10 août 2015
Pauline Debrabandere

Crise des déchets en Corse : une dérogation à la loi Littoral plutôt qu’une politique “Zero Waste”

Alors que le vote de la Loi de Transition énergétique vient de s’achever, confirmant l’ambition du parlement et du gouvernement de poursuivre dans la voie de la réduction et d’une meilleure valorisation des déchets, une toute autre musique semble se jouer en Corse.

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Sur l’île, les décharges arrivent à saturation. Faute d’anticipation, mais surtout de politique ambitieuse en faveur de la réduction et du tri (le syndicat de traitement des déchets corse affiche un taux de recyclage de 20%, bien en dessous de la moyenne nationale), le manque d’exutoires se fait sentir. Parallèlement, la loi Littoral, qui protège les espaces remarquables côtiers, enraye la création de nouvelles installations de traitement et de stockage.

Le dos au mur, tous les ingrédients semblent réunis pour faire de l’île de beauté une championne de la démarche “zéro déchet”, suivant en ce sens la voie de sa voisine, la Sardaigne, qui recycle plus de 50% de ses déchets. L’île italienne est passée de 74% de déchets enfouis en 2000 à 23% seulement en 2009[1], et a diminué en trois ans de moitié la quantité de déchets biodégradables envoyés en décharge[2].

Pour l’instant, c’est cependant l’inverse qui semble se profiler. Face à l’illégalité des différents projets d’installations de stockage et de traitement des déchets[3], le président du Syvadec, le syndicat de traitement des déchets de l’île, a demandé à Ségolène Royal une dérogation à la loi Littoral afin de pouvoir agrandir la décharge de Tallone et construire une usine de traitement mécano-biologique à proximité (TMB). A contre-courant de ses déclarations sur l’abandon du TMB et l’ambition nécessaire des territoires, la ministre a répondu positivement et propose l’introduction dans un prochain texte législatif d’ici la fin de l’année “d’une mesure permettant, en communes littorales, (…), la réalisation d’installations de traitement ou de stockage de déchets incompatibles avec le voisinage des zones habitées”, dérogeant ainsi à la loi Littoral.

Alors que l’heure est à la promotion des territoires “zéro déchet, zéro gaspillage »[4], la Corse prendrait la voie inverse en misant sur le TMB, une installation coûteuse qui prétend trier mécaniquement les déchets en mélange mais produit un compost de faible qualité et ne supprime pas le besoin d’enfouissement (compost non conforme à la norme, papiers et cartons souillés, déchets restants…). Les expériences menées en France métropolitaine ont pourtant largement démontré l’inefficacité de ces installations[4]. De plus, la loi de transition énergétique votée en juillet dernier a déclaré “non pertinent” le développement de nouvelles usines TMB au regard du nouvel objectif de généralisation du tri à la source des biodéchets d’ici 2025. Elles ne seront donc plus soutenues par des aides publiques.

A l’inverse du TMB, les démarches ambitieuses et volontaristes de réduction des déchets, basées sur le tri à la source des biodéchets, la tarification incitative et l’implication de l’ensemble des acteurs du territoires (habitants, associations, entreprises, professionnels du tourisme…) ont fait leurs preuves, notamment en Italie et au Pays-Basque espagnol, sur des territoires parfois similaires à celui de la Corse. Le SYVADEC déclare avoir l’ambition de réduire de 50% les déchets enfouis d’ici 2020. Espérons que cette ambition se traduise rapidement par des mesures concrètes, loin des fausses solutions offertes par les partisans du TMB !

[1] Cour des Comptes européenne, Rapport spécial n°20, 2012.
[2] Entre 2006 et 2009, la part de déchets biodégradables enfouis sur la quantité totale de déchets biodégradables est passée de 59% à 36%.
[3] Un jugement du tribunal administratif a déclaré illégal le projet de TMB à Tallone.
[4] Le ministère de l’écologie a lancé un second appel à projets « territoires zéro déchet, zéro gaspillage » durant l’été.
[5] Dernier en date, l’usine Biopôle d’Angers a fermé ses portes après une série de problémes liés à la qualité du compost, à la santé des salariés et aux nuisances pour le voisinage.

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