22 novembre 2018

Un nouveau rapport confirme les bénéfices environnementaux et économiques de la consigne du verre

Dans un nouveau rapport, l’ADEME (agence de l’Etat pour l’environnement) passe au crible 10 dispositifs français de consigne pour réemploi d’emballages en verre. Verdict : la réutilisation des bouteilles (lavage et re-remplissage) est à bien des égards plus intéressante que l’utilisation de bouteilles en verre à usage unique.

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La disparition de cette pratique, due à l’avènement de l’emballage à usage unique, ne devrait donc pas être une fatalité et le rapport fait plusieurs recommandations pour développer cette pratique en France.
Retour sur les trois enseignements clé de l’étude.

La consigne a un impact environnemental et économique positif

Dans ce rapport, l’objectif pour l’agence était d’évaluer, tant d’un point de vue économique que environnemental, la pertinence de systèmes de consigne mis en place par des producteurs (bière Météor en Alsace, Coat Albret en Bretagne) ou par des associations ou entreprises (Jean Bouteille, Bout à Bout…).

Pour réaliser l’étude, l’ensemble des étapes du cycle de vie d’une bouteille ont été prises en compte : fabrication, conditionnement, transport, lavage et fin de vie (collecte des déchets, recyclage…). Sur l’ensemble de ces étapes, 7 dispositifs de consigne ont été comparés au fonctionnement aujourd’hui majoritaire en France : un système où les bouteilles en verre sont à usage unique et simplement recyclées pour une partie d’entre elles.

Un intérêt environnemental confirmé

Les résultats de l’étude confirment l’intérêt environnemental de réutiliser les bouteilles. Sur tous les indicateurs environnementaux (impact climatique, consommation en eau, consommation d’énergie primaire) et pour tous les dispositifs étudiés, le système avec consigne présente  une performance environnementale supérieure ou équivalente au système sans consigne.

La principale raison à cela est le fort impact environnemental de l’étape de fabrication de la bouteille. Le rapport souligne ainsi que “l’étape de fabrication de l’emballage primaire est la phase la plus contributrice au bilan environnemental des organisations. Les impacts proviennent très majoritairement de la production du verre”.

Le lavage, la distance de transport ou le nombre de réutilisation influent également sur le bilan environnemental global des dispositifs, mais dans une moindre mesure. Ainsi, même pour les systèmes de consigne récents, où le taux de retour et donc de réutilisation des bouteilles est faible, l’impact environnemental est bénéfique.

Source : Analyse de 10 dispositifs de réemploi-réutilisation d’emballages ménagers en verre – ADEME – novembre 2018

Un bilan économique positif

Mais le réemploi du verre n’est pas seulement une bonne opération pour la planète : il se révèle aussi plus pertinent d’un point de vue économique.

En rassemblant les coûts supportés par les différents acteurs de la chaîne de valeur (de la fabrication de la bouteille, à son transport, son lavage et à la collecte des déchets), l’étude révèle que pour 6 des 7 dispositifs de consigne étudiés, les coûts de gestion sont moindres que dans un système de bouteilles à usage unique. C’est principalement le taux de retour des bouteilles qui permet de réaliser ces économies : plus les consommateurs ramènent les bouteilles consignées, plus le coût diminue.

Pour certains dispositifs, la consigne coûte ainsi deux fois moins cher qu’un système de bouteilles à usage unique. Par exemple, pour vendre 1 000 L de boisson, le système consigné de la bière alsacienne Météor coûte 256€ au total, là où son équivalent en bouteille à usage unique coûte 517 €.

Des économies qui bénéficient in fine au consommateur et contribuable (via le prix des produits ou des économies sur les coûts de gestion des déchets par exemple), mais qui ne se traduisent pas nécessairement par des gains pour les opérateurs des systèmes de consigne. L’étude souligne la difficulté d’assurer la rentabilité des dispositifs, surtout dans les premiers temps, du fait des coûts d’équipement et de logistique importants.

Les consommateurs adhèrent à la consigne

Le rapport est également riche d’enseignements sur l’attitude des consommateurs vis-à vis-des produits consignés.

Une enquête réalisée auprès des clients des commerces montre qu’une très large majorité d’entre eux ont une attitude favorable vis-à-vis des emballages réemployables-réutilisables : 88% estiment utile d’en disposer dans leur magasin. Si une partie des consommateurs de ces produits sont sensibles à l’impact positif qu’ils ont sur l’environnement (pour 56% d’entre eux, c’est une raison d’achat), le potentiel de consommateurs de ces produits est plus large. Les principales raisons invoquées pour l’achat de produits consignés sont ainsi “le goût” (90%) ou “l’habitude” (78%).

La contrainte de devoir ramener l’emballage consigné dans le commerce ou le montant de la consigne ne figurent pas parmi les principaux freins invoqués par les consommateurs pour passer au consigné. 86% d’entre eux mettent plutôt en avant la force de l’habitude, qui les mène à acheter d’autres produits. Une fois engagés, les consommateurs rencontrés continuent généralement de restituer les emballages.

Le rapport pointe tout de même le besoin de praticité (augmentation et diversification des points de collecte) et de fiabilité du dispositif (pas d’arrêt de fonctionnement du système) pour assurer l’adhésion des consommateurs moins sensibles à l’environnement.

Des recommandations pour développer le réemploi des emballages en France

Grâce à une analyse fine de chaque dispositif de consigne, l’étude permet d’identifier les freins techniques, économiques et organisationnels auxquels se heurtent les initiatives actuelles et d’en tirer des enseignements pour développer le réemploi des emballages en France.

Les recommandations adressées aux producteurs, aux opérateurs et au pouvoirs publics insistent sur plusieurs points :

  • La nécessité d’impliquer les supermarchés dans la collecte des emballages consignés (le rapport propose notamment “d’étudier la possibilité et des effets induits d’un dispositif obligatoire de reprise de produits boissons en emballages réemployables consignés par les distributeurs”)
  • Le besoin de standardisation des emballages réemployables (limiter les modèles et les formats, utiliser des colles adaptées…)
  • Le besoin d’accompagnement, de financement et de communication autour du réemploi des emballages. Des actions qui pourraient être portées par les pouvoirs publics, un réseau de professionnel dédié (le réseau consigne) et l’éco-organisme CITEO, en charge de la filière de responsabilité élargie des producteurs (REP) d’emballages.

Alors que des directives européennes récentes invitent les Etats à réduire l’usage du plastique et à faire progresser le réemploi des emballages, ce rapport offre ainsi des propositions concrètes pour réduire le recours à l’usage unique.

Accéder au rapport détaillé

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