23 février 2021
Pauline Debrabandere

Quelles conséquences de la crise sanitaire sur la gestion locale des déchets, à court comme à long terme ?

La crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 a eu des impacts sur le service public de gestion des déchets : fermeture ponctuelle d’installations, prolifération de plastique à usage unique… Zero Waste France revient sur les effets immédiats auxquels font face les collectivités, et sur les enjeux de long terme à ne pas négliger.

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Retour sur les effets du premier confinement

Dès le premier confinement de mars à mai 2020, la crise sanitaire a eu des effets importants sur la gestion quotidienne des déchets. Dans le but de réduire au maximum les risques pris par les agent·es en charge de la collecte et du traitement des déchets (et à ce moment-là, non équipé·es par des masques, gants et mesures de protection), ce sont principalement les centres de tri et les déchetteries, générant beaucoup de manipulations manuelles pour les agent·es, qui ont fermé ou ont réduit leurs activités. Selon Citeo, au 23 avril 2020, 48% des centres de tri étaient fermés ou fonctionnaient en marche dégradée, et selon une enquête d’Amorce, réalisée début avril 2020 auprès de 95 collectivités adhérentes, 100% des déchetteries étaient fermées pour les particuliers (même si 40% restaient ouvertes pour les professionnels).

Ces fermetures ou ralentissement d’activité ont eu des conséquences à la fois en amont de la chaîne, sur la collecte des déchets, et en aval, sur les installations de traitement :

  • Certaines collectes, jugées non prioritaires, ont été suspendues, comme les encombrants ou les collectes de déchets alimentaires et de déchets verts. Toujours selon la même enquête d’Amorce, on observait courant avril un taux de suspension de 23% des collectes de papiers-graphiques-fibreux, et de 21% des collectes d’emballages ou multimatériaux.
  • La fermeture exceptionnelle des centres de tri a également entraîné l’envoi d’une partie des déchets collectés séparément en incinération (44% selon Amorce) ou en enfouissement (18%), tandis qu’une partie des collectivités ont fait le choix de stocker provisoirement la collecte sélective en attendant un tri ultérieur (34%). Certaines collectivités, comme le SMICVAL en Gironde, ont également appelé les habitant·es à stocker provisoirement chez eux les déchets d’emballages propres et secs pendant la fermeture du centre de tri.
  • L’arrêt du fonctionnement des déchetteries a eu aussi pour impact la fermeture de certaines plateformes de compostage ou de méthanisation, dépendant des apports en déchets verts des particuliers.
  • Les usines de recyclage ont elles aussi été perturbées car en manque de certaines matières recyclées (notamment le plastique).
Communication du SMICVAL auprès de ses habitants en mai 2020

A partir de mai 2020, l’ensemble des collectes, centres de tri et de traitement des déchets ont repris progressivement leurs activités, sans connaître de nouveau coup d’arrêt avec le deuxième confinement de novembre. D’autres questions, de plus long terme, se sont posées aux collectivités, notamment avec le recours massif à l’usage unique.

Gérer les conséquences du recours massif de l’usage unique

L’arrivée de nouveaux objets à usage unique dans la vie quotidienne (masques, gants, etc.) et la recrudescence de l’usage unique de manière générale (emballages jetables liés à l’augmentation des livraisons, du click and collect et de la vente à emporter, ou encore au suremballage non nécessaire, sous prétexte d’hygiénisme) a contribué à l’augmentation des déchets à gérer en collecte séparée. Entre décembre 2019 et décembre 2020, le Syctom a constaté en région parisienne une hausse de 29% des déchets issus du tri sélectif, qu’il attribue (dans un article du Monde) à cette modification des pratiques de consommation et notamment de la livraison.

Si cette augmentation des déchets collectés séparément s’équilibre en partie par la baisse de certains déchets des professionnels (restaurants et structures fermées, notamment), cette recrudescence de l’usage unique a tout de même des impacts pour les collectivités locales chargées de la gestion des déchets. Parmi les préoccupations premières des collectivités, on retrouve les déchets sauvages, et notamment les nouveaux items à usage unique liés à la situation sanitaire (comme les masques) qui sont parfois jetés au sol. S’ils sont difficiles à quantifier, ces déchets sauvages restent très visibles, et les communes, en charge de la propreté, ont multiplié depuis fin 2020 les initiatives pour y trouver des réponses. Opérations nationales de sensibilisation par les associations de collectivités, installation locale de points de collecte d’items usagés, lancement d’appels à projets locaux ou d’investissements pour soutenir le recyclage de masques à usage unique… Si une partie de ces solutions souhaitent s’inscrire dans une démarche “circulaire” (sans forcément le faire), il faut toutefois les aborder avec précaution : la plupart cherchent avant tout à répondre à un enjeu immédiat (celui de la propreté) et perdent de vue les impacts écologiques globaux de leur mise en œuvre. Les initiatives de recyclage des masques à usage unique, par exemple, soutenues financièrement par de plus en plus de collectivités partout en France, ne représentent pas une solution durable face au gisement considérable que représentent ces masques. Au-delà de la complexité du recyclage lui-même, du coût énergétique d’un tel processus, et du gaspillage de ressources nécessaires pour fabriquer des objets à usage unique, utilisables quelques heures maximum, les collectivités doivent aussi organiser une collecte locale spécifique, respectant des règles sanitaires strictes. De fait, de telles initiatives, très coûteuses, ne sont pas duplicables à grande échelle, et amènent plutôt à s’interroger : pourquoi investir autant d’argent public dans des solutions non viables sur le long terme ?

Pour cela, Zero Waste France exhorte les collectivités à se tourner vers des solutions qui conjuguent à la fois impératifs sanitaires et écologiques, car elles existent et sont accessibles. Promouvoir et distribuer, voire distribuer à nouveau, des masques réutilisables grand public de catégorie 1 (recommandés par le Haut Conseil de Santé Publique pour le grand public) est aujourd’hui la première mesure que peuvent mettre en œuvre les collectivités pour limiter les déchets liés aux masques. Plusieurs communes se sont lancées dans ces initiatives, notamment pour fournir des masques réutilisables de catégorie 1 aux écoliers, comme à Avranches (Manche) ou à Bethoncourt (Doubs). Soutenir les initiatives de lavage est également une solution plus durable d’investissement et d’innovation, sur le modèle de ce que la coopérative Eta Beta a développé l’an dernier à Bologne.

L’urgence sanitaire ne doit pas faire perdre de vue l’urgence écologique

De manière générale, il est indispensable de réaffirmer la nécessité de respecter la hiérarchie des modes de traitement des déchets, même en période de crise sanitaire, économique et sociale, telle que nous la vivons aujourd’hui. Cette crise globale a aussi des conséquences écologiques, et il revient aux collectivités locales et aux pouvoirs publics d’appréhender l’intégralité de ces impacts, sociaux, économiques, environnementaux, pour faire les choix qui s’imposent.

Il est donc essentiel que la prévention des déchets (c’est-à-dire le fait de tout mettre en œuvre pour les éviter) prime sur les solutions de recyclage ou de traitement des déchets. Il est également central que les projets de long cours relatifs à la réduction des déchets continuent et ne prennent pas davantage de retard que celui engendré par le premier confinement. C’est notamment le cas du déploiement du tri à la source des biodéchets : l’arrêt des expérimentations ou des collectes séparées lors du premier confinement et le redémarrage parfois difficile de celles-ci ne doit pas faire perdre de vue l’obligation qu’ont les collectivités locales de mettre en œuvre ce tri à la source avant décembre 2023. De même, la multiplication des déchets sauvages ne doit pas faire perdre de vue que le véritable problème repose sur la prolifération de l’usage unique, et qu’il est possible de promouvoir, financer et faciliter l’émergence de solutions réutilisables, plus économes en ressources.

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