Déployer le réemploi à l’échelle des villes : retours d’expérience du Danemark
Créer les conditions d’émergence du réemploi face au modèle du jetable
Le voyage d’étude au Danemark auquel Zero Waste France a participé aux côtés de plus de 50 organisations venues de 15 pays européens l’a confirmé : le réemploi peut fonctionner à l’échelle d’une ville. Mais il ne se déploie pas spontanément. Il suppose des choix politiques clairs, des investissements, des règles cohérentes, une organisation rigoureuse et un cadre économique qui cesse de favoriser l’usage unique.
À l’heure où le règlement européen sur les emballages et déchets d’emballages (PPWR, Packaging and Packaging Waste Regulation) est entré en vigueur en février 2025, — et commence à structurer les politiques publiques dans plusieurs États membres, dont le Danemark — l’enjeu n’est plus de démontrer que le réemploi est possible. Il est désormais de créer, en France, les conditions concrètes de son passage à l’échelle.
La France ne part pas de zéro. La loi AGEC (anti-gaspillage pour une économie circulaire), adoptée en 2020, a posé les premiers jalons d’une politique de réduction des emballages à usage unique et de développement du réemploi. Elle a notamment permis :
- l’interdiction progressive de nombreux produits en plastique à usage unique (pailles, couverts, contenants en polystyrène expansé, etc.)
- la fixation d’objectifs nationaux de réduction, de réutilisation et de réemploi des emballages, avec une trajectoire visant 10 % d’emballages réemployés à horizon 2027
- l’obligation de proposer de la vaisselle réemployable pour la consommation sur place dans la restauration rapide
- le développement du vrac et la possibilité pour les consommateurs d’apporter leurs propres contenants
- la création d’un fonds réemploi, financé par les éco-organismes, pour accompagner le développement des solutions (consacrent annuellement au moins 5 % du montant des contributions qu’ils perçoiventau financement d’infrastructures facilitant le déploiement du réemploi en France)
Pour autant, l’expérience danoise montre que ce cadre réglementaire, aussi nécessaire soit-il, ne suffit pas à lui seul. Pour que le réemploi puisse réellement concurrencer l’usage unique, il doit être accompagné de mesures économiques, d’investissements dans les infrastructures et d’une organisation territoriale portée par les collectivités.
Autrement dit : la réglementation fixe – par le biais de règles obligatoires – une trajectoire, mais ce sont les conditions locales — politiques, économiques et opérationnelles — qui permettent de la rendre effective.
Le réemploi à l’échelle d’une ville : un changement de regard
À Copenhague et Aarhus, les bornes de retour de contenants sont déjà visibles dans la ville, les systèmes déployés sont implantés chez des commerçants, mobilisés sur les événements et identifiés par une grande partie de la population. Le réemploi n’y apparaît pas comme une contrainte isolée pour quelques acteurs militants ; il devient une composante du fonctionnement urbain.
Cette différence est décisive. Tant que le réemploi reste traité comme une série de projets pilotes isolés, il demeure fragile : dépendant de subventions ponctuelles, de quelques acteurs convaincus, de logiques expérimentales, et rarement capable de rivaliser avec la puissance logistique, économique et culturelle de l’usage unique.
À Copenhague comme à Aarhus, les systèmes observés relèvent encore de cette logique : ils sont en phase de déploiement, soutenus financièrement par les collectivités, et leur équilibre économique reste à consolider. L’un des enjeux majeurs pour les porteurs de solutions est désormais d’embarquer un nombre suffisant de commerçants afin de mutualiser les coûts, atteindre des volumes critiques et tendre vers un modèle autonome.
Pour autant, ces initiatives esquissent déjà autre chose qu’une juxtaposition de projets isolés. Elles posent les bases d’un système organisé à l’échelle d’un territoire : des standards communs, des points de retour visibles, une logistique structurée de collecte, de lavage et de redistribution, une coordination des acteurs et des règles du jeu plus lisibles.
C’est cette trajectoire — du pilote vers une infrastructure territoriale — qui constitue sans doute le principal enseignement du voyage.
Aarhus et Copenhague : deux ville pionnières, une même logique
À Aarhus, le système de réemploi déployé avec l’entreprise Tomra donne déjà des résultats significatifs. En deux ans, 1,6 million de contenants ont été utilisés. Le taux de retour moyen atteint 88%, avec des pics à 94% lors de certains événements. Certaines catégories de contenants ont atteint jusqu’à 41 rotations, et seuls 0,2 % des gobelets finissent dans les poubelles de la ville, selon les données présentées pendant le voyage d’étude. La ville indique aussi que le système a permis d’éviter l’équivalent de 16 000 poubelles de déchets et plus de 20 tonnes de déchets. Ces chiffres sont importants, non seulement pour ce qu’ils disent des performances environnementales, mais aussi parce qu’ils montrent qu’un système mutualisé, visible et bien conçu permet réellement de capter les contenants et de les faire revenir dans la boucle.
À Copenhague, le déploiement est plus récent mais tout aussi instructif. La ville a rendu obligatoire l’usage de gobelets réemployables sur les événements dès 2019. Elle déploie aujourd’hui un système de retour en espace public avec des bornes équipées de panneaux solaires, conçues pour fonctionner sans raccordement au réseau électrique. Le système, développé avec l’entreprise New Loop, repose sur une logique d’interopérabilité : tout contenant doté d’un QR code compatible peut être retourné dans les machines. La ville a posé plusieurs critères dans son appel d’offres : pas d’argent en liquide (carte bancaire uniquement), pas d’application obligatoire, possibilité de retour par n’importe quel usager, lavage aussi local que possible.
Les deux villes n’ont pas choisi exactement le même modèle, mais elles convergent sur plusieurs principes : portage politique, standardisation suffisante, simplicité pour l’usager, investissement public initial, coopération avec des opérateurs spécialisés, et vision de long terme.

1er apprentissage : le réemploi commence par une décision politique
Aucun des systèmes observés ne repose uniquement sur la bonne volonté des consommateurs ou des commerçants. Tous s’appuient d’abord sur une décision publique.
À Copenhague, l’obligation de gobelets réemployables sur les événements a créé un signal clair. À Aarhus, le projet est porté politiquement comme un outil de réduction des déchets dans l’espace public, de baisse des émissions de CO2 et d’alignement avec les futures obligations européennes. Dans les deux cas, la collectivité ne se contente pas d’encourager : elle cadre, oriente, organise, donne de la visibilité, réduit l’incertitude pour les acteurs économiques.
C’est un point essentiel pour la France. Tant que le réemploi restera renvoyé à la seule responsabilité individuelle ou à la seule innovation entrepreneuriale, il progressera trop lentement. Les collectivités ont un rôle structurant à jouer : créer la demande, fixer des règles, coordonner les acteurs, sécuriser les investissements, intégrer le réemploi dans les politiques déchets, dans la commande publique, dans l’événementiel, dans l’occupation de l’espace public, dans les stratégies climat.
Autrement dit, le réemploi ne doit plus être regardé comme un “plus” environnemental. Il doit être traité comme une politique d’aménagement et de gestion urbaine.
2ème apprentissage : la standardisation n’est pas un détail, c’est une condition de réussite
Un système de réemploi à l’échelle d’une ville sera moins efficace si chaque commerçant, chaque événement, chaque opérateur utilise ses propres contenants, ses propres logos, sa propre consigne, ses propres règles de retour. Ce type de fragmentation risque de créer de la confusion chez les usager.es, augmente les erreurs de tri et de restitution, complique la logistique, renchérit les coûts, dégrade les taux de retour et réduit l’impact environnemental.
Les retours d’expérience partagés lors du voyage sont très clairs sur ce point : plus un système est standardisé, plus il a de chances d’atteindre des taux de retour élevés et des coûts maîtrisés. Les villes qui veulent aller vers du réemploi obligatoire sur les événements ou à l’échelle de certains secteurs doivent donc éviter la concurrence désordonnée entre dispositifs. La concurrence peut exister entre opérateurs sur la qualité du service, la robustesse logistique, les performances de lavage, la traçabilité, la qualité des matériaux ou l’innovation technique ; elle ne doit pas se traduire par une multiplication de systèmes illisibles pour le public.
Cette question est loin d’être secondaire. Elle renvoie à une conception du réemploi comme bien commun logistique, et non comme juxtaposition d’offres commerciales incompatibles entre elles.
3ème apprentissage : les systèmes les plus performants sont d’abord soutenus politiquement et financièrement
Le voyage d’étude l’a rappelé avec force : le réemploi à grande échelle a un coût de lancement. Les systèmes observés n’ont pas émergé “naturellement” sur le marché. Ils ont été soutenus.
À Aarhus, la ville a investi 3,5 millions de couronnes danoises sur trois ans, soit environ 470 000 euros, pour lancer le pilote avec TOMRA. À Copenhague, la ville aide financièrement certains commerces à rejoindre le système, avec des soutiens allant de 100 000 à 300 000 DKK (entre environ 13 000 et 40 000 €) selon leur niveau d’engagement. L’objectif n’est pas de financer indéfiniment le dispositif, mais d’enclencher le marché, d’atteindre une masse critique et de rendre le modèle progressivement plus autonome.
Cet enseignement est central pour le débat français. Le réemploi est encore trop souvent évalué à l’aune de sa rentabilité immédiate, en comparaison directe avec l’usage unique. Or, cette comparaison est profondément biaisée.
Le modèle du jetable repose sur un système économique, logistique et réglementaire construit depuis des décennies, dont les coûts réels ne sont pas intégralement assumés par les metteurs sur le marché. Une part importante des impacts — gestion des déchets, nettoyage de l’espace public, pollution, consommation de ressources — est aujourd’hui supportée par les collectivités et, plus largement, par la société.
Dans ce contexte, attendre du réemploi qu’il soit spontanément compétitif revient à ignorer ces déséquilibres structurels. Comme toute transition, son déploiement nécessite un cadre qui corrige ces distorsions, en rééquilibrant les coûts entre usage unique et réemploi.
Autrement dit : le sujet n’est pas de savoir si le réemploi est “rentable” dans les conditions actuelles, mais de créer les conditions économiques et réglementaires qui le rendent structurellement compétitif face au jetable.
Pour faire émerger le réemploi, il faut donc accepter une évidence : un soutien public de démarrage est nécessaire. Ce soutien doit permettre de financer les infrastructures, l’amorçage logistique, l’accompagnement des commerces, la communication et la montée en charge.
4ème apprentissage : la simplicité d’usage est décisive
Dans tous les échanges, un mot revenait sans cesse : simplicité.
Le succès d’un système de réemploi dépend fortement de son expérience utilisateur. L’usager doit comprendre immédiatement ce qu’il doit faire, où rapporter son contenant, comment récupérer sa consigne et pourquoi le système existe. Il faut que le geste soit simple, visible, normalisé.
À Aarhus, les résultats comportementaux sont particulièrement éclairants. 94 % des habitants interrogés connaissent le système, 89 % s’en disent satisfaits, et 40 % déclarent préférer un système où le réemploi devient la seule option, sans alternative jetable. L’un des constats les plus importants est le suivant : lorsque les boissons dans les commerces sont servies par défaut dans un contenant réemployable, la pratique se normalise vite. À l’inverse, lorsque le personnel ne propose pas le réemploi au moment de la commande, l’usage unique reste le choix réflexe.
Le comportement n’est donc pas un préalable ; il est largement le produit du système. C’est une leçon importante face à un discours encore fréquent en France, selon lequel il faudrait d’abord “changer les mentalités” avant de changer les règles. En réalité, ce sont souvent les dispositifs, les normes et les environnements matériels qui font évoluer les pratiques.
5ème apprentissage : le montant de la consigne compte
Les expériences partagées pendant le voyage convergent aussi sur un point simple : une consigne trop faible affaiblit les taux de retour. À l’inverse, une consigne claire, visible et suffisamment élevée crée une incitation forte au retour du contenant.
Dans plusieurs retours d’expérience européens évoqués pendant les échanges, le seuil de 2 euros apparaît comme un niveau efficace pour les gobelets lors d’événements ou de marchés. Ce niveau reste lisible pour les visiteurs, soutient l’incitation et réduit les pertes. Le système de Grimbergen, souvent cité comme référence lors du voyage, repose précisément sur cette logique : standards communs, faible personnalisation, flux de consigne clairs, suivi précis des entrées et sorties via un outil numérique.
Cette question est moins anecdotique qu’elle n’y paraît. Un système de consigne ne sert pas seulement à rembourser l’usager ; il organise la responsabilité financière des différents acteurs — opérateurs, commerçants, visiteurs — et permet de réduire l’exposition du système aux pertes et à la casse.
6ème apprentissage : la logistique est le cœur du modèle
Le réemploi ne se résume pas à remplacer un objet par un autre. Il suppose une chaîne opérationnelle complète : distribution des contenants propres, collecte des contenants sales, lavage, stockage, redistribution, suivi des stocks, absorption des pics de fréquentation, gestion des pertes, traitement des retours.
Cette dimension logistique est souvent sous-estimée dans les débats publics. Plusieurs points sont ressortis avec netteté lors du voyage d’étude :
- il faut dimensionner correctement les volumes, à partir d’enquêtes sérieuses sur les besoins réels ;
- il faut prévoir des stocks tampons, en particulier pour les événements et les périodes de forte affluence ;
- il faut disposer de capacités de lavage adaptées, idéalement proches du lieu d’usage ;
- il faut organiser des tournées de collecte et de réapprovisionnement compatibles avec les contraintes urbaines ;
- il faut sécuriser des espaces de stockage pour les contenants propres et sales ;
- il faut des outils de suivi fiables, capables de remonter les données d’usage et de retour.
À Copenhague, la ville a cherché à réduire les coûts en s’appuyant sur une logistique sobre : machines solaires, faible consommation énergétique, adossement à des capacités de lavage existantes, réemploi des flux de transport déjà présents en ville. À Aarhus, le lavage est centralisé et les bornes sont vidées à intervalles réguliers. Dans les deux cas, le modèle vise à réduire la création d’infrastructures nouvelles là où il est possible de s’appuyer sur l’existant.
7ème apprentissage : les événements sont un terrain stratégique, mais exigeant
Les événements apparaissent comme un levier majeur pour déployer le réemploi à l’échelle d’un territoire. Ils concentrent des volumes importants, rendent le dispositif visible et permettent de tester des solutions dans des conditions intensives.
Aarhus a ainsi couvert 17 événements en 2025. Lors du festival d’Aarhus, le système a enregistré 150 000 rotations avec un excellent taux de retour de 94%. Au-delà de la seule réduction des déchets, la ville observe aussi des effets secondaires positifs : gain de temps sur le nettoyage après événement, amélioration du rapport au déchet dans l’espace public, montée en compétence des acteurs.
Mais les événements soulèvent aussi des difficultés bien identifiées : concentration des flux sur un temps court, besoin de nombreuses livraisons dans des centres urbains contraints, nécessité de disposer d’équipes de terrain, enjeux de restitution rapide, files d’attente, capacités de lavage à absorber les pics, besoin de stockage temporaire. Ces difficultés ne condamnent pas le modèle ; elles rappellent simplement qu’un système de réemploi bien conçu est d’abord un système opérationnel.
8ème apprentissage : les commerçants peuvent adhérer, à condition de ne pas être laissés seuls
L’un des enseignements les plus encourageants du voyage est que l’adhésion des commerçants est possible, y compris dans des contextes où l’on pourrait penser le changement difficile.
À Aarhus, la ville a mené un travail de terrain patient, en allant voir les commerçants, parfois avec des élus, pour expliquer le problème des déchets et proposer une solution collective. Plusieurs professionnels ont accepté d’entrer dans le système parce qu’ils percevaient qu’ils n’étaient pas seuls à porter l’effort, que la ville s’engageait et que la démarche répondait à un problème réel du territoire.
Le retour d’un restaurateur utilisant le système depuis un an est révélateur : au début, les clients étaient déstabilisés ; puis la pratique s’est installée. Le personnel a joué un rôle important pour expliquer le fonctionnement. Le gérant constate également une progression des usages de “bring your own” chez certains clients.
Le principal frein n’est donc pas nécessairement l’opposition de principe. Il est souvent plus concret : coût, stockage, complexité, temps de formation, manque de visibilité. D’où la nécessité d’un accompagnement public, d’un système simple et d’un modèle économique cohérent.
9ème apprentissage : le réemploi a besoin d’un cadre réglementaire et économique qui le rende compétitif
Le constat le plus politique du voyage est sans doute celui-ci : dans l’état actuel des choses, l’usage unique demeure structurellement avantagé.
Les systèmes de réemploi observés ne deviennent pas compétitifs naturellement. Ils sont rendus possibles par une combinaison de soutien financier, de règles locales, de standards, d’exigences dans les événements, et parfois d’une fiscalité ou de contraintes qui limitent la concurrence déloyale de l’usage unique. Plusieurs intervenants l’ont dit sans détour : dans le système économique actuel, il reste souvent plus coûteux d’utiliser du réemploi que du jetable, au moins dans les premières phases.
C’est précisément pourquoi la France doit agir sur l’environnement économique et réglementaire. Sans cela, le réemploi restera enfermé dans une situation absurde : on lui demandera d’être plus vertueux, plus complexe, plus exigeant, tout en étant immédiatement moins cher qu’une solution jetable dont les coûts réels sont largement socialisés.
Quelles perspectives pour instaurer le réemploi à l’échelle d’une ville en France ?
La bonne nouvelle est que les collectivités françaises disposent déjà de leviers concrets.
Elles peuvent commencer par les événements qu’elles autorisent ou soutiennent, imposer progressivement le recours à des contenants réemployables, mutualiser les besoins en structurant un système territorial, prévoir des points de retour, soutenir des opérateurs, intégrer des critères de circularité et de performance dans leurs marchés publics, produire des campagnes d’information, et accompagner les commerces volontaires dans certains quartiers. Elles peuvent également utiliser la restauration collective, les équipements municipaux, les marchés, les équipements culturels et sportifs comme points d’appui.
Le plus efficace n’est pas nécessairement de vouloir tout transformer d’un coup. Plusieurs exemples européens montrent qu’une montée en puissance progressive fonctionne bien : d’abord des pilotes bien conçus, ensuite une évaluation précise, puis un cadrage réglementaire plus ferme, et enfin une extension du système à d’autres usages. Mais cette progressivité n’a de sens que si elle est orientée vers un objectif clair de généralisation, et non vers une succession de démonstrateurs sans lendemain.
La collectivité n’a pas forcément vocation à exploiter elle-même la logistique. En revanche, elle a vocation à réguler, coordonner, faciliter, financer l’amorçage, contrôler, évaluer et standardiser.
Conclusion : il est temps de faire du réemploi une politique publique de plein exercice
Ce voyage d’étude au Danemark n’a pas livré une recette unique. Il démontré que les systèmes de réemploi à l’échelle d’une ville sont possibles, mais ils supposent une architecture politique, économique et logistique cohérente.
Ils reposent sur une combinaison de leviers : volonté politique, coordination des acteurs, investissement public initial et régulation claire. Le Danemark montre qu’une autre trajectoire est possible. Pour la France, l’enjeu est désormais de passer d’une logique d’expérimentations dispersées à une stratégie de généralisation. Le réemploi n’est pas seulement une solution parmi d’autres, c’est une condition de sortie crédible du tout-jetable.
Questions fréquentes
Le réemploi est-il vraiment plus écologique que l’usage unique ?
Oui, à condition que le nombre de rotations soit suffisant et que la logistique soit correctement organisée. Dans les échanges du voyage, il a été rappelé qu’un gobelet plastique réemployable devient environnementalement intéressant autour d’une dizaine de cycles. À Aarhus, les performances observées — jusqu’à 15 à 20 boucles, avec certaines catégories bien au-delà — montrent que cet objectif est atteignable. L’enjeu n’est donc pas seulement le matériau, mais le système : retour, lavage, redistribution, taux de perte.
Faut-il choisir des contenants standardisés ou des gobelets “souvenir” personnalisés ?
Du point de vue environnemental et opérationnel, la réponse est claire : les contenants standardisés, peu personnalisés, sont les plus efficaces. Les gobelets très brandés sont davantage conservés (souvent comme un souvenir de l’événement), ce qui augmente les pertes, oblige à produire davantage de stock, réduit le nombre de boucles et affaiblit le bilan du système.
Les usagers acceptent-ils ces systèmes ?
Oui, lorsque le système est simple, visible, cohérent et que la restitution est facile. Les résultats d’Aarhus sont, de ce point de vue, très instructifs : haut niveau de connaissance, haut niveau de satisfaction, et appétence d’une partie significative des usagers pour une sortie du jetable.
Le réemploi peut-il fonctionner dans des villes touristiques ou lors d’événements de masse ?
Oui, mais à condition de le traiter comme un sujet logistique et non seulement de communication. Le nombre de points de retour, leur emplacement, les flux de distribution, les capacités de lavage, la gestion des pics, la consigne, la signalétique, les équipes et le stockage deviennent alors déterminants.
Les collectivités doivent-elles exploiter elles-mêmes les systèmes ?
Pas nécessairement. Dans la plupart des cas, leur rôle principal devrait être de définir les règles, lancer les marchés, soutenir l’amorçage, garantir le respect de standards, contrôler les performances et créer les conditions d’un marché fonctionnel. L’exploitation quotidienne peut être confiée à des opérateurs spécialisés (comme New Lopp et Tomra dans ce retour d’expérience), à condition que la collectivité conserve une capacité de pilotage et d’évaluation.




