22 septembre 2015
Manon Cuille

Volet économie circulaire de la LTE : quel impact pour le climat?

Zero Waste France revient sur les impacts climatiques de quelques mesures phares du volet économie circulaire de la Loi de transition énergétique : tri à la source des biodéchets, fin des sacs plastiques de caisse à usage unique et des gobelets, verres et assiettes plastiques jetables non compostables.

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La loi de transition énergétique pour la croissance verte a été publiée au journal officiel le 18 août dernier. Si les bénéfices en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) françaises des volets énergie, transport ou bâtiments apparaissent évidents aux yeux des commentateurs, le chapitre sur l’économie circulaire fait figure d’outsider dans le débat public sur le changement climatique. Zero Waste France revient sur les impacts climatiques de quelques mesures phares de ce chapitre.

Objectif de généralisation du tri à la source des biodéchets pour les ménages d’ici 2025

Le tri à la source des biodéchets (épluchures, restes de repas…) sera certainement l’une des mesures les plus significatives en termes de réduction des émissions de GES. Tout d’abord parce que trier à la source les déchets alimentaires notamment, permet de se rendre compte du gaspillage et d’agir pour le réduire. Chaque tonne de nourriture gaspillée représente en moyenne l’émission de 4,6 tonnes de CO2 (notamment liées à la phase de production) [1]. Agir contre le gaspillage alimentaire permet donc de réduire les émissions de gaz à effet de serre (voir notre article).

Aujourd’hui, les biodéchets sont majoritairement collectés en mélange avec les ordures ménagères et finissent en décharge ou en incinération. En décharge, leur dégradation génère notamment des émissions de méthane, un gaz au pouvoir de réchauffement climatique 23 fois plus important que le CO2. Ces émissions diffuses représentent la majorité des émissions comptabilisées du secteur déchets et 19% des émissions de méthane françaises, soit 12, 5 millions de tonnes CO2eq [2]. Lorsqu’ils sont traités par incinération, les biodéchets, souvent principalement composés d’eau, ont besoin d’autres déchets d’origine fossile (plastique, tissus synthétiques, etc.) pour brûler et abaissent globalement l’efficacité énergétique des installations. Ils sont responsables d’émissions de CO2 biogéniques qui, bien que non comptabilisées dans les inventaires nationaux, contribuent au dérèglement global du climat (voir notre article).

Trier à la source les biodéchets permettra d’éviter ces impacts, en les orientant vers le compostage ou la méthanisation. Le compostage est une forme de valorisation matière qui présente des bénéfices climatiques directs et indirects. D’abord, il permet de stocker le carbone contenu dans la matière organique sous forme solide, malgré de faibles émissions de CO2 liées à la décomposition des biodéchets en présence d’air.

L’utilisation du compost permet ensuite une meilleure captation du carbone dans les sols agricoles, jusqu’à 900 kg par hectare (voir notre article) [3]. Enfin, le compost remplace également l’utilisation d’engrais minéraux dont la fabrication est fortement émettrice de GES. Ainsi, l’impact net du compost en termes de réduction des GES est estimé à moins de 35 kg de CO2eq par tonne de déchets organiques. La méthanisation (système de digestion anaérobie des biodéchets) est une forme de valorisation énergétique qui permet la production de biogaz renouvelable à teneur énergétique élevée. Celui-ci peut être utilisé comme carburant ou servir à produire de la chaleur et/ou de l’électricité. Cependant, la combustion de ce biogaz émet également du CO2 biogénique.

Fin des sacs plastiques de caisse à usage unique et des sacs plastiques de fruits et légumes non compostables domestiquement

La loi de transition énergétique prévoit à compter du 1er janvier 2016, la fin de la mise à disposition gratuite ou payante des sacs de caisse en plastique à usage unique dans les points de vente. Jusqu’à présent, les Français en consommaient environ 17 milliards par an [4]. Chacun de ces sacs étant responsable d’environ 10 g de CO2eq [5], cette mesure pourrait permettre d’éviter environ 170 000 tonnes de CO2eq. Un certain nombre de ces sacs seront remplacés par des sacs réutilisables en plastique plus épais, dont l’impact s’élève à 50 g de CO2eq. L’enjeu sera alors le nombre de réutilisations effectives de ce sac, pour éviter l’effet pervers de la mesure. Les sacs de fruits et légumes, beaucoup plus fins et “pesant” environ 3 g de CO2eq, devraient également disparaître dans les points de vente à partir du 1er janvier 2017. Ils seront dans certains cas remplacés par des sacs en plastique composé en partie de matière organique et compostables domestiquement. Selon une étude réalisée par l’Ademe en 2005, comparant notamment des sacs de caisse en plastique classique et en plastique biosourcés (plus épais que ceux pour les fruits et légumes), il semble que l’impact pour ces derniers soit à peine plus faible en terme d’émissions (0,9 par rapport à la valeur de référence 1 pour les sacs en plastique classique). Ainsi, pour que la mesure ait un impact positif sur le climat, il faudra donc qu’elle mène à une substitution par des sacs réutilisés au moins 6 fois pour les sacs de caisse comme pour les sacs de fruits et légumes.

Fin des gobelets, verres et assiettes en plastique jetable non compostables domestiquement

L’article 73 de la LTE prévoit que d’ici au 1er janvier 2020, les gobelets, verres et assiettes en plastique jetable non compostables domestiquement ne pourront plus être vendus ni donnés. Selon que cette mesure ait pour effet la substitution du jetable par le réutilisable ou par le biodégradable, son impact climatique pourrait être positif ou négatif. Prenons l’exemple des gobelets. Les Français en consomment 4,75 milliards par an [6], ce qui, à raison de 20 g CO2eq par gobelet [7], représente 95 000 tonnes de CO2. Si ces gobelets étaient systématiquement remplacés par leur équivalent réutilisable, cela permettrait d’économiser la moitié de ces émissions de CO2. A l’inverse, leur substitution par un gobelet biodégradable pourrait ajouter 8,5 g de CO2 par gobelet à ce bilan [8], soit près de 40 000 tonnes de CO2. Le bilan de la mesure sera certainement plus nuancé. Il y a fort à parier qu’elle permette de réduire le nombre de gobelets jetables utilisés en les remplaçants par des gobelets réutilisables ou des tasses classiques, sans que nous puissions affirmer aujourd’hui que ce comportement sera majoritaire. Ainsi, si la mesure est intéressante d’un point de vue de réduction des déchets et de l’efficacité dans l’utilisation des ressources, elle pourrait avoir un bilan carbone neutre voire négatif.

D’autres mesures du volet économie circulaire auront certainement des effets bénéfiques sur le climat, quoique plus difficiles à évaluer. C’est le cas notamment du délit d’obsolescence programmée qui devrait permettre d’allonger la durée de vie des produits et donc de réduire leur fréquence de remplacement et avec elle les impacts climatiques liés à l’extraction et à la transformation des matières premières (consommation d’énergie, émissions de gaz à effet de serre) et aux transports et traitement des déchets.

Les mesures destinées à augmenter le réemploi et le recyclage dans le domaine du BTP (obligation de reprise pour les professionnels, commande publique, etc.) pourront également permettre des réductions d’émissions de GES. Dans ce domaine en particulier, la commande publique responsable guidera les évolutions du secteur. Enfin, les extensions et créations de filières REP prévues par la loi devraient également avoir un impact climatique en ce qu’elles visent à favoriser le recyclage.  Au travers de cette lecture climatique, le volet économie circulaire s’intègre parfaitement dans une loi de transition énergétique. On a tendance à oublier ou ignorer que réduire les déchets, allonger la durée de vie des produits et mieux valoriser la matière permet également de réduire les émissions de gaz à effet de serre liées à l’extraction et la transformation des matières premières, au transport des produits ou des déchets, et à leur traitement en fin de vie. La thématique économie circulaire a donc toute sa place à l’agenda des solutions porté par le gouvernement français dans le cadre de la COP21.

[1] WRAP, 2015
[2] Ademe 2015
[3] Source : Marin Carbon Project http://www.marincarbonproject.org/
[4] Source : MEDDE
[5] Source : Terra Eco
[6] Source : Le Parisien
[7] Comparaison des impacts environnementaux des gobelets dans l’événementiel, (juin 2011), Johan Bouvier ; Analyse de cycle de vie. Gobelets jetables, réutilisables, recyclables. (janvier 2009). Ecole polytechnique fédérale de Lausanne
[8] Comparaison des impacts environnementaux des gobelets dans l’événementiel, (juin 2011), Johan Bouvier ; Analyse de cycle de vie. Gobelets jetables, réutilisables, recyclables. (janvier 2009). Ecole polytechnique fédérale de Lausanne

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