Retours d'expériences

La Province de Valence en Espagne veut généraliser la consigne 

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La Province de Valence, en Espagne, s’apprête à vivre une petite révolution. Pour améliorer les performances de recyclage des emballages de boisson et permettre à terme leur réemploi, le ministère de l’environnement de la Province a en effet décidé de réintroduire un système de consigne. Sur le territoire, les canettes, bouteilles et Tetrapacks se verront désormais affectés une somme de 10 centimes d’euros, qu’il faudra payer à l’achat du produit et que l’on pourra récupérer une fois l’emballage vide ramené au point de vente. Cette mesure, qui réintroduit un système de gestion des emballages courant en Europe jusque dans les années 70, devrait entrer en vigueur en 2018. Le gouvernement valencien se heurte cependant à des oppositions fortes de la grande distribution et des éco-organismes.

Un dispositif de consigne pour recyclage généralisé

Le gouvernement de Valence a présenté le 29 novembre dernier un projet de loi inédit. Il vise à imposer à partir de 2018 une consigne de 10 centimes d’euro sur tous les emballages de boisson mis sur le marché sur le territoire. Toutes les matières (Tetrapack, verre, plastique ou canette) et toutes les boissons (eaux, jus, bières, sodas) sont concernées.

Pour que le dispositif fonctionne, chaque commerçant devra accepter les bouteilles vides et les stocker jusqu’à l’arrivée du transporteur. Les commerces prélèveront 2 centimes par emballage collecté pour couvrir ce nouveau travail de récupération et stockage des emballages vides. Il y aura par ailleurs un mécanisme de rééquilibrage via une prime supplémentaire versée aux petits commerces, en partant du principe que les gens achètent souvent des grandes quantités de boissons dans les grandes surfaces, mais que le retour de l’emballage consigné se fait plutôt dans les petits commerces de proximité.

Les transporteurs récupéreront également 2 centimes par emballage, en échange de la collecte quotidienne de ces emballages chez les commerçants et de leur acheminement vers les centres de tri de la région. Cette nouvelle tâche sera assurée par les fournisseurs habituels des magasins, grâce à un système de logistique retour.

En parallèle de ce nouveau dispositif, le système traditionnel de collecte en porte à porte des recyclables continuera à exister pour les autres emballages (cartons, boîtes de conserve…) qui ne sont pas concernés par la consigne. Les fréquences de collecte de ce flux devraient cependant diminuer puisque les quantités à collecter seront bien moindres.

Le système de consigne sera géré par les pouvoirs publics et le ministère de l’environnement de la province mais les autorités comptent aussi sur les contributions des éco-organismes pour financer en partie le système.



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Source: El Mundo 


Mauvaises performances de tri et déchets sauvages

Jusqu’à présent, la Province de Valence ne brillait pas par ses performances en terme de gestion des déchets. Dans cette province de 5 millions d’habitants, la plupart des collectivités atteignent moins de 30% de taux de recyclage. Sept millions d’emballages de boissons sont mis sur le marché chaque année dont une part importante est envoyée en incinération, enfouie en décharge ou jetée dans la nature.

Ces emballages sont pourtant soumis, en Espagne comme dans le reste de l’Europe, à un régime de responsabilité élargie du producteur (REP) qui implique que les entreprises qui mettent sur le marché ces emballages jetables sont responsables du traitement des déchets qu’elles ont engendrés. La filière REP de la Province de Valence est essentiellement financière (les producteurs d’emballages s’acquittent d’une taxe versée à un éco-organisme, qui la reverse ensuite aux collectivités en charge d’organiser le tri et la collecte des déchets d’emballages recyclables).

Au delà des performances de tri, la région fait également face à un problème de déchets sauvages, principalement dû aux emballages. L’analyse de ces déchets collectés en ville ou dans la nature, autour de Valence, Alicante et Castellón montre ainsi qu’une grande partie des déchets abandonnés sont des emballages, dont 80% de bouteilles en plastique, en verre, des canettes et des bricks Tetrapack.

Le gouvernement de Valence compte ainsi sur le nouveau dispositif pour faire grimper le taux de recyclage et faire baisser drastiquement les abandons de déchets dans la nature et les rues.

L’opposition des éco-organismes et de la grande distribution

Mais suite à la présentation du projet, les voix opposées à la consigne n’ont pas tardé à se faire entendre, principalement venues des éco-organismes et de la grande distribution.

Premier reproche : le coût. Les détracteurs du système estiment que sa mise en oeuvre à l’échelle régionale pourrait coûter jusqu’à huit fois plus cher que le système actuel (44,8 millions d’euros). Pour les supermarchés, c’est le coût des machines gérant automatiquement la récupération des emballages qui inquiète. Il représenterait un investissement de l’ordre de 6 millions d’euros pour la grande distribution, qui estime par ailleurs ne pas avoir la place pour en installer dans chaque magasin.

Les éco-organismes mettent également en avant la complexité du système pour le citoyen, qui devra retourner ses emballages de boissons en magasin, mais continuer à recycler ses autres emballages dans un bac séparé ou dans des points d’apport volontaire classiques. Une complexité qui ne semble cependant pas insurmontable si l'on en croit l'exemple allemand, où la consigne sur les emballages de boisson perdure depuis longtemps. 

Ses détracteurs estiment enfin que la consigne pourrait n’avoir qu’un faible impact (de l'ordre de 2% supplémentaire) sur le taux de recyclage qui progresse déjà de 3% par an avec le système actuel.

Améliorer le recyclage et développer le réemploi

Les défenseurs de la consigne pour recyclage (gouvernement et associations de protection de l’environnement) mettent au contraire en avant les économies que pourrait permettre le nouveau dispositif et l'amélioration des performances de recyclage.

Le gouvernement valencien estime ainsi que 12 à 15 millions d’euros pourraient être économisés en frais de nettoyage et coût de traitement si tous les emballages qui sont actuellement enfouis ou jetés dans la nature étaient recyclés.

Les Amis de la Terre Spain pointent quant à eux qu’à Valence, la mise en place d’un tel système pourrait permettre de réduire de plus de 50% la présence de déchets abandonnés dans la nature et en ville, et diminuerait également de 30% le flux collecté par le service de propreté de la voirie.

En plus de réduire les quantités d’emballages abandonnés, l’instauration d’une consigne présente l’intérêt de responsabiliser les habitants à la problématique de la prolifération des déchets et à leur coût. Reloop, une organisation qui oeuvre pour le développement de l’économie circulaire a compilé les résultats d’une vingtaine d’études sur la consigne dans des pays du monde entier: malgré les différences de tailles, de localisation ou encore d’années, chaque étude montre des gains financiers pour les collectivités engagées. A Cadaques (Catalogne) par exemple, qui a expérimenté la mise en place d’une consigne pour les emballages de boisson en 2013, les économies pour la municipalité se situent entre 23 000 et 33 600 euros.

La généralisation de la consigne pour recyclage a également un autre objectif. A terme, l’idée est de réintroduire des systèmes de réemploi, où les bouteilles sont lavées avant d’être directement réutilisées. Le dispositif de consigne pour recyclage va en effet créer une filière de récupération des bouteilles en bon état, ce qui ouvre de nouvelles possibilités pour développer des filières de réemploi.

Pour accompagner cette nouvelle trajectoire, la Province de Valence souhaite par ailleurs développer une collecte séparée des déchets organiques et mettre en place davantage de mesures de prévention.


Conclusion

La consigne pour recyclage à Valence n’est pas encore en place et fera sans nul doute l’objet de négociations. D’une part entre les éco-organismes et le gouvernement régional, qui est responsable de délivrer de nouveaux agréments pour 2018 et d’autre part, entre la Province de Valence et le gouvernement espagnol, qui a d’ores et déjà averti que, selon lui, cette initiative entrait en contradiction avec les compétences de l’Etat.

L’initiative du gouvernement valencien illustre cependant une tendance en Europe à considérer la consigne pour recyclage comme une manière d’améliorer les performances et d’ouvrir la voie à des solutions de réemploi. L’expérience de Valence pourrait inspirer d’autres provinces en Espagne, à commencer par la Catalogne et la Navarre qui ont annoncé suivre le sujet. Plus au nord, c’est le gouvernement écossais qui étudie la possibilité de mettre en place le dispositif et qui a d’ailleurs reçu le 22 février un soutien surprenant et inattendu de la part de l’entreprise Coca Cola.

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