matériauthèque pour l’événementiel local ;
- cartographier les acteurs engagés du territoire ;
- informer les citoyen·nes lors d’événements comme le Repair Tour de l’Ademe ou la Semaine européenne de la réduction des déchets mais aussi via des panneaux d’affichages et la mise en place de nudges pour visibiliser les initiatives locales.
- un kit de mobilisation à destination des habitant·es du quartier.
Les dynamiques impulsées entre 2021 et 2024 perdurent aujourd’hui au sein de la Commission extra-municipale, sous l’égide la Mairie du 9ème arrondissement.
Bibliothèque d’Objet de Montreuil (BOM)
La ville de Montreuil soutient financièrement cette objethèque associative. En 2024, l’association a permis d’éviter 1 997 achats d’objets neufs, 72 tonnes de CO2 et 3 tonnes de déchets [9]. Depuis avril 2025, la bibliothèque municipale Robert Desnos accueille également une antenne de ce projet, la petite BOM, et permet à ses adhérent·es, grâce à un partenariat entre les deux structures, d’emprunter des objets au sein même de la bibliothèque.
Ecole de la transition écologique et solidaire (ETES)
La ville de Saint-Ouen met à disposition d’ETES, les locaux d’une ancienne école maternelle. L’association ETES gère une ressourcerie depuis 2024 et expérimente son propre système de consigne d’écocups et de vaisselle réemployable à destination des particuliers, des associations, des entreprises et des collectivités du territoire. Le soutien de la municipalité et la confiance accordée par cette dernière permettent au projet de se développer, notamment à travers l’embauche de salarié·es et l’organisation d’activités gratuites grâce à la dispense de charges locatives.
Braderie dans les bibliothèques
La ville de Vienne en Isère organise des braderies pour vendre les livres et CDD issus du “désherbage” de ses bibliothèques. A cette occasion, elle propose avec l’agglomération, des ateliers grand public sur la réduction des déchets.
Par ailleurs, les élu·es municipaux·ales siègent également à l’intercommunalité et/ ou au syndicat de collecte et/ ou traitement des déchets, et peuvent dès lors, s’engager à pousser le réemploi et la réparation au sein de ses instances en venant compléter et soutenir les actions municipales ainsi qu’en agissant sur les prérogatives de l’échelon intercommunal.
Les déchèteries, lieux pionniers du réemploi
- Les SMICVAL markets “donnez, prenez, recyclez” : souvent cités en exemple, ces lieux fonctionnent comme des déchetteries inversées. Pensés autour d’un parcours agréable et ludique pour les utilisateur·ices, ces espaces disposent d’une maison des objets, d’un préau des matériaux et de différents espaces au sein desquels les usager·ères, accueilli·es et informé·es par des agents valoristes, peuvent donner mais aussi récupérer des objets et matériaux. Depuis le premier SMICVAL market de Vayres en 2017, d’autres projets émergent sur le territoire, pour aller plus loin dans la promotion du réemploi. Le SMICVAL market Terres d’Estuaire, inauguré à l’automne 2025 a été construit à partir de matériaux récupérés, notamment lors de la démolition de bâtiments, accueille des activités créatrices d’emplois et propose de la formation grand public.
- Le territoire de l’Ouest, à la Réunion a développé des espaces de troc “Trokali” au sein de 5 déchèteries. En complément, plusieurs décheteries ont aménagé des matériauthèques : les usager·ères peuvent déposer ou se servir en différents matériaux : bois, carrelage, métaux, etc.
- Rodez Agglomération organise chaque année un salon du réemploi et de la réutilisation pour faire émerger le sujet et visibiliser les acteurs locaux. L’intercommunalité porte actuellement un projet de plateforme d’échange de gravats pour les professionnel·les.
- Le Cyclad, en Charente-Maritime, a développé un laboratoire d’innovation en économie circulaire sur son territoire. Le CyclaB soutient les porteurs de projets qui travaillent à partir des déchets locaux : légumes, pains durs, bois, tissus, etc.
- La Métropole de Lyon a créé des donneries dans 15 de ses déchetteries et accepte également les dons dans ses 10 déchetteries mobiles. Les objets sont ensuite donnés à des associations partenaires pour qu’ils soient remis en état et redistribués.
Que peuvent faire les candidat·es aux élections municipales ?
Près d’un quart des français·es (24%) considèrent que les collectivités locales seraient parmis les acteurs les plus efficaces pour résoudre le problème du changement climatique et près d’un tiers (32%) pensent que ce sont elles qui agissent le plus pour lutter contre le réchauffement climatique. En période électorale, il est donc indispensable que les collectivités endossent cette responsabilité et prennent des engagements concrets en faveur de la transition écologique et sociale[10].
S’engager à respecter les obligations réglementaires qui s’appliquent aux communes :
- S’engager à adopter une stratégie d’achats responsables intégrant des objectifs chiffrés de biens issus du réemploi ou du reconditionnement (mobilier, informatique, véhicules légers, outils d’entretiens…)
- Faciliter l’accès aux déchetteries aux structures de l’économie sociale et solidaires
Aller plus loin que les obligations réglementaires :
Sur la commande publique et les pratiques internes
- Fixer des cibles pluriannuelles : par exemple, 30% de mobilier scolaire réemployé d’ici 3 ans.
- Intégrer le réemploi et la durabilité dans les critères d’attribution des marchés publics (15% à 25% du barème de notation)
- Rendre les offres 100% neuves irrecevables sauf impossibilité technique justifiée et introduire des bonifications (jusqu’à +20 % dans la notation) pour les entreprises de l’ESS ou locales (à moins de 100 km).
- Imposer un seuil minimal de 70 % de la valeur du marché provenant du réemploi ou du reconditionnement.
- Mettre en place un inventaire interne de réemploi pour favoriser la réaffection du matériel entre services avant tout nouvel achat
- Créer un dispositif de reprise/réemploi pour les matériels municipaux retirés (mobilier, informatique)
- Former les acheteurs et acheteuses publics
Sur le soutien financier aux acteurs du réemploi et de la réparation solidaire
- Créer une ligne budgétaire dédiée au réemploi et à la réparation pour soutenir ressourceries, repair cafés et acteurs locaux, notamment sous la forme de conventions pluriannuelles
- Soutenir l’investissement en matériel (prise en charge partielle d’outillage, véhicules, équipements, etc.)
- Aider à la logistique pour récupérer, stocker et transporter les objets à réemployer.
- Faciliter les avances de trésorerie ou micro-prêts pour les projets émergents tels que les matériauthèques, les ressourceries, etc.
- Créer un dispositif de micro-subventions (500 à 5 000 €) pour les initiatives citoyennes comme les cafés réparation, les projets pilotes, etc.
- Faciliter la mise à disposition de locaux pour les acteurs de l’économie sociale et solidaire : convention d’occupation précaire en phase de démarrage, mise à disposition à titre gratuit ou loyer modéré ou encore mutualisation d’espaces via la création de tiers-lieux.
Sur la valorisation des acteurs de l’économie circulaire
- Recenser les acteurs locaux dans les cartographies nationales (cartographie Zero Waste France, Longue vie aux objets) et valoriser ces outils dans les communications de la municipalité.
- Animer des espaces d’échange pour les acteurs du territoire : associations, porteurs de projets, etc.
- Organiser des temps forts de la réparation et du réemploi : salon, Semaine européenne de la réduction des déchets, Journées nationales de la réparation.
Dans les établissements culturels gérés par la municipalité
- Renforcer et communiquer sur une politique de dons pour les ressources entrantes et sortantes (livres, jeux de sociétés, etc.) dans les bibliothèques, ludothèques et médiathèques.
- Développer des boîtes à dons attrayantes.
- Organiser des braderies pour les documents désherbés.
- Faciliter l’installation d’une objethèque portée par la municipalité ou en lien avec une association.
Informer les citoyen·nes du territoire
- Proposer des animations, expositions et ressources sur la réparation, le réemploi et de manière générale la transition écologique et sociale dans les établissements culturels et espaces publics.
- Informer les citoyen·nes du dispositif national “bonus réparation” et des ateliers de réparation labellisés via les canaux municipaux.
[1]Effondrement du Rana Plaza, la mort de l’industrie, Le Monde, mai 2013
[2]RDC : au moins 32 morts dans un effondrement survenu dans une mine de Cobalt, Libération, novembre 2025
[3]Zero Waste and economic recovery : the job creation potential of Zero Waste Solutions, Gaia, 2021
[4]The high cost of incineration, Gaia, 2021
[5]Directive (UE) 2018/851 du Parlement européen et du Conseil du 30 mai 2018 modifiant la directive 2008/98/CE relative aux déchets
[6]Loi n°2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, article L.541-1
[7]Réemploi-réutilisation des produits – données 2023 des éco-organismes, bilan annuel, Ademe, septembre 2025
[9]Rapport d’activité 2024, BOM, 2024
[10]Les représentations sociales du changement climatique, 26ème vague, Ademe, novembre 2025




