Municipales 2026 – Les communes, maillon essentiel du tri à la source des biodéchets

Pourquoi agir ? Un impératif environnemental, économique et citoyen

Aujourd’hui encore, un tiers des ordures ménagères résiduelles est constitué de biodéchets, soit 83 kg par habitant·e jetés chaque année [1], principalement des restes alimentaires qui, faute de solution de tri, finissent dans la poubelle grise avant d’être incinérés ou enfouis. Cette situation est d’autant plus problématique que ces déchets, riches en matière organique, constituent une ressource précieuse non seulement pour les sols, les agriculteur·ices, les jardins municipaux ou partagés, mais aussi pour la production de biogaz lorsqu’ils sont orientés vers des unités de méthanisation. Leur mauvaise gestion entraîne par ailleurs des coûts importants : ordures ménagères plus lourdes à collecter, incinération et/ou enfouissement coûteux et fortement émetteurs de polluants dans l’air ainsi que de méthane, perte d’un gisement utile pour la fertilisation locale, et manque à gagner pour les filières de valorisation énergétique qui pourraient transformer ces biodéchets en énergie renouvelable.

Dans ce contexte, les communes apparaissent comme un échelon indispensable pour accélérer la mise en œuvre, renforcer l’information des citoyens, coordonner les acteurs locaux et donner de la cohérence aux politiques de réduction des déchets. Car si la compétence « collecte et traitement » relève des intercommunalités (communauté de communes, d’agglomération, communauté urbaine, métropole) – ou du syndicat mixte qui se voit déléguer tout ou partie des compétences – tout ce qui conditionne la réussite du tri — l’adhésion des habitant·es, la visibilité des dispositifs, l’exemplarité municipale, la communication de proximité, l’animation citoyenne — se joue au plus près du terrain, dans les communes.

Malgré ces enjeux, seuls 51,6 % des Français·es [2] avaient accès à une solution de tri en juillet 2025, soit 35,1 millions d’habitant·es — une couverture insuffisante au regard de l’obligation nationale. Cette situation est d’autant plus préoccupante que l’objectif de généralisation du tri des biodéchets n’est pas nouveau : il a été annoncé dès 2015 par la Loi de Transition Énergétique pour la Croissance Verte (LTECV), laissant ainsi près de dix ans aux collectivités pour anticiper, planifier et déployer les dispositifs nécessaires.

Cette réalité reflète des situations diverses : retards de mise en œuvre, maillage du territoire en équipements insuffisant/partiel, manque de sensibilisation des habitant.es ou  défaut d’animation territoriale. Mettre en place des solutions visibles et pratiques, accompagnées d’un effort d’éducation et de pédagogie, permet souvent de constater immédiatement des effets bénéfiques : allègement notable de la poubelle résiduelle, réduction des coûts de traitement, mais aussi satisfaction des habitant·es, qui constatent concrètement l’impact de leur geste.

L’action sur les biodéchets n’est donc pas un « plus » environnemental : c’est un enjeu de gestion publique efficace, de cohésion sociale, de santé des sols et de transition écologique accessible à toutes et tous.

Cadre légal : que prévoit la loi ?

Depuis l’entrée en vigueur de la loi AGEC, toutes les collectivités doivent proposer une solution de tri à la source. L’avis du 6 décembre 2023 [3] détaille précisément les modalités : fréquences minimales de collecte, distances maximales entre un·e habitant·e et une solution de tri des biodéchets, capacité minimale des équipements, formation obligatoire de référent·es de site dans le cadre du compostage partagé, conditions d’usage du compost, etc. 

Ce cadre fixe des obligations nationales, mais laisse une large latitude dans l’organisation concrète du tri. Le législateur a clairement exprimé que les solutions peuvent être diverses, combinant collecte séparée (en porte-à-porte ou via points d’apport volontaire) et gestion de proximité (compostage individuel, partagé ou de quartier). Cette diversité permet d’adapter les dispositifs à la morphologie urbaine, à la densité de population, aux pratiques locales ou aux spécificités de quartiers.

Là où les intercommunalités conçoivent les schémas de collecte, les communes sont en première ligne pour rendre ces solutions effectives et attractives. Elles jouent un rôle d’interface : informer, former, accompagner, repérer les besoins non couverts, signaler les dysfonctionnements, créer du lien entre habitants, services techniques et EPCI. Sans elles, la politique nationale ne peut pas pleinement se déployer.

Le rôle décisif des communes : proximité, exemplarité et capacité de mobilisation

Contrairement à une idée répandue, les communes disposent de marges de manœuvre importantes. Elles ne sont pas de simples relais : elles sont des actrices structurantes de la réussite du tri à la source des biodéchets. La commune n’organise pas la collecte des biodéchets des ménages (hors cas exceptionnels), mais elle en conditionne l’efficacité.

Elle intervient en effet sur des éléments décisifs : l’implantation des points d’apport volontaire ou des composteurs de quartier sur l’espace public, l’intégration du tri dans les projets d’aménagement, la mise à disposition de terrains pour le développement du compostage de proximité, ou encore la signalétique et l’accessibilité des dispositifs pour les habitant·es.

À cela s’ajoute un levier politique essentiel : les élu·es municipaux siègent au conseil communautaire et participent pleinement aux décisions de l’intercommunalité, notamment en matière de gestion des déchets. Ils et elles peuvent ainsi porter des orientations plus ambitieuses, défendre les besoins de leur commune, interpeller l’EPCI sur les manquements constatés ou impulser l’accélération de projets encore en discussion. Par leur présence et leur mobilisation, les élu·es municipaux influencent directement le niveau d’ambition et de cohérence des politiques intercommunales.

En matière d’accès aux solutions, la mairie peut faciliter la diffusion d’informations essentielles (horaires, localisation des PAV, distributions de bioseaux) via ses supports de communication et ses relais de proximité. 

S’agissant de sensibilisation, la commune est en première ligne : ateliers pratiques, événements annuels, formations dans les écoles, animations via les centres de loisirs, réseaux d’ambassadeur·ices locaux. Elle peut soutenir des collectifs citoyens, mettre à disposition des locaux ou des parcelles, faciliter la création de jardins partagés ou de composteurs collectifs.

Enfin, la commune doit se montrer exemplaire dans ses propres équipements. Cantines, crèches, cuisines centrales, événements municipaux : partout, la mise en place du tri à la source des biodéchets et la réduction du gaspillage alimentaire doivent devenir la règle. Les agents municipaux, souvent en contact direct avec les habitant·es, peuvent être formé·es pour accompagner la transition et garantir le bon fonctionnement des dispositifs.

Une opportunité stratégique pour les candidat·es aux élections municipales

Le tri des biodéchets est un sujet atteignable, visible et largement soutenu par les habitant·es. Les données de terrain [4] montrent une forte appétence citoyenne : les gens souhaitent trier, comprendre, agir. Ils attendent des solutions simples, proches de chez eux, et une communication claire. Le geste de tri est rapide à prendre en main (lorsque le dispositif déployé respecte les dispositions de l’avis du 6 décembre 2023) et ses effets sont immédiatement perceptiblesun argument politique puissant pour tout·e candidat·e souhaitant démontrer sa capacité d’action concrète dès le début du mandat.

Le sujet offre aussi une forte visibilité locale : collecte en porte-à-porte, composteurs de quartier, points d’apport volontaire, inaugurations de sites, panneaux explicatifs dans les parcs. Il permet de nourrir une communication positive et valorisante : ici, les habitant·es voient ce qui change, constatent une amélioration tangible, et s’impliquent davantage.

Au-delà de ses bénéfices environnementaux, le tri à la source des biodéchets génère aussi des retombées territoriales positives. Il contribue à créer des emplois locaux non délocalisables — ambassadeur·ices du tri, animateur·ices de compostage, maîtres-composteurs, opérateur·ice de plateforme de compostage industriel — et renforce les liens entre collectivités, habitant·es, agriculteur·ices voisin·es grâce à la production de compost ou, lorsqu’elle est mobilisée, à la valorisation énergétique en biogaz. Si ces retombées ne compensent pas encore/toujours totalement les coûts engagés par les collectivités, elles participent néanmoins à structurer une dynamique locale porteuse de sens, créatrice de valeur sociale et utile au territoire.

Des exemples inspirants : comment les territoires surmontent leurs contraintes

Bassin d’Arcachon Sud

Sur le Bassin d’Arcachon Sud [5], territoire marqué par une forte saisonnalité touristique, la gestion des biodéchets constitue un défi majeur. Si l’organisation de la collecte relève de l’EPCI (Communauté d’Agglomération du Bassin d’Arcachon Sud), les communes ont joué un rôle déterminant pour rendre le tri possible et lisible : elles ont renforcé la communication locale pendant les pics touristiques (sur les plages, centres de loisirs, marchés alimentaires…), mobilisé leurs réseaux de proximité pour informer les visiteur·euses, et facilité l’accès aux dispositifs en installant une signalétique claire ou en orientant les habitant·es et les professionnel·les vers les solutions disponibles. Cet exemple montre qu’en assumant pleinement son rôle d’animation territoriale, la commune peut rendre opérants et visibles les dispositifs intercommunaux, même dans un contexte très fluctuant de population.

Millau Grands Causses

À Millau Grands Causses [6], l’intercommunalité a déployé un ensemble d’outils structurants pour rendre possible le tri à la source des biodéchets dans le cadre des nombreux événements accueillis sur le territoire : choix de solutions complémentaires adaptées à la configuration locale (compostage partagé et collecte biflux), contractualisation avec une association spécialisée pour assurer la sensibilisation et l’animation lors des manifestations

Mais si ces dispositifs techniques relèvent de la communauté de communes, leur réussite concrète dépend étroitement de la municipalité, qui dispose de leviers clés. C’est en effet la commune qui autorise l’organisation des événements, fixe les conditions d’occupation de l’espace public, accompagne les associations locales, coordonne les services techniques municipaux, informe les habitant·es et dialoguent directement avec les organisateurs·rices. En intégrant systématiquement le tri des biodéchets dans ses conventions, en facilitant la mise en place du matériel, en relayant la communication et en veillant à la cohérence des consignes sur chaque site, la municipalité a joué un rôle essentiel de courroie de transmission entre les solutions intercommunales et leur usage réel par les visiteur·euses et les participant·es.

Ces exemples démontrent un principe essentiel pour les futures équipes municipales : même sans organiser la collecte, les communes disposent d’un pouvoir de pilotage local, de régulation et d’accompagnement qui peut totalement changer l’adhésion des habitants et la qualité du tri à la source. En mobilisant leurs compétences propres — communication de proximité, événementiel, urbanisme, soutien aux associations, gestion des équipements municipaux — elles transforment un service intercommunal en politique locale concrète, appropriée et efficace.

Coûts, financements et bénéfices : une transition rentable à court et moyen terme

L’argument du coût revient souvent dans le débat public. Pourtant, les territoires engagés le constatent : les investissements nécessaires — composteurs, PAV, dotation en bacs pour la collecte en porte-à-porte, camions de collecte, formation, communication — peuvent être en partie équilibrés par la réduction des tonnages d’OMR. Moins de déchets résiduels, c’est moins de coûts liés à l’incinération ou à l’enfouissement ; c’est aussi une meilleure optimisation des tournées de collecte, en particulier lorsque la commune parvient à instaurer une dynamique d’implication citoyenne forte.

Des financements régionaux, nationaux (Ademe, etc) et parfois européens peuvent être mobilisés. Les communes peuvent également compter sur les partenariats locaux, les associations de compostage, les structures d’éducation populaire, les réseaux d’agriculture urbaine. Et surtout : elles peuvent mutualiser au sein de l’intercommunalité.

Suivi, transparence et valorisation : construire une dynamique territoriale durable

Comme toute politique publique, le tri à la source des biodéchets doit s’appuyer sur une évaluation régulière. Les communes peuvent instaurer un tableau de bord annuel, chiffrant les résultats, recensant les sites en activité, identifiant les besoins non couverts, les taux d’erreurs, et mesurant la satisfaction des habitants. Ces données sont essentielles pour ajuster les dispositifs, renforcer l’accompagnement ou identifier les quartiers nécessitant une intervention plus soutenue.

Ce suivi est aussi un outil de valorisation : il permet de montrer concrètement aux habitant·es et aux commerçant·es les progrès accomplis, les tonnes détournées des incinérateurs où de l’enfouissement, les usages du compost dans les espaces verts, l’énergie produite à partir du biogaz… La transparence renforce la confiance, encourage l’implication citoyenne et démontre la cohérence de l’action publique.

Dépasser les idées reçues

Certaines réticences persistent. On entend par exemple que « les habitant·es ne joueront pas le jeu ». Or l’expérience montre l’inverse [7] : ce qu’il manque le plus souvent, ce ne sont pas des volontaires, mais des solutions adaptées — faciles d’accès, bien situées, bien entretenues — et une communication régulière, simple et cohérente.

On dit aussi que « ce n’est pas la compétence de la commune ». Certes, la collecte relève de l’EPCI. Mais le succès du tri dépend également de la commune : du fait de sa proximité avec les habitant·es, elle peut informer, former, animer, donner l’exemple, aménager l’espace public, identifier les besoins et porter la vision locale.

Enfin, certain·es avancent que « cela coûte trop cher ». En réalité, le non-tri peut coûter plus cher encore : plus de tonnages résiduels à collecter et à incinérer, dans un contexte où la TGAP n’a fait qu’augmenter ces dernières années, davantage de pollution, une perte de fertilité des sols et l’absence de valorisation énergétique puisque les biodéchets non triés ne peuvent plus être orientés vers la production de biogaz.

Municipales 2026 : des engagements indispensables pour agir au niveau communal

Zero Waste France appelle les candidat·es aux élections municipales à intégrer dans leur programme des mesures claires pour déployer efficacement le tri à la source des biodéchets, et à s’engager à les mettre en œuvre durant leur mandat.

Les équipes municipales peuvent s’engager dès à présent à renforcer l’exemplarité de leurs propres services, à appuyer les associations locales, à former les agents municipaux, à intégrer le tri dans l’urbanisme et à communiquer activement sur les dispositifs mis à disposition des habitant.es. En parallèle, les citoyen·nes peuvent interroger les listes candidates, participer aux réunions publiques, relayer les besoins du territoire et exiger des engagements circonstanciés.

Faire du tri à la source des biodéchets une priorité municipale, c’est agir pour l’environnement, mais aussi pour le quotidien des habitant·es et pour la soutenabilité financière des services publics. C’est une politique concrète, immédiatement perceptible, et structurante pour la transition écologique locale.

En 2026, chaque commune peut devenir un moteur de cette transformation, en entraînant son intercommunalité, en renforçant le lien avec les habitant·es et en montrant par l’exemple que les solutions existent déjà — et qu’elles fonctionnent. Chaque citoyen·ne peut y contribuer en portant ces demandes auprès des candidat·es sur sa commune, afin que le tri à la source des biodéchets devienne une véritable priorité du prochain mandat.

Sources : 

[1] Ademe Infos, Le tri à la source des biodéchets, c’est maintenant, janvier 2024

[2] Ademe, Evaluation au 1er juillet 2025

[3] Ministère de la transition écologique, avis du 6 décembre 2023

[4] Déchets infos, Biodéchets : le tri en hausse, les citoyens veulent plus de collecte (sondage), 22 janvier 2025

[5] Ministère de la Transition Écologique, mise en place du tri à la source des biodéchets, comment s’adapter à la saisonnalité touristique sur mon territoire ?, 2025

[6] Ministère de la Transition Écologique, mise en place du tri à la source des biodéchets, Événementiel et accueil de grands événements, 2025

[7] Déchets infos, Biodéchets : le tri en hausse, les citoyens veulent plus de collecte (sondage), 22 janvier 2025