6ème rapport du GIEC : sobriété et justice climatique au cœur des solutions pour s’adapter face au dérèglement climatique

Sorti début avril 2022, le dernier volet du rapport 6 du GIEC est dédié aux solutions pour limiter les dégâts liés à la crise climatique. Pour la première fois, ce document incontournable consacre un chapitre entier à la sobriété.

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La sobriété, levier indispensable pour diviser par deux nos émissions

La démarche zéro déchet, zéro gaspillage telle que définie et construite par Zero Waste France, met en avant la sobriété : sobriété dans l’extraction et l’utilisation des ressources naturelles (réutiliser puis recycler plutôt que détruire et refabriquer), sobriété des usages (louer ou emprunter plutôt que consommer par exemple). C’est cette focalisation sur la réduction à la source (du gaspillage comme de notre production de déchets – qui par définition est un gaspillage initial de ressources) qui est la clé de voûte des actions de l’association depuis 25 ans maintenant. Zero Waste France s’efforce via ses actions de sensibilisation du grand public, mais aussi par son travail de plaidoyer et d’accompagnement des acteurs de terrain (réseaux professionnels et groupes locaux militants), de mettre la sobriété au coeur des leviers à notre disposition pour réussir la transition écologique qui s’impose à nous : écoconception, interdictions de produits à usage unique, réemploi, etc. Autant de solutions qui sont l’apanage de la sobriété : lorsque l’on martèle “le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas”, l’on pourrait tout à fait dire aussi “la sobriété c’est ne pas consommer et avant tout moins produire”.

Dans son dernier rapport, le GIEC (groupement intergouvernemental des experts sur l’évolution du climat) en donne une définition précise en la qualifiant “d’un ensemble de mesures et de pratiques quotidiennes qui permettent d’éviter la demande d’énergie, de matériaux, de terres et d’eau tout en assurant le bien-être de tous les êtres humains dans les limites de la planète.”

Selon son fameux triptyque qui peut servir de boussole en matière de décision environnementale, il faudrait (dans l’ordre) : “Éviter – Changer – Améliorer”.

On retrouve bien là le principe de réduction à la source, fidèle à la hiérarchie des modes de traitement des déchets – une norme juridique européenne applicable (en théorie) depuis 2015.

De façon inédite, le GIEC vient souligner ici les impasses de notre système économique (croissance continue de la production, surconsommation) et sanctifie la sobriété pour en sortir afin de répondre à nos besoins via une approche plus “minimaliste”. La nouveauté à souligner dans ce rapport du GIEC, c’est que la sobriété doit s’imposer aussi directement dans nos modes de vie (jusqu’à présent le GIEC ne s’était pas particulièrement penché sur les solutions individuelles mises à notre disposition et à leur impact concret sur la baisse de la trajectoire de nos émissions de gaz à effet de serre – GES). Ainsi, c’est la première fois que le GIEC insiste sur la nécessité de maîtriser nos modes de consommation (de ressources, d’espace, d’énergie, etc.) et de production pour limiter nos émissions de GES et la pression exercée sur nos écosystèmes.

« S’attaquer aux inégalités et aux nombreuses formes de consommation ostentatoire, ainsi que se concentrer sur le bien-être, c’est soutenir les efforts d’atténuation du changement climatique. »

Rapport sur l’atténuation du GIEC AR6 Chap 10.4

En résumé, le GIEC nous invite à adopter certains changements de comportement, tout en sonnant encore une fois l’hallali (il nous reste peu de temps pour infléchir la courbe et chaque dixième de degré compte pour rester en-dessous de la barre fatidique des 1,5°C d’ici 2030) :

  • changer notre régime alimentaire en diminuant autant que possible les protéines animales : passer à une alimentation végétale
  • privilégier les mobilités douces, dites “décarbonées” : en premier lieu, éviter les vols long-courrier
  • adopter un mode de vie plus sobre en matières premières et en énergie : réduire la surproduction de produits manufacturés et le gaspillage alimentaire ou encore améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments

En revanche, si ces leviers peuvent être puissants pour limiter nos émissions de GES, le GIEC reste formel sur la complémentarité des responsabilités : loin d’être strictement individuelles, celles-ci doivent impérativement être accompagnées par des politiques de changement initiées par l’État qui doit faciliter le changement de mode de vie et même le rendre souhaitable, sans distinction au sein de la population (tout le monde doit avoir accès à ces alternatives).

Concernant l’économie circulaire, le rapport précise bien que pour que ce secteur soit réellement efficace en termes de baisse de GES, il faut éviter à tout prix l’effet rebond : l’argent économisé par les entreprises et les consommateurs‧ices via une politique de sobriété ambitieuse ne doit pas alimenter d’autres postes de production émetteurs de GES.

Datagora x Réseau Action Climat

Pour aller plus loin, lire le premier scénario « Transition(s) 2050 » de l’ADEME : dans le scénario « Génération Frugale », l’ADEME nous projette dans la réalité d’une société ayant appliqué la sobriété à toutes les échelles : « la transition est conduite principalement grâce à la frugalité par la contrainte et par la sobriété ».

Lire le scénario Génération Frugale

Haro sur le méthane

D’après le GIEC, ce gaz à effet de serre très réchauffant (30 fois plus que le CO2) devrait baisser de 34% d’ici 2030 pour limiter le réchauffement à 1,5 degrés. Or, plus de 20% des émissions de méthane en France sont dues à l’enfouissement de nos déchets dans des décharges

Voir le rapport (en anglais) « Methane Matters »

Pas de transition écologique sans justice sociale ni démocratie

Le GIEC est  formel sur ce point : sans coopération internationale, il sera très complexe d’atteindre les objectifs de décarbonation dans un esprit de justice climatique. Actuellement, les contributions déterminées au niveau national (NDC) ne permettraient d’atteindre qu’une baisse globale de 30% des émissions mondiales, en creusant d’autant plus les inégalités entre pays les plus émetteurs et pays les plus sujets aux catastrophes climatiques. Au niveau national, il est donc indispensable d’accompagner cette inéluctable transition en permettant à chacun selon ses moyens de s’engager dans une démarche de transition. Les préconisations du GIEC doivent donc être financées équitablement, en distribuant l’effort de financement sur les États et populations ayant le plus de moyens, afin de s’assurer que cette transition soit juste et acceptable pour tous‧tes.

Forte de ses coopérations avec les ONG et réseaux associatifs internationaux (GAIA, Break Free from Plastic, Zero Waste Europe), Zero Waste France appuie cette demande du GIEC  : pour une trajectoire restant sous la barre des 1,5°C, il est urgent de rendre effectives des politiques mondiales d’atténuations équitables et justes, en tenant compte de la responsabilité historique des pays les plus fortement émetteurs et des capacités actuelles de chaque État.

Une gouvernance multi-acteurs doit donc être mise en place pour atteindre cet objectif, le GIEC concluant à la défaillance des institutions actuellement en place pour atténuer la crise climatique : tous les acteurs doivent être concertés et mobilisés, des simples citoyen·nes, en passant par les entreprises et les collectivités territoriales.

Sans cela, il sera malheureusement difficile de faire accepter à l’ensemble de la société cette transition nécessaire et de gagner la bataille climatique.

« L’action collective et l’organisation sociale sont cruciales pour modifier l’espace de possibilité de la politique publique d’atténuation du changement climatique. Par exemple, les grèves du climat ont permis aux jeunes de s’exprimer dans plus de 180 pays. Dans d’autres cas, les politiques d’atténuation permettent la participation active de toutes les parties prenantes, ce qui permet de renforcer la confiance sociale, de créer de nouvelles coalitions, légitimer le changement, et ainsi initier un cycle positif dans la capacité des politiques de gouvernance du climat”

Rapport sur l’atténuation du GIECAR6, Chap.

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